Marseille : Pas forcément de lien, mais « un noyau commun » à la série de règlements de compte

REGLEMENTS DE COMPTE Un ancien contentieux, sous fond de sorties de prison, de trahisons et de jeunes aux appétits prononcés, semble à l’origine de cette « poussée de fièvre », explique le directeur de la PJ zone sud, Éric Arella

Alexandre Vella
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Des policiers marseillais enquêtent après un règlement de comptes (illustration).
Des policiers marseillais enquêtent après un règlement de comptes (illustration). — P. Magnien / 20 Minutes
  • Les règlements de compte, cinq en l’espace de 15 jours, huit depuis le début de l’année, s’enchaînent dans une accélération qui n’avait été vue depuis 2018.
  • Une « poussée de fièvre » car globalement le nombre de « règlo » reste à la baisse et les élucidations progressent.
  • Un ancien contentieux serait l’objet de cette violence, sous fond de sorties de prison, de trahisons et de jeunes aux appétits prononcés.

Stade de La Martine, quartier Nord de Marseille, 15e arrondissement ce 25 juin. Un match de foot d’un tournoi inter-quartiers se termine. Le public populaire et familial n’a pas encore vraiment quitté les lieux qu’un homme de 32 ans, sortant du terrain, est abattu de quatre balles en pleine tête. Un mode opératoire qui coche les cases du règlement de compte : « le guet-apens », « la pluralité d’auteurs », et une victime « connue des archives de police », explique Éric Arella, directeur de la zone sud de la police judiciaire. Depuis cette tragique fin de match, les armes s’emballent : à ce « réglo », s’ajoute en un peu plus deux semaines six autres personnes tombées sous les balles, dont une jeune fille de 17 ans, vraisemblablement victime collatérale d’une tentative d’homicide manquée, ont été tuées. La qualification de « règlement de compte », appellation policière et non pénale, a été retenue pour cinq d’entre eux, tous intervenus dans les quartiers Nord. Une telle accélération, souvent observée entre 2010 et 2016, ne s’était plus vue depuis 2018.

Huit « réglos » depuis le début de l’année et des incertitudes

« Nous étions à trois depuis le début de l’année et dans la série écoulée, on en a rajouté cinq ». « Sur une on peut encore s’interroger », poursuit Éric Arella sans pouvoir en dire davantage. Avec huit « réglos » depuis le début de l’année et malgré « cette poussée de fièvre », on n’est pas dans des chiffres extraordinaires, comme les 29 morts de 2016, relativise le directeur de la PJ « sans toutefois banaliser ».

« Peut-être qu’il y aura d’autres rapidement, c’est fort possible, mais peut-être qu’il n’y en aura plus ou pas pendant plusieurs semaines sans pour autant qu’on comprenne pourquoi », reprend-il. Tous ces meurtres ne sont pas directement liés entre eux et ne sont pas systématiquement une réponse au précédent, mais ont « un noyau commun », avance le directeur de la PJ. Ce n’est pas non plus la révolution dans le milieu, avertit-il.

« Sortie de prison, jeunes aux dents longues et trahison », triptyque mortel

Il se règle actuellement « un ancien contentieux » entre clans rivaux, ravivé par un triptyque mortel : « sorties de prison, jeunes aux dents longues et trahisons », analyse Éric Arella. « Un contentieux qui actuellement est chaud et tellement chaud, qu’il amène plusieurs fusillades ». Des signaux faibles préexistaient à la flambée actuelle. Dix jours auparavant, dans la nuit du 16 juin, un jeune de 20 ans était parvenu à échapper à ses agresseurs, se réfugiant dans un immeuble de la cité de la Paternelle, blessé par des tirs d’arme lourde.

Difficile de savoir quand va s’arrêter la série en cours. « C’est une période de crise et pour l’heure on subit, on fait les constatations », regrette Eric Arella. La contre-attaque des services de police, celle menée à l’issue de l’enquête, viendra. En avril dernier, cinq personnes étaient mises en examen pour un triple assassinat commis quatre mois plus tôt. « Nous élucidons 50 % des règlements de compte et en avons déjoué 26 depuis 2016 », reprend-il.

Le remède de la légalisation ?

Dans ces règlements de compte, les quartiers sud, qui comptent pourtant d’imposants ensembles comme Air Bel, sont moins touchés. C’est le cas sur cette série, qui se passe uniquement dans le Nord de la ville, mais les policiers observent une tendance à l’entente entre des gens du nord et des gens du sud. « C’est ce qu’on a pu constater lorsqu’on a résolu l’affaire des barbecues du début d’année », conclut-il.

En début de semaine était soulevée par le groupe écologiste nouvellement constitué au conseil municipal de Marseille, l’hypothèse d’une « légalisation encadrée » comme remède à cette violence. « Cela réglerait une quantité infinitésimale du problème », sourit une source policière. « C’est mal connaître la réalité du trafic de stupéfiant ». L’important est de casser « la dynamique de violence », commentait à l’Afp la préfète de police des Bouches-du-Rhône, Frédérique Camilleri, en se focalisant, notamment sur la circulation des armes.