Trafic d’espèces protégées : Un réseau qui a exporté pour 18,5 millions d’euros de civelles démantelé

ENQUETE Une dizaine de personnes ont été mises en examen dans cette affaire, en France et en Espagne

E.P.

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Le réseau aurait exporté 46 tonnes de civelles, une espèce protégée.
Le réseau aurait exporté 46 tonnes de civelles, une espèce protégée. — OLIVIER MORIN / AFP
  • Un réseau de trafic de civelles, une espèce protégée, a été démantelé et a donné lieu à une dizaine d’interpellations en France et en Espagne.
  • Le réseau aurait exporté 46 tonnes de ces alevins d’anguille pour un bénéfice estimé à ce jour à 18,5 millions d’euros.
  • Une coopération internationale a été nécessaire pour mener à bien cette opération qui a nécessité quatre ans d’investigations.

La demande pour la civelle européenne a explosé dans le Sud-Est asiatique, après la quasi-disparition de l’anguille asiatique liée à sa surpêche. Profitant de cet appétit, un réseau de trafiquants a exploité le filon pendant des années exportant vers l’Asie 46 tonnes de civelles pour une valeur de 18,5 millions d’euros. Il vient d’être démantelé et a abouti à la mise en examen d’une dizaine de personnes, en France et en Espagne, a annoncé vendredi la gendarmerie nationale dans un communiqué. En trente ans, la population d’anguilles européennes a chuté de 75 %. Ces pêches illégales participe au déclin de cette espèce, considérée comme menacée depuis les années 2000.

Ce sont deux saisies des douanes qui vont mettre les enquêteurs sur la piste du réseau. En 2017, les douaniers d’Arcachon et de Roissy saisissent respectivement 792 kg bruts de civelles destinées à être exportées illégalement vers la Chine et 200 kg de civelles de contrebande en partance pour la Thaïlande. L’enquête est menée depuis quatre ans par les douanes de Bordeaux et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp).

Vendus 3.000 à 4.000 euros le kg en Asie

La marchandise était destinée à être exportée illégalement vers la Chine et la Thaïlande, où les civelles portent bien leur nom d'« or blanc » puisqu’elles s’y vendent entre 3.000 et 4.000 euros le kg au marché noir, multipliant par dix le prix de vente pratiqué en Europe.

« La coopération policière au plan européen, via Europol, était également
déterminante pour appréhender ce trafic d’ampleur internationale », fait valoir le communiqué qui met en avant les nombreux recoupements nécessaires dans cette enquête. Les douanes judiciaires de Bordeaux établissent qu’un même réseau de trafiquants se cache derrière ces deux saisies et joignent leurs investigations à celles de l’Oclaesp et la brigade nautique de Saintes (Charentes Maritime) qui travaillent également sur ce trafic.

Le groupe d’enquête découvre que les civelles récoltées par des mareyeurs français sont transportées en Espagne puis « acheminées vers les pays d’Asie fortement demandeurs de ce produit, via, notamment, des plateformes logistiques installées dans des pays de l’Est (Roumanie, Bulgarie, Pologne) », détaille la gendarmerie.

Le mécanisme de blanchiment a été mis à jour et notamment l’utilisation de sociétés écrans créées en Europe et dans des paradis fiscaux (Irlande, Panama), la complicité de sociétés implantées en Chine et en Thaïlande et le recours à des rétrocommissions par des contrats sur opérations entre l’Afrique et l’Asie.

Neuf mareyeurs et intermédiaires français ont été mis en examen en septembre 2019 puis, cette année, les gérants espagnols d’une société de transport ainsi que l’un des principaux instigateurs, également espagnol.