Avignon : « Ça aurait pu être moi », près de 5.000 personnes rendent hommage à Eric Masson, ce policier tué en intervention

POLICE Près de 5.000 personnes ont répondu ce dimanche à Avignon à l’appel des syndicats pour rendre hommage à Eric Masson, ce policier tué en pleine intervention ce mercredi

Mathilde Ceilles

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Des milliers de personnes ont participé à l'hommage rendu à Eric, ce policier d'Avignon tué en intervention mercredi dans la soirée
Des milliers de personnes ont participé à l'hommage rendu à Eric, ce policier d'Avignon tué en intervention mercredi dans la soirée — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Cinq jours après le décès d’Eric Masson, 5.000 personnes se sont rassemblées ce dimanche devant le commissariat d’Avignon pour rendre hommage à ce brigadier.
  • Mercredi dernier, ce trentenaire a été tué par balles alors qu’il était en intervention sur un point de deal bien connu de la cité des Papes.
  • Des policiers d’Avignon mais aussi d’autres départements sont venus réclamer justice.

De notre envoyée spéciale à Avignon

En ce dimanche ensoleillé, la foule est dense, compacte, au point de s’étendre jusqu’aux fameux remparts de la cité des Papes. Les visages sont interdits, le silence pesant. Soudain, une salve d’applaudissements parcourt la foule. Sur le parvis du commissariat d’Avignon, quelques policiers passent devant le tapis de gerbe de fleurs, portant à bout de bras le portrait géant d’un des leurs, avant d’entourer dans une ronde émouvante la photographie ​du jeune homme.

Une minute de silence, brisée par quelques sanglots étouffés de policiers, vient ensuite de nouveau figer la foule. Pas moins de 5.000 personnes ont répondu ce dimanche à l’appel des syndicats pour un dernier hommage à Eric Masson, décédé ce mercredi en intervention dans la préfecture du Vaucluse.

Un policier très apprécié

Appelé dans la soirée sur un point de trafic de drogue bien connu, dans le centre historique d’Avignon, ce brigadier de 36 ans, père de deux petites filles, et lui-même fils de policier, a été tué par balles. Le tireur et son complice sont toujours en fuite. « C’était un fonctionnaire de police unanimement apprécié, salue Bruno Bartocetti, secrétaire national délégué de la zone Sud du syndicat SGP police. C'était quelqu’un de très discret, de très pudique, et c’est toute la famille police aujourd’hui qui est triste. C’est très difficile pour les collègues de voir un de vos proches partir dans de telles circonstances. Il y a un profond sentiment d’injustice. Quand on est dans la police, on perd bien plus qu’un collègue. La police est une grande famille, et aujourd’hui, on pleure un ami, un frère. »

Gaëtan a fait des centaines de kilomètres ce matin depuis les Alpes-Maritimes, où il est policier depuis vingt-trois ans. Il ne connaissait pas la victime, mais il n’a pas hésité une seconde à venir. « Aujourd’hui, ce sont tous les fonctionnaires de police qui sont touchés, souffle-t-il. Je reste profondément choqué. On fait le même travail. Moi aussi, je fais des contrôles comme ça, tous les jours. Je me dis que ça aurait pu être moi. » « Et moi, je suis très en colère, poursuit à ses côtés Jeanne, son épouse. Comment faire quand on a un conjoint qui part le matin et qu’on n’est pas certain qu’il rentre le soir ? Franchement, tout cela fait très peur. Ce qui s’est passé ici peut se passer dans toutes les villes de France ! »

« Qu’il tremble, ça ne va pas tarder »

« Je suis rentrée dans la police en 1986, en région parisienne, et je suis partie à la retraite il y a quatre ans, confie Elisabeth, venue du Gard. Je suis affligée par ce qu’il se passe. C’est un drame absolu, et il y en a eu d’autres récemment, comme à Rambouillet. Ça commence à faire beaucoup en peu de temps. Et on est là pour dire qu’on ne veut plus que ça arrive. »

« Beaucoup de collègues ne sont pas venus aujourd’hui à cet hommage parce qu’ils ont peur en 2021 de venir devant un commissariat, lance au micro un collègue d’Eric. L’individu, pour être gentil, qui a fait ça à Eric, n’est toujours pas arrêté. Mais qu’il tremble, parce que ça ne va pas tarder ! »

La tristesse laisse en effet rapidement place à la colère. « Derrière tout ça, il y a un sentiment d’impunité grandissant, s’emporte Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat de police Alliance. On en est là parce que la justice ne fait pas son travail comme il faut, et nous demandons au législateur d’agir, en mettant notamment en place des peines incompréhensibles. » Des doléances qui seront au cœur d’une réunion avec le Premier ministre ce lundi, organisée à la demande des syndicats policiers à la suite de ce meurtre. Jean Castex et Gérald Darmanin viendront ensuite à Avignon ce mardi, pour rendre un hommage national à Eric Masson.