Affaire Mia : Sept personnes, dont la mère de l'enfant, ont été arrêtées en France et en Suisse

ENQUETE La petite Mia, enlevée mardi par trois hommes, a été retrouvée avec sa mère en Suisse ce dimanche matin

R. G.-V.
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Le squat où ont été retrouvées Mia et sa mère, à Sainte-Croix en Suisse.
Le squat où ont été retrouvées Mia et sa mère, à Sainte-Croix en Suisse. — FABRICE COFFRINI / AFP

Cinq jours après son enlèvement dans les Vosges, la petite Mia, 8 ans, a été retrouvée avec sa mère ce dimanche matin en Suisse. Lors de deux conférences de presse, peu après l’annonce de la découverte puis dans l’après-midi, le procureur de Nancy, François Perain, a donné quelques précisions. 20 Minutes fait le point sur ce que l’on sait.

Comment Mia et sa mère ont-elles été retrouvées ?

Mia et sa mère, Lola M., ont été retrouvées vers 10h45 ce dimanche matin, a indiqué François Perain. Elles ont été localisées dans une commune suisse frontalière de la France, à Sainte-Croix, dans un squat dont on sait peu de choses à part qu’il s’agit d’une usine désaffectée « investie par différentes personnes ». Lola M. semble de pas avoir opposé de résistance à son arrestation. Elle se trouve actuellement en garde à vue en Suisse et est interrogée par la police locale. Le procureur de la République de Nancy a insisté sur la bonne coopération avec les autorités suisses et les polices, tant cantonale que fédérale, « depuis le début de l’affaire ».

Comment va la petite Mia ?

Le procureur de Nancy a assuré que Mia se trouve en bonne santé. Elle est actuellement toujours en Suisse. La protection judiciaire de la jeunesse a été mandatée pour la récupérer. C’est ce service qui doit reconduire Mia chez sa grand-mère maternelle, sans passer par une famille d’accueil. Ce dimanche après-midi, une psychologue et un assistant social sont en route pour récupérer Mia, mais on ne sait pas quand elle rentrera chez sa grand-mère. François Perain a aussi insisté sur le fait que le prochain lieu de résidence de Mia et sa grand-mère était tenu secret.

Qui sont les personnes arrêtées ?

Pour le moment sept personnes, y compris Lola M., ont été arrêtées, en France et en Suisse. D’abord quatre des cinq personnes («Jeannot », « Le Corbeau », « Bruno » et « Pitchoune », d’après les noms utilisés par le procureur lors de la conférence de presse) qui font partie du « groupe actif » qui a enlevé Mia, la dernière personne («Basile ») est encore recherchée. Le cinquième interpellé (« Bouga ») a participé à la conception de l’enlèvement et était en contact avec le « groupe actif » mardi. Tous ceux-là ont reconnu les faits. Ils n’ont jamais eu affaire à la justice, sont plutôt « insérés socialement », mais partagent une « communauté d’idées contre l’Etat et contre la dictature sanitaire », a précisé François Perain. Ils considèrent que les enfants placés ont été injustement enlevés à leurs parents et qu’il faut agir pour leur rendre.

En Suisse, un premier complice, sympathisant de cette mouvance, a été arrêté, « Roméo ». Un mandat d’arrêt européen a déjà été émis le concernant pour qu’il puisse être rapidement présenté au juge d’instruction en charge de l’affaire à Nancy. Il doit en être de même dans les heures qui viennent pour ce qui est de Lola M.

Comment a été préparé l’enlèvement ?

« Les cinq hommes arrêtés ont agi de manière déterminée », a expliqué François Perain. L’action, extrêmement bien préparée, était conçue « comme une opération militaire ». Elle avait d’ailleurs un nom : « opération Lima ». Lola M. est d’abord rentrée en contact avec Bouga, qui a décidé d’agir avec d’autres membres de sa mouvance, qui se connaissent grâce aux réseaux sociaux. Les membres du groupe dégagent un budget de 3.000 euros pour du petit matériel (téléphones, talkie-walkie, postiches) et pour les frais de la mère de Mia. Un script du texte à réciter devant la grand-mère de Mia a été retrouvé chez Pitchoune.

Les membres franciliens du groupe, Jeannot, Le Corbeau et Pitchoune, prennent la direction des Vosges le dimanche 11 avril avec une C5 et un Transporter Volkswagen. Ils récupèrent Basile sur la route et passent la nuit dans les Vosges, en camping sauvage. Le lundi, le dernier membre du « commando », Bruno, les rejoint. Ils retrouvent aussi la mère de Mia. C’est là qu’ils maquillent les plaques et logo du Transporter qui doit servir au rapt. Après une nouvelle nuit en camping sauvage, le mardi, ils enlèvent Mia en se faisant passer pour des éducateurs des services sociaux auprès de la grand-mère de la petite fille. Le groupe remet Mia à sa mère, la voiture est « démaquillée ».

Que sait-on de la cavale ?

Le « groupe actif » a accompagné Mia et sa mère jusqu’à la frontière suisse, à Saint-Dizier-l’Evêque (Territoire de Belfort), a expliqué le procureur. La frontière a été passée à pied. C’est là que Mia et sa mère ont été pris en charge par Roméo, un Français installé dans la confédération. Il les a conduits dans le canton de Fribourg, où elles ont passé une première nuit à l’hôtel, à Estavayer-le-Lac. Mercredi, elles se sont rendues à Neuchâtel en taxi, où elles ont rejoint une femme, proche de la mouvance du groupe actif, chez qui elles ont passé la nuit de mercredi à jeudi. C’est cette femme qui les aurait déposées jeudi dans le squat où elles ont été retrouvées ce dimanche à 10h45.