Enlèvement dans les Vosges : La mère de Mia, 8 ans, au cœur des investigations des gendarmes

ENQUETE La mère de la fillette, qui n’avait pas le droit de la voir seule, ne se « trouve plus à son domicile », a expliqué le procureur de la République d’Epinal

Thibaut Chevillard

— 

Mia, 8 ans, a été enlevée mardi par trois hommes alors qu'elle était chez sa grand-mère.
Mia, 8 ans, a été enlevée mardi par trois hommes alors qu'elle était chez sa grand-mère. — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • Mia, 8 ans, a été enlevée mardi par trois hommes alors qu’elle se trouvait chez sa grand-mère maternelle dans les Vosges.
  • Sa mère, qui n’en avait plus la garde, s’est depuis volatilisée. Les gendarmes se demandent si cette femme au profil inquiétant ne serait pas impliquée dans le rapt de sa fille.
  • Le dispositif Alerte enlèvement a été déclenché mardi soir à 21h. Une trentaine de signalements ont été recueillis au cours de la nuit par les gendarmes.

La mère de Mia serait-elle impliquée dans le rapt de la fillette de 8 ans ? Mardi, la petite fille brune a été enlevée par trois hommes alors qu’elle se trouvait chez sa grand-mère maternelle aux Poulières, dans les Vosges. Depuis, Lola Montemaggi, sa mère, qui « n’avait pas le droit de la voir seule », ne se « trouve plus à son domicile », a expliqué ce mercredi le procureur de la République d’Epinal, Nicolas Heitz, lors d’une conférence de presse. Cette femme de 28 ans, au profil inquiétant, est au cœur des investigations des gendarmes de la section de recherche de Nancy, qui mènent « un travail de fourmi » pour retrouver l’enfant et ses ravisseurs.

Mia avait été placée chez sa grand-mère à la fin de l’année 2020. Un placement décidé par le parquet d’Epinal, qui avait reçu un signalement « indiquant que l’enfant était confrontée à la violence de sa mère à l’endroit de son conjoint » et « à ses propos suicidaires », a relaté le magistrat. En outre, elle avait demandé à scolariser sa fille à domicile, ce qui lui avait été refusé. En janvier dernier, devant le juge des enfants, Lola Montemaggi avait adopté « une posture préoccupante » : elle se disait « malade » et refusait « que l’on s’immisce dans sa vie ou dans celle de sa fille, en arguant une position de rejet de la vie en société ».

« En dessous des radars de la société »

Depuis, elle n’avait répondu à aucune convocation de la justice, qu’elle assimilait « à une organisation criminelle ». Lola Montemaggi avait également fait savoir, en décembre dernier, qu’elle projetait de « partir en camping-car avec sa fille », afin de passer « en dessous des radars de la société », a ajouté le procureur. Cette jeune femme « très mince », les cheveux châtain clair et mesurant environ 1,70 m, n’était autorisée à voir Mia que « deux fois par mois », et « seulement en présence d’un tiers » de confiance, à savoir sa propre mère, qui habite Les Poulières, village d’environ 250 habitants situé à une trentaine de kilomètres d’Epinal.

Mardi, les ravisseurs se présentent chez cette dernière en se faisant passer pour des représentants de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Pour mettre la grand-mère de Mia en confiance, ils lui montrent « des papiers à l’en-tête du ministère de la Justice », note Nicolas Heitz, qui se demande « comment ils ont pu se les procurer ». Deux hommes lui expliquent « vouloir faire une visite inopinée du logement et conduire l’enfant pour un rendez-vous » avec sa mère. Peu après, la grand-mère est prise d’une « mauvaise intuition ». Elle découvre effectivement, en contactant la PJJ par téléphone, qu’elle a été trompée, aucun éducateur ne devant se présenter à son domicile ce jour-là.

« Nous sommes tous collectivement inquiets »

Immédiatement, le parquet ouvre une enquête pour « enlèvement de mineur de moins de 15 ans », confiée à la section de recherche de Nancy et à la brigade de recherche de Saint-Dié-des-Vosges. Environ 90 gendarmes se mettent à la recherche de la camionnette Volkswagen grise utilisée par ces trois hommes âgés d’une trentaine d’années. Vers 21h, la procédure alerte enlèvement est déclenchée par le parquet. Les visages de la fillette, qui mesure 1,30 m et a des cheveux longs bruns avec une frange, et de sa mère apparaissent sur tous les écrans de télévision. Levée au bout de trois heures, cette alerte a permis aux gendarmes de recevoir une trentaine de signalements, qui ont fait l’objet de vérifications systématiques.

L’appartement de la mère, situé à Epinal, a fait l’objet d’une « perquisition minutieuse », précise le procureur. « Nous sommes tous collectivement inquiets, nous espérons que l’enquête permettra rapidement » de retrouver l’enfant, a insisté Nicolas Heitz. S’ils ne libèrent pas l’enfant volontairement, les ravisseurs encourent une peine de trente ans de réclusion criminelle. Toute personne ayant des informations peut les communiquer aux enquêteurs en appelant le 0 800 36 32 68 ou en composant le 17.