Cryptomonnaies : Huit distributeurs de bitcoins placés sous scellés par la police judiciaire

ENQUETE Les policiers se demandent si ces automates qui permettaient d’acheter ou de vendre de la monnaie virtuelle n’ont pas été utilisés pour blanchir de l’argent

Thibaut Chevillard

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C'est un distributeur automatique de bitcoins de ce type qui a été installé à Lille (illustration).
C'est un distributeur automatique de bitcoins de ce type qui a été installé à Lille (illustration). — Omar Marques / SOPA Images/Sipa
  • La police judiciaire a placé sous scellés huit distributeurs de bitcoins, une monnaie virtuelle dont la valeur ne cesse de battre des records.
  • Ils ont été installés dans plusieurs grandes villes de France par une société polonaise visée par une enquête pour blanchiment.
  • Les enquêteurs s’interrogent en effet sur le caractère illicite des fonds que contenaient ces automates.

« C’est la première opération de ce type en France », explique à 20 Minutes la commissaire Anne-Sophie Coulbois, cheffe de l’OCRGDF (Office central pour la répression de la grande délinquance financière). Les enquêteurs de la police judiciaire ont placé sous scellés, vendredi dernier, huit distributeurs de bitcoins qui avaient été installés à Lille, Marseille, Cannes, Nice, Grenoble, Rouen et Paris par ATS, une société polonaise visée par une enquête pour blanchiment aggravé. L’argent qu’ils contenaient, environ 191.000 euros, a été saisi. A ce stade, l’enquête n’a pas donné lieu à des interpellations.

En janvier dernier, ATS a installé l’un de ces distributeurs, permettant d’acheter ou de vendre des bitcoins, dans le quartier populaire de Fives à Lille. « Or les cryptomonnaies peuvent être des vecteurs importants de blanchiment », remarque la commissaire Coulbois. Une enquête, confiée à la direction interrégionale de la police judiciaire de Lille, a été ouverte par le parquet de la ville qui s’est depuis dessaisi au profit de la Juridiction nationale chargée de la lutte contre la criminalité organisée. Les policiers ont d’abord découvert que ces appareils n’étaient pas enregistrés auprès de l’AMF (Autorité des marchés financiers) comme le prévoit la loi.

Des fonds à l’origine douteuse

Vendredi, les enquêteurs des services territoriaux de la PJ, et ceux de l’OCRGF, ont donc placé sous scellés huit distributeurs lors d’une opération coordonnée sur tout le territoire. Au-delà de cette infraction réglementaire, les policiers de la direction centrale de la police judiciaire, qui ont récupéré la suite des investigations, s’interrogent également sur le caractère illicite des fonds qu’ils contenaient. En effet, les douanes ont contrôlé, à la frontière franco-belge, des employés de cette société polonaise qui transportaient un peu plus de 40.000 euros à l’origine douteuse. Ces distributeurs servaient-ils à blanchir de l’argent sale ? « L’enquête est toujours en cours, en particulier sur ce volet-là », indique la commissaire Coulbois.