Confinement à Paris : Les organisateurs de raves clandestines arrêtés par la police

ENQUETE Trois hommes suspectés d'être impliqués dans l'organisation d'une douzaine de soirées clandestines en 2020 ont été interpellés en début de semaine 

Thibaut Chevillard

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Une free party clandestine à Paris le 21 novembre 2020
Une free party clandestine à Paris le 21 novembre 2020 — DAPHNE ROUSSEAU / AFP
  • Trois personnes soupçonnées d’être impliquées dans l’organisation de soirées clandestines ont été interpellées par les policiers du commissariat de la Courneuve (Seine-Saint-Denis).
  • Une vingtaine de soirées illégales aurait été organisée en 2020.
  • Ils ont été placés sous contrôle judiciaire et seront jugés en janvier devant le tribunal correctionnel de Bobigny.

« C’est une vraie organisation clandestine, comme au temps de la prohibition », relate une source policière. Trois personnes soupçonnées d’être impliquées dans l’organisation de soirées non déclarées à Paris et en banlieue, réunissant des centaines de participants, ont été interpellées mardi et mercredi, et placées en garde à vue à La Courneuve ( Seine-Saint-Denis), apprend 20 Minutes de sources concordantes, confirmant une information du Figaro. Elles comparaîtront en janvier devant le tribunal correctionnel de Bobigny. En attendant, elles ont été placées sous contrôle judiciaire.

L’affaire commence le 27 septembre. Une scène installée au milieu d’un bâtiment, un bar, un stand de crêpes sucrées et salées, des photographes, des jeux de lumière… Il est 1 heure du matin quand les policiers du commissariat de La Courneuve découvrent effarés, dans un hangar désaffecté, un millier de personnes participant à une rave clandestine. « Beaucoup étaient bien éméchés et avaient consommé des stupéfiants », raconte une source proche du dossier. Malgré les protestations des fêtards, la décision d’évacuer les lieux est prise en lien avec le préfet de police, Didier Lallement. Avant de partir, les fonctionnaires saisissent les tables de mixage. Leur propriétaire s’est présenté le lendemain au commissariat pour les récupérer.

Une association de type loi 1901

Une enquête est alors ouverte, notamment pour « mise en danger de la vie d’autrui », « organisation sans déclaration préalable d’un rassemblement festif à caractère musical », « ouverture irrégulière d’un débit de boissons » et « travail dissimulé ». Les policiers identifient rapidement l’organisateur de la soirée. Ce dernier gère une association de type loi 1901 qui organise « bénévolement des événements secrets dans des lieux atypiques et underground dans toute la région parisienne », indique-t-il sur sa page Facebook.

Les organisateurs, se sachant dans l’illégalité, prennent de nombreuses précautions. Pour participer, il faut acheter sa place sur une billetterie en ligne, Shotgun. Prix : entre 10 et 20 euros. Le lieu est tenu secret jusqu’au dernier moment. Les participants reçoivent par mail l’heure de la fête ainsi que les coordonnées GPS de l’endroit où se tient l’événement. Ils sont attendus aux arrêts de transport en commun par des rabatteurs qui les accompagnent discrètement jusqu’au hangar où ils peuvent tranquillement écouter de la musique électronique tout en consommant de l’alcool ou de la drogue.

« Danser sera notre plus belle manière de résister »

Au fil de leurs investigations, les policiers de La Courneuve découvrent que l’organisateur n’en est pas à son coup d’essai. Il est suspecté d’avoir organisé une douzaine de raves en 2020, dont deux à Paris en plein confinement. L’une le 31 octobre dans un tunnel du 15e arrondissement, l’autre le 21 novembre dans un tunnel désaffecté de la SNCF situé 13e arrondissement, qui avait réuni 300 personnes environ, ne respectant évidemment pas les gestes barrières. « Il jouissait d’un vrai sentiment d’impunité puisqu’il avait été arrêté plusieurs fois déjà », poursuit notre source policière.

« La rave est un espace de liberté, nous serons unis pour la défendre, la protéger. Danser sera notre plus belle manière de résister », prévient-il sur Facebook. Le suspect a été interpellé mardi, ainsi qu’un autre homme participerait avec lui à l’organisation des soirées. Le lendemain, les fonctionnaires ont également arrêté le gérant de la billetterie en ligne et l’ont placé en garde à vue.