Producteur tabassé à Paris : Le procès verbal des policiers mis à mal par la vidéosurveillance

ENQUETE La préfecture de police a demandé la suspension des trois agents après la diffusion d'images édifiantes

Caroline Politi

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Un producteur de musique a été passé à tabac
Un producteur de musique a été passé à tabac — Loopsider/Capture d'écran
  • Samedi, dans le 17e arrondissement de Paris, un producteur de musique a été passé à tabac par trois policiers alors qu’il entrait dans son studio de musique.
  • Les trois policiers mis en cause ont été « suspendus à titre conservatoire » jeudi par le directeur de la police nationale. Une enquête a été ouverte pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » et « faux en écriture publique ».
  • Les fonctionnaires sont soupçonnés d’avoir menti dans le PV d’interpellation, rédigé 24 heures après les faits et que 20 Minutes a pu consulter.

Les images montrent un passage à tabac en règle : trois policiers assénant de multiples coups de poing et de pied à un homme, producteur de musique et gérant d’une société de production, qui vient d’arriver dans son studio, dans le 17e arrondissement de Paris. Plusieurs minutes d’une rare violence où après avoir tenté de le sortir manu militari dans la rue, les fonctionnaires finissent par jeter une grenade lacrymogène à l’intérieur de ce bâtiment où se trouvent dix personnes.

Quelques heures après les révélations du site Loopsider, les trois fonctionnaires, un brigadier et deux gardiens de la paix appartenant à la brigade territoriale de contact (BTC) du commissariat du 17e arrondissement ont été suspendus «à titre conservatoire» par le directeur général de la police nationale, ainsi que l'avait réclamé Didier Lallement, le préfet de police de Paris. Une demande appuyée par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, sur Twitter. « Je souhaite que la procédure disciplinaire puisse être conduite dans les plus brefs délais », a-t-il écrit. 

Une enquête ouverte par le parquet

L’IGPN, la « police des polices », a été saisie tant sur le plan administratif que judiciaire. Une enquête pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » et « faux en écriture publique » a été ouverte le 24 novembre – les faits remontent au samedi 21 –, a indiqué le parquet de Paris. La procédure ouverte contre la victime pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « rébellion » a, à l’inverse, été classée sans suite.

Au-delà des violences, les fonctionnaires sont soupçonnés d’avoir menti dans le PV d’interpellation, rédigé 24 heures après les faits et que 20 Minutes a pu consulter. Ils expliquent avoir voulu procéder à un contrôle d’identité après avoir repéré le trentenaire sans masque dans la rue. Ils précisent qu’une « forte odeur de stupéfiant » se dégage de sa personne. Le producteur de musique, qui reconnaît qu’il ne portait pas de masque, explique s’être précipité dans son studio pour échapper à une amende. On l’aperçoit effectivement passer la porte, immédiatement suivi d’un policier puis de ses deux collègues, dont l'un ne porte d'ailleurs pas de masque. Dans leur rapport, les fonctionnaires écrivent pourtant avoir été entraînés « de force » dans le bâtiment. Selon leur récit, l’homme se débat et devient « dangereux ». « Dans la débâcle, l’homme tente à plusieurs reprises de se saisir de notre arme administrative », insistent-ils.

« Insensible à la douleur »

Les images montrent un scénario bien différent. Si le producteur de musique s’agrippe pour ne pas être conduit dans la rue, on le voit recevoir des coups de matraque et des coups de poing alors qu’il est soit à genoux, soit recroquevillé. A de nombreuses reprises, on l’aperçoit se protéger la tête, à aucun moment il ne semble porter de coups. « L’individu continue de nous porter des coups avec ses bras et ses jambes, nous empêchant de sortir du local », écrivent pourtant les policiers. Et ce, alors que la porte est, pendant de longs instants, grande ouverte et maintenue ainsi par un des fonctionnaires. Ils précisent dans leur rapport que l’homme « semble insensible à la douleur ».

La scène, qui dure environ 5 minutes, s’arrête lorsque les artistes, alertés par les cris remontent du sous-sol où se trouve le studio d’enregistrement. Les policiers sortent puis tentent quelques instants plus tard, avec des renforts, de forcer la porte. Faisant fi de toutes les règles de procédure, ils finissent par envoyer une grenade lacrymogène dans la pièce. Dans leur rapport, ils affirment que la grenade n’a pas été jetée par un des membres de la patrouille mais par un fonctionnaire appelé en renfort, qu’il est impossible d’identifier… Plusieurs des artistes présents indiquent avoir été frappés alors qu’ils étaient au sol. Emmenés au commissariat, ils seront rapidement relâchés, contrairement au producteur qui sera placé 48 heures en garde à vue. Il s’est vu prescrire six jours d’ITT.