Marseille : « Ils avaient un monopole ! »... Une huitième interpellation dans l’affaire du site touristique clandestin

FAITS DIVERS Une huitième personne a été interpellée dans l’affaire du site touristique clandestin démantelé à l’Estaque. Les propriétaires louaient notamment des jet-skis pour des virées dans les calanques

Jean Saint-Marc

— 

Un site touristique clandestin a été démantelé à l'Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille.
Un site touristique clandestin a été démantelé à l'Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • Une huitième personne a été interpellée dans une affaire de location clandestine de scooters de mer (entre autres), à Marseille. Deux suspectes ont été libérées mercredi soir.
  • 20 Minutes a rencontré sur place des témoins de ce trafic qui a débuté il y a plusieurs années.
  • L’un d’eux assure que les caïds avaient fini par « obtenir un monopole » sur la location de bateau.

« Quoi ? Un rooftop par ici ? Je n’en ai jamais entendu parler. » Le silence est d’or sous le cagnard de l'Estaque. Avec sa grande devanture rouge, la structure est pourtant peu discrète. L’ardoise propose sandwichs, burgers, pizzas, boissons et glaces. Mais si on s’enfonce un peu, on aperçoit vite les scellés posés par les policiers de la division Nord de Marseille. Ils ont arrêté, ce jeudi, une huitième personne dans le cadre du démantèlement d’un site touristique clandestin, annonce la procureure Dominique Laurens à 20 Minutes.

Les deux femmes interpellées mercredi ont été libérées dans la soirée. Selon le commissaire Patrick Longuet, patron de la Division de sécurité de proximité Nord, six hommes étaient toujours en garde à vue ce jeudi au siège de la division Nord, dans le 15e arrondissement. Tous ont depuis été déférés et sont, ce vendredi, entre les mains de la procureure Dominique Laurens.

« Insertion socioprofessionnelle »

Parmi eux, le président de l’association âgé d’une trentaine d’années, l’homme de main qui devait lui succéder, le trésorier, un secrétaire mais aussi une personne proche des principaux suspects « qui nous a balancés sur les ondes », détaille Patrick Longuet. « Elle savait qu’on travaillait sur eux et les a mis en garde, explique encore le commissaire à 20 Minutes. Les six hommes ont tous reconnu leur responsabilité mais ils la minimisent. Ils ne savaient pas. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »

L'affaire est prioritaire pour la justice et la police à Marseille : elle est « révélatrice de pratiques qui ont lieu ici depuis des années ». Environ 20 kilos de cannabis ont été découverts sur place.

L’association « Concept Renov », qui dit faire de « l’insertion socioprofessionnelle de personnes en difficulté », organisait en réalité des sorties en mer (en scooter ou en bateau), des soirées sur son rooftop, le tout sans la moindre autorisation ni un début de déclaration aux impôts, à l’Ursaff ou à la mairie. Il y avait même deux chambres d’hôtel. Les enquêteurs estiment que le trafic rapportait jusqu’à 150.000 euros par mois. « A la base, l’association hébergeait des étrangers, des hippies de passage, à titre gratuit, raconte Sam*, un jeune homme du quartier. La personne a vendu (sic) l’asso en faisant croire que c’était légal. Ensuite, ils ont fait le bar à chicha, le snack, les bateaux. »

Un domaine touristique clandestin a été démantelé à l'Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille.
Un domaine touristique clandestin a été démantelé à l'Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille. - J. Saint-Marc / 20 Minutes

Canettes, chaises et vélo d’appartement

Les embarcations sont encore là, derrière les grilles barrées d’un drap : « parc fermé. » On y voit aussi quelques cadavres de canette, des chaises, une table basse, un vélo d’appartement. Les caïds avaient souscrit un contrat de vidéosurveillance auprès d’une société bien implantée à Marseille. « Ils étaient devenus les chefs du coin, peste un habitué de l’Estaque. Ils contrôlaient les voitures au rond-point. C’est dramatique pour le touriste qui veut aller là. »

Cet emplacement est le seul point de mise à l’eau des bateaux dans le nord de Marseille. L’autre se trouve à la Pointe Rouge, à vingt kilomètres, dans un des secteurs les plus embouteillés de la ville. « Ils avaient donc un monopole », conclut-il.

Un site touristique clandestin a été démantelé à l'Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille.
Un site touristique clandestin a été démantelé à l'Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille. - J. Saint-Marc / 20 Minutes

Tout en fixant la plaque d’immatriculation de la remorque de son bateau, Jean-Louis* soupire : « Avec ma femme, on ne venait plus le week-end, seulement en semaine. Les samedis dimanches, c’était impossible de se garer. Ça chantait, ça dansait, c’était le bordel. » Ce retraité habite à Château-Gombert, un des noyaux villageois du nord de Marseille. Avant de filer à l’anglaise, il conclut : « Ça devient la panique ici. » Ce jeudi, l’endroit était pourtant silencieux. « C’est tout calme. Y a même pas un jet-ski », déplore un pote de Sam*.

* Leurs prénoms ont été modifiés.