Lille : Mâchoire brisée par un dealer, elle lance un appel aux autorités

FAITS DIVERS Une habitante d’un quartier de Lille gangrené par les trafics a été violemment agressée devant chez elle

Mikaël Libert

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La résidence La Filature, dans le quartier de Moulins, à Lille.
La résidence La Filature, dans le quartier de Moulins, à Lille. — Google maps
  • Une Lilloise a été agressée et blessée par un homme dans le quartier de Moulins.
  • L’agresseur présumé est un des nombreux dealers présents dans la zone.
  • La victime a décidé de témoigner à visage découvert dans une vidéo postée sur YouTube.

Exaspération à visage découvert. Samedi soir, une femme a été violemment agressée alors qu’elle rentrait chez elle, dans une résidence HLM du quartier de Moulins, à Lille. Le suspect, interpellé depuis, est un des nombreux dealers qui ont transformé l’endroit en « zone de non-droit » connue de tous pour être un haut lieu du trafic de stupéfiants. La victime, qui s’appelle Cécile, a décidé de témoigner ouvertement de son exaspération dans une vidéo postée sur YouTube.

C’est depuis sa chambre d’hôpital au CHU de Lille que Cécile a enregistré, dimanche, son « appel aux autorités lilloises ». La quadragénaire, chanteuse et comédienne, parle difficilement en raison d’une double fracture de la mâchoire résultant des coups de son agresseur. Une agression gratuite qui s’est déroulée, samedi soir, alors que Cécile rentrait à l’appartement qu’elle occupe avec sa mère et sa fille, résidence de la Filature, dans le quartier de Moulins.

Agressée « parce que j’ai haussé le ton »

« Je me suis fait taper, agresser par un dealer parce que j’ai haussé le ton suite à des provocations », explique la mère de famille, ajoutant qu’elle allait devoir être opérée pour se faire poser des plaques, ce qui l’empêchera de chanter « pendant très longtemps. »

Comme de nombreux habitants de ce quartier, dont la vie quotidienne est parasitée par la présence continue de trafiquants de drogue, Cécile est à bout. Car le phénomène est loin d’être nouveau. « J’ai envie de lancer un appel aux pouvoirs publics, à Martine Aubry. Est-ce que vous pouvez prendre la mesure de la gravité de la situation dans le quartier de Lille-Moulins depuis la Porte d’Arras jusqu’à la Porte de Valenciennes », demande-t-elle. A la préfecture de police, Cécile affirme vivre « dans une zone de non-droit », une zone « dans laquelle une mafia gouverne, décide, agit, insulte, salit, provoque, harcèle au quotidien ».

De leur côté, les autorités assurent effectuer régulièrement des descentes et des interpellations dans ces quartiers. Ce qui est effectivement le cas. Pour autant, et la mairie le reconnaît, les trafics sont loin d’avoir été démantelés. C’était d’ailleurs un des enjeux de la dernière élection municipale qui a fait prendre à Martine Aubry un virage sécuritaire dans son programme. Mais pour Cécile, « passer une ou deux fois par jour » n’est clairement pas suffisant là où il faudrait, selon elle, « une surveillance perpétuelle. »

« Je suis en colère et triste. Personne n’a le droit d’agir sans respecter l’autre. J’espère que je serai la dernière victime de ce fléau », souhaite Cécile. Son agresseur présumé, âgé d’une vingtaine d’années, a pu être interpellé dimanche. Placé en garde à vue, il avait été formellement identifié par la victime. Selon le parquet de Lille, l’homme a été déféré ce mardi matin en vue d’un jugement en comparution immédiate pour « violence volontaire » dans le courant de l’après-midi.