De plus en plus de personnes mises en cause pour maltraitance et abandon d'animaux

30 MILLIONS D'AMIS Une étude publiée ce jeudi révèle que les auteurs sont principalement des hommes majeurs agissant durant l’été

Thibaut Chevillard

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Qui peut vraiment vouloir s'en prendre à un être aussi mignon, franchement ? (Illustration)
Qui peut vraiment vouloir s'en prendre à un être aussi mignon, franchement ? (Illustration) — Pixabay
  • Entre 2016 et 2018, 4.401 personnes ont été impliquées dans des affaires de maltraitance et d’abandon d’un animal domestique, un chiffre qui a augmenté de 29 % au cours de cette période, révèle l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) dans une étude publiée ce jeudi.
  • Les auteurs sont essentiellement des hommes majeurs, sans emploi, qui agissent l’été.
  • 858 personnes ont été condamnées pour des actes de cruauté envers un animal domestique entre 2007 et 2017. Le nombre de condamnation a augmenté de 57 % sur cette période.

La vidéo, d’une trentaine de secondes, a suscité une vague d’émotion sur les réseaux sociaux. Un homme jeune, vêtu d’un pantalon gris et d’un haut noir, ouvre le coffre d’une Citroën blanche immatriculée en Haute-Corse dans lequel se trouve un veau. « Oh ! Il a pissé ! Quel e… ! » lâche-t-il. Puis, il saisit l’animal apeuré par les pattes et le jette du haut d’un pont. « Oh ! Merde ! » commente, amusé, celui filme la scène. Après à sa diffusion, le paquet de Bastia a ouvert une enquête. Mardi matin, un suspect, se sachant recherché, s’est présenté de lui-même à la gendarmerie et a été placé en garde à vue, indique une source proche du dossier.

Ce jeune majeur, né en 2000, a indiqué aux enquêteurs que les faits avaient eu lieu en 2019 et a dit ignorer comment la vidéo s’est retrouvée sur Internet. « Il a précisé avoir percuté un veau avec sa voiture et ne pas avoir su qu’en faire. Pour abréger ses souffrances, il l’a jeté dans un ravin », explique à 20 Minutes la procureure de Bastia, Caroline Tharot. A l’issue de sa garde à vue, il a été placé en détention provisoire et sera jugé en comparution immédiate ce jeudi.

A l’instar des auteurs de ce fait atroce, de plus en plus de personnes sont, chaque année, mises en cause par la justice dans des dossiers de maltraitance animale. Entre 2016 et 2018, leur nombre a augmenté de 23 %, passant de 1.025 à 1.256. Dans 80 % des cas, il s’agit d’hommes, essentiellement majeurs, indique une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) publiée ce jeudi. Un tiers des mis en cause ont indiqué être « sans profession, chômeur ou demandeur d’emploi ». Les autres sont soit à la retraite (15 %), scolarisés ou étudiants (7 %), voire agriculteurs exploitants (7 %).

Une hausse de 57 % du nombre de condamnations

Les auteurs encourent une peine de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 € d’amende, à laquelle peuvent s’ajouter des peines complémentaires, comme l’interdiction de posséder un animal. Le nombre de condamnations ne cesse d’augmenter : entre 2007 et 2017, il est passé de 70 à 110, soit une hausse de 57 %. « Cette hausse a été particulièrement forte à partir de 2015, date à laquelle les animaux ont été reconnus comme des êtres vivants doués de sensibilité dans le Code civil », remarque l’ONDRP.

En moyenne, sur cette période, un tiers des personnes condamnées pour acte de cruauté envers un animal domestique ont écopé d’une amende, 29 % une peine de l’emprisonnement avec sursis, 23 % une mesure alternative, et 16 % de l’emprisonnement ferme. C’est essentiellement entre juin et août que les faits se déroulent, observe Fiona Frattini, l’autrice de cette étude. C’est aussi durant l’été que les refuges, la SPA en tête, recueillent le plus d’animaux abandonnés par des propriétaires préférant partir en vacances plutôt que d’assumer leurs responsabilités.

Des enquêtes difficiles

Le nombre de personnes mises en cause pour l’abandon de leur animal ne cesse, lui aussi, d’augmenter. Il est passé de 257 en 2016 à 395 en 2018, soit une hausse de 54 % en deux ans ! Plus d’un tiers (38 %) des animaux abandonnés entre 2007 et 2017 l’ont été dans des communes rurales, et 33 % dans des villes de moins de 50.000 habitants. Les enquêtes menées par les forces de l’ordre pour retrouver leurs propriétaires sont souvent difficiles, les animaux n’étant pas forcément identifiés par une puce ou un tatouage.

Entre 2016 et 2018, les 62 refuges de la SPA ont recueilli 26.375 animaux abandonnés. En prenant en compte ceux qui ont été recueillis dans d’autres refuges, ce nombre passe à 47.915.