Mobilisation des soignants : Les CRS ont-ils été visés par des produits chimiques ?

ENQUETE Deux compagnies de CRS ont ressenti des « symptômes incapacitants » après avoir inhalé une fumée blanche

C.Po.
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Des CRS ont-ils inhalé du tétrachlorure de titane lors de la manifestation des soignants
Des CRS ont-ils inhalé du tétrachlorure de titane lors de la manifestation des soignants — Alain JOCARD / AFP

Qu’ont inhalé les deux compagnies de CRS de Sancerre et Charleville-Mézières pour ressentir presque instantanément de tels symptômes ? Mardi 16 juin, ces fonctionnaires étaient chargés d’assurer la sécurité de la manifestation des soignants à Paris – au cours de laquelle  des débordements ont été observés – lorsqu’ils ont essuyé le jet d’un objet en verre qui, en se brisant sur le sol, a libéré une épaisse fumée blanche et des gouttelettes ressemblant à de la peinture. Quelques secondes plus tard, les policiers ont ressenti une irritation de la peau et des yeux, une gêne respiratoire, une sensation de brûlures et des nausées.

Dans une note que 20 Minutes a pu consulter, le laboratoire central de la préfecture de police de Paris émet l’hypothèse que ces « symptômes incapacitants » pourraient avoir été déclenchés par l’inhalation de tétrachlorure de titane (TiCl4). Les chercheurs décrivent une réaction chimique caractéristique de cette substance. « Lors de l’utilisation, l’ampoule de TiCl4 se brise, le liquide se répand et se transforme immédiatement au contact de l’air en du dioxyde de titane, qui est une poudre blanche, et en un nuage de gouttelettes d’acide chlorhydrique », précise le laboratoire. Afin de confirmer cette hypothèse, un prélèvement a été effectué sur le bouclier d’un CRS lui-même victime de ces symptômes.

Le tétrachlorure de titane a un temps été utilisé dans la fabrication des gaz lacrymogène avant d’être abandonné en raison de la toxicité de la fumée. « Ce type d’engin n’est plus utilisé par les forces de police mais il en est parfois retrouvé en déchetterie ou dans certaines caves », précise la note. Le 16 juin, la préfecture de police avait fait état de 32 interpellations liées aux échauffourées et de 19 blessés dans les rangs des forces de l’ordre.