Alpes-Maritimes : Deux hommes soupçonnés d’avoir saboté une antenne 5G interpellés

ENQUETE Agés de 25 ans, les deux hommes sont suspectés d’avoir dégradé une antenne relais dont l’installation à Contes (Alpes-Maritimes) fait l’objet d’une vive opposition de la part des habitants

Thibaut Chevillard

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L'antenne-relais installée à Contes à fait l'objet de multiples dégradations (Illustration).
L'antenne-relais installée à Contes à fait l'objet de multiples dégradations (Illustration). — GILE MICHEL/SIPA
  • Deux hommes de 25 ans ont été interpellés à Contes (Alpes-Maritimes) par les gendarmes qui les suspectent d’avoir dégradé une antenne relais.
  • L’installation, début mai, de cette antenne fait l’objet d’une vive opposition de la part d’habitants de la commune qui redoutent les effets néfastes de la 5 G sur la santé.
  • Depuis plusieurs mois, les dégradations d’antennes relais se multiplient en France. La gendarmerie a créé une cellule spécifique pour coordonner les enquêtes que mènent les sections et brigades de recherches.

Haute de 21 mètres, l’antenne relais 5G n’a été installée que début mai sur un terrain privé dans le quartier du Castellar, à Contes ( Alpes-Maritimes). Mais elle a déjà fait l’objet de dégradations à au moins deux reprises. Les gendarmes de la section de recherche de Marseille et de la brigade de recherches de Nice ont donc discrètement surveillé les lieux durant plusieurs jours. Et ils ont interpellé, dans la nuit du 16 au 17 juin, un peu avant minuit, deux hommes de 25 ans qui s’étaient introduits sur le site. Les suspects devaient être mis en examen ce jeudi pour « dégradation de matériel électrique » et placés sous contrôle judiciaire, indique à 20 Minutes le procureur de la République de Nice, Xavier Bonhomme.

En garde à vue, ils ont aussi reconnu s’être introduits sur le site le 15 juin dernier afin de mettre hors d’usage des ventilateurs. En revanche, ils ont nié leurs implications dans les autres faits pour lesquels une enquête a été ouverte. Le 30 avril dernier, sur le chantier qui avait pris du retard en raison du confinement, des ouvriers découvrent que des câbles ont été sectionnés. Quelques jours plus tard, le 12 mai, alors que l’antenne venait d’être installée, une nouvelle intrusion sur le site est signalée mais aucune dégradation n’est constatée. Les techniciens en identification criminelle de la gendarmerie ont été dépêchés sur place pour effectuer des relevés et un dispositif de surveillance a été mis en place.

Une opposition locale à l’antenne

Cette série de dégradations intervient dans un contexte local tendu, de nombreux riverains étant opposés à l’installation de cette antenne, tout comme l’ex maire de la commune. « Le site du Castellar n’est pas du tout approprié pour l’installation de ce type d’antennes relais 5G », avait expliqué Francis Tujague en janvier dernier à Nice-Matin. « C’est tout un quartier et ses alentours soit plusieurs centaines de riverains qui se retrouvent impactés par cette nuisance située à 50 mètres des plus proches habitations », avait-il ajouté, soulignant que les arguments de la mairie étaient avant tout « urbanistiques et non sanitaires, même si on est en droit de se poser de sérieuses questions sur le sujet ».

Plusieurs habitants se sont regroupés au sein d’un collectif baptisé NARF (Non à l’antenne-relais Free). La pétition qu'ils ont mise en ligne a recueilli plus de 2.300 signatures. « La dangerosité des ondes émises par ces équipements n’est plus à démontrer. De nombreuses études attestent en effet de leur nocivité sur nos organismes », écrivent ses auteurs qui demandent « l’application du principe de précaution » et le déplacement de cette antenne « vers un endroit plus approprié ». Leur opposition est d’autant plus forte qu’il « s’agit ici d’une installation pour la 3G, 4G et 5G ». Or, disent-ils, « des médecins et chercheurs alertent sur la dangerosité de la 5G ».

Anti 5G, membres de l’ultra-gauche…

Depuis quelque temps, des opposants à cette technologie n’hésitent plus à s’attaquer aux antennes relais, comme cela a été le cas en Grande-Bretagne en avril dernier. En France, deux hommes suspectés d’avoir incendié un relais téléphonique à Foncine-le-Haut ( Jura) ont été arrêtés fin mai. L’un d’eux, qui a reconnu les faits en garde à vue, a expliqué « avoir été convaincu du caractère nuisible de la 5G pour l’environnement du fait de la puissance de leur rayonnement après avoir consulté [des] sites », signalait le procureur de la République de Lons-le-Saunier dans un communiqué. L’autre, qui s’est qualifié de « complotiste », a indiqué « être contre la 5G qu’il accusait de causer des dégâts à l’environnement ».

La motivation des deux hommes interpellés à Contes ne semble pas « politique », nous signale le procureur de la République. Il faut dire que souvent, dans ce genre d’affaires, tous les soupçons se portent sur les groupuscules d’ultragauche. Le service central du renseignement territorial a recensé, depuis le début du mois d’avril, plusieurs dizaines d’antennes relais dégradées, voire détruites. Si ces actes sont presque toujours non revendiqués, ils portent bien souvent la signature des « éléments les plus radicaux des mouvances contestataires radicales », notaient encore les policiers dans une note révélée par Le Parisien.

Près de Grenoble, cinq équipements ont été détruits entre le 29 mars et le 18 mai. Là aussi, le procureur de la République, Eric Vaillant, privilégie la piste de « l’ultra-gauche anarcho libertaire » en raison de « la liste importante des dégradations par incendies attribuables à cette mouvance commises dans l’agglomération grenobloise » depuis mars 2017, comme il le confiait récemment à 20 Minutes. Les auteurs d’un article publié sur le site Indymedia Nantes, proche de l’ultra-gauche libertaire, ont même expliqué dans le détail « comment détruire une antenne relais », nous avait signalé le magistrat.

Coordonner les enquêtes

Une grande partie des enquêtes concernant les destructions d’antennes relais sont menées par la gendarmerie, compétente dans les zones rurales où elles sont souvent installées. Pour coordonner les investigations menées par les sections et brigades de recherches, elle a créé une cellule spécifique baptisée « Oracle ». Cette structure s’intéresse aussi aux «attaques de gendarmerie » ou de «  bâtiments institutionnels », dont sont souvent suspectés des membres de l’ultra-gauche, confie une source proche du dossier. Les dossiers qu’elle traite sont sélectionnés en fonction de plusieurs critères : « Le type d’atteintes, le mode opératoire, la présence à proximité du lieu de commission des faits de gens qui appartiennent à une certaine mouvance », poursuit notre source.