Attaque à la préfecture de Paris : 35 propositions de la commission d’enquête pour répondre aux « failles »

RENSEIGNEMENT La commission d’enquête, créée pour examiner les dysfonctionnements ayant conduit le 3 octobre 2019 à la tuerie de la préfecture de police, a présenté son rapport mercredi

20 Minutes avec AFP

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Un camion de la police près de la préfecture de police de Paris, après l'attaque meurtrière, le 3 octobre 2019
Un camion de la police près de la préfecture de police de Paris, après l'attaque meurtrière, le 3 octobre 2019 — BERTRAND GUAY / AFP

Modalités de recrutement renforcées pour le personnel des services de renseignement, meilleure détection de la radicalisation… : la commission d’enquête parlementaire sur l'attaque mortelle de la préfecture de police de Paris (PP) par un de ses agents, propose un arsenal de mesures destinées à répondre « aux failles » de sécurité de la PP. Ces propositions, au nombre de 35, font l’objet d’un rapport que la commission doit examiner mercredi à huis clos et dont l’AFP a eu connaissance.

Cette commission d’enquête de l’Assemblée nationale avait été créée pour examiner les dysfonctionnements ayant conduit le 3 octobre 2019 à la tuerie de la PP. Ce jour-là, un agent de la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP), Mickaël Harpon, avait tué à l’arme blanche quatre de ses collègues avant d’être abattu.

« Vulnérabilité interne »

Un acte inédit et jugé inquiétant par les membres de la commission d’enquête. « C’est la première fois qu’un service de renseignement fait l’objet d’un attentat "bleu sur bleu" », souligne le président de la commission Eric Ciotti (LR) dans l’avant-propos du rapport. Les mots comme « sidération », « amateurisme » sont revenus fréquemment dans la bouche des membres de la commission lors de leurs travaux.

Et tous, membres de la commission, du gouvernement, des services de renseignement ont été unanimes à reconnaître « une faille grave » et des « dysfonctionnements » concernant la détection des signaux de radicalisation de Mickaël Harpon.

Face à la nécessité de rehausser les standards de recrutement au sein de la DRPP, la première proposition est de confier à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et au renseignement interne des armées (DRSD) le « rôle de chefs de file des recrutements au sein des services de renseignement ».

La commission n’est pas allée jusqu’à préconiser dès à présent une suppression de la DRPP, mais elle suggère « à moyen terme » de la « repositionner au sein du renseignement intérieur selon deux scénarios possibles, allant de sa refonte totale au transfert a minima des activités de lutte contre le terrorisme vers la DGSI ».

La DRPP est « un petit service » avec « 800 agents (tous habilités au secret défense) sur les 40.000 que compte la PP ». Il y régnait « une culture d’esprit de famille ». « Un peu plus d’une dizaine d’agents étaient au service informatique » où était affecté Mickaël Harpon, avait relevé en février Eric Ciotti.

« Il n’aurait pas dû se trouver là »

Au regard des auditions menées, Eric Ciotti et le rapporteur de la commission Florent Boudié (LREM) avaient assuré alors : Mickaël Harpon « n’aurait jamais dû rester dans un service aussi sensible, il n’aurait pas dû se trouver là », et « son habilitation aurait dû lui être retirée ».

Concernant la détection des signes de radicalisation, la commission note que « la prise en compte du risque terroriste était principalement tournée vers l’appréhension de la radicalisation comme phénomène extérieur à la préfecture de police et non comme une menace de vulnérabilité interne ».

Mickael Harpon, qui s’était converti à l’islam, avait dit à ses collègues à propos de l’attentat de Charlie Hebdo : « C’est bien fait ». Cet incident n’avait pas donné lieu à un signalement officiel.

« Il aurait dû faire l’objet d’une alerte à la hiérarchie immédiate. Cela montre que la DRPP était très éloignée des standards du renseignement français, et notamment des services du "premier cercle". Dans des services plus standardisés, cela aurait été le cas et probablement donné lieu à une mise à l’écart immédiate de Mickaël Harpon », a déclaré Florent Boudié à l'agence de presse spécialisée AEF.

Renforcer les contrôles sur l’accès de certains intervenants extérieurs

Depuis, des procédures ont été mises en place par la PP pour que les signalements soient systématiques et ensuite évalués. La commission préconise d’intensifier les efforts et les formations au sein des services de sécurité sur ces sujets.

Afin de renforcer les procédures de recrutement, elle propose en outre « d’étendre le champ des enquêtes administratives préalables au recrutement des personnels administratifs des administrations remplissant une mission de sécurité et des personnels civils dans les armées, afin d’assurer un contrôle de l’ensemble des personnels, même non habilités ».

Elle préconise aussi de renforcer les contrôles sur l’accès des intervenants extérieurs aux services d’administrations ayant une mission de sécurité, mais aussi aux établissements pénitentiaires. Concernant les plateformes aéroportuaires, il est suggéré d’identifier les emplois pouvant faire l’objet d’une enquête administrative et de mettre au point des formations axées sur la détection de la radicalisation.

S’agissant des procédures d’habilitation, la commission fait plusieurs propositions afin de les renforcer (réduction de la validité, suivi, signalement…) Elle préconise également l’instauration d’une prestation de serment affirmant l’adhésion aux valeurs de la République pour « l’ensemble des professions sensibles ».