Complotistes, anti 5G, groupuscules d’ultra-gauche… Qui en veut aux antennes relais ?

ENQUETE Depuis plusieurs semaines, des dizaines d’antennes relais ont été détruites un peu partout sur le territoire

Thibaut Chevillard

— 

Illustration d'une antenne-relais.
Illustration d'une antenne-relais. — Fred Tanneau / AFP
  • Les sabotages d’antennes relais se multiplient en France depuis le début du mois d’avril.
  • Dans de nombreux cas, la piste de l’ultra-gauche est privilégiée par les enquêteurs.
  • Mais d’autres pistes ne sont pas à exclure, notamment celle des opposants à la 5G… qui n’est pas encore déployée en France.

Ce n’est pas une première mais presque. Une enquête concernant la destruction d’une antenne relais a abouti, mardi, à l’arrestation de suspects. Nés en 1981 et en 1962, les deux hommes interpellés par les gendarmes de sa section de recherche de Besançon et par les agents de la police judiciaire de Dijon sont suspectés d’avoir incendié un relais téléphonique à Foncine-le-Haut, dans le Jura, le 14 avril dernier. Peu prudents, ils avaient laissé leur ADN un peu partout sur les lieux.

Une vingtaine de faits de similaires ont été recensés sur l’ensemble du territoire depuis le début du mois d’avril par le service central du renseignement territorial qui suspecte, dans une note révélée par Le Parisien, « les éléments les plus radicaux des mouvances contestataires radicales » d'être derrière. Mais l’ultra-gauche n’est pas toujours en cause.

« Complotistes »

Dans le Jura, le profil des deux hommes arrêtés cette semaine par la fine fleur des forces s’apparente davantage à des « complotistes », comme l’un d’eux s’est qualifié, voulant dénoncer les méfaits supposés de la 5G pour l’environnement, que de membres de groupuscules d’ultra-gauche. Le plus jeune, sans emploi, « n’est pas connu pour évoluer » dans cette mouvance, indique d’ailleurs le procureur de la République de Lons-le-Saunier, Lionel Pascal, dans un communiqué.

Quant au second suspect, il se dit « apolitique ». Mais il revendique son opposition à la 5G, qui n’est pas encore déployée en France mais qu’il accuse, tout comme l’autre homme mis en cause, de « causer des dégâts à l’environnement ».

En avril dernier, de l’autre côté de la Manche, une vingtaine d’antennes-relais ont été sabotées après qu’une rumeur liant la 5G à la propagation du coronavirus a circulé sur Internet. Un porte-parole du gouvernement britannique a même été obligé de dénoncer « cette folle théorie complotiste » qu’il qualifie de « parfaitement absurde ». Les journalistes de la rubrique « Fake Off » de 20 Minutes ont d’ailleurs récemment expliqué dans un article que cette technologie ne favorisait pas l’épidémie de coronavirus.

« Ultra-gauche anarcho libertaire »

En France, la région grenobloise est particulièrement ciblée par de mystérieux saboteurs. Cinq relais ont été détruits entre le 29 mars et le 18 mai. Là aussi, les enquêteurs n’excluent pas la piste de « complotistes », indique à 20 Minutes le procureur de la République de Grenoble, Eric Vaillant. Mais le magistrat ne cache pas qu’il privilégie, pour ces faits, la piste de « l’ultra-gauche anarcho libertaire » en raison de « la liste importante des dégradations par incendies attribuables à cette mouvance commises dans l’agglomération grenobloise » depuis mars 2017.

D’ailleurs, les auteurs d’un article publié sur le site Indymedia Nantes, proche de l’ultra-gauche libertaire, ont expliqué dans le détail « comment détruire une antenne relais », signale Eric Vaillant. Eux aussi dénoncent l’arrivée prochaine de la 5G, mais pas pour ses éventuels liens avec le coronavirus ou son impact supposé sur l’environnement.

Ils estiment que cette technologie permettra au gouvernement « de nous surveiller de manière inédite ». « La 5G comme nouveau standard de réseau de téléphonie mobile permet de franchir un nouveau palier d’intégration et de surveillance par l’intelligence artificielle », écrivent-ils.

Appel « pour un mois de mai dangereux »

La destruction, la semaine dernière, d’une antenne-relais de Jarrie (Isère), avait été revendiquée à peine deux jours après par un collectif se désignant les « chauves-souris transmettant le feu ». « Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de pouvoir communiquer à distance sans cesse et partout, s’échange contre le fait de pouvoir être surveillés et contrôlées (sic) constamment », affirment les auteurs de ce texte, lui aussi publié sur le site Indymedia.

Mais Eric Vaillant reste prudent concernant cette revendication qui ne donne « aucun détail sur l’opération elle-même ». Le magistrat n’exclut pas « une revendication opportuniste ».

D’autres départements n’ont pas été épargnés : l’Aude, le Gard, le Loiret, le Pas-de-Calais ou les Côtes d’Armor. « Nous constatons une recrudescence des destructions d’antenne relais depuis la diffusion sur les réseaux sociaux, fin mars, d’un appel « pour un mois de mai dangereux », souffle à 20 Minutes une source proche du dossier.

Dans ce texte aux relents révolutionnaires, les auteurs, qui appellent à s’attaquer au pouvoir, s’interrogent : « Que se passerait-il si un pylône à haut voltage venait à tomber sans crier gare ? » Avant d’ajouter, comme une invitation : « Nul ne saurait prédire ce que cela pourrait faire naître. Et c’est précisément pour cette raison qu’il est nécessaire de le tenter. »

Vengeance

Parfois, les auteurs de ces attaques ne sont ni politisés, ni complotistes. A Estrablin, un village dans le nord de l’Isère, une antenne relais de l’opérateur Orange a été incendiée deux fois durant le confinement. L’auteur, indique l’AFP, a fini par être identifié : il s’agit d’un homme au chômage, alcoolique et suicidaire, qui souhaitait détruire une antenne pensant qu’elle appartenait à la gendarmerie. Il voulait ainsi se venger d’un gendarme qui l’aurait bousculé lors d’une intervention à son domicile.