Calais : Des canots des sauveteurs en mer volés pour faire passer des migrants

CAMBRIOLAGES La délégation régionale de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) à Calais a été victime de trois cambriolages en moins de deux mois

Mikaël Libert

— 

Un canot de la SNSM (illustration).
Un canot de la SNSM (illustration). — M.Libert / Archives 20 Minutes
  • Les sauveteurs en mer de Calais victimes de trois cambriolages en six semaines.
  • Des embarcations et du matériel ont été volés pour plus de 50.000 euros.
  • Plusieurs canots ont servi au passage de migrants vers la Grande-Bretagne.

De l’acharnement. Entre le 16 mars et le 29 avril, le centre de formations de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), à Calais​, a été la cible de trois cambriolages. Une succession de faits qui ne doit rien au hasard. Les voleurs visaient les embarcations pour les revendre à des migrants qui souhaitaient rejoindre la Grande-Bretagne. Le préjudice est important et remet en cause la reprise des activités de formation des futurs nageurs-sauveteurs dès la levée du confinement.

Mi-mars, plusieurs personnes ont pénétré par effraction dans le local du centre de formation en fracturant le volet roulant et en brisant un carreau de la baie vitrée. Ils ont dérobé un moteur de bateau avant de prendre la fuite. La police est cependant parvenue à intercepter rapidement les voleurs et à récupérer le moteur. Par précaution, la SNSM a transféré le reste du matériel dans un hangar sécurisé au port de Calais.

Les bateaux étaient en vente sur Internet

La suite a été découverte un peu par hasard. Les services de police ont interpellé, le 11 avril, un individu sur le téléphone portable duquel ils ont découvert des photos de bateaux mis en vente sur Internet. L’homme, un passeur selon une source, reconnaît avoir dérobé les embarcations pour les revendre à des migrants qui souhaitaient aller en Grande-Bretagne. Il a aussi reconnu que les canots appartenaient à la SNSM.

Et effectivement, en faisant un tour du côté du hangar où étaient entreposées les embarcations, les policiers se sont rendu compte qu’elles avaient disparu. Manquaient à l’appel trois Zodiac de type MK2 et deux plus petits canots, appelés des IRB. « Ce n’est pas possible pour qu’ils aient su où étaient les bateaux, soit il y a une taupe, soit nous étions surveillés », déplore Serge Carlot, délégué régional de la SNSM.

Un zodiac récupéré par les garde-côtes britanniques

Deux des Zodiac MK2 ont été retrouvés assez rapidement. Le premier a été intercepté au large de Douvres par les garde-côtes britanniques avec plusieurs migrants à bord. L’embarcation a été rapatriée à Boulogne-sur-Mer en bon état. Un autre a été récupéré il y a quelques jours, au large du Cap Gris nez, là encore avec des migrants à son bord. Trois manquent donc encore à l’appel. « C’est une absence totale de respect pour des biens financés en grande partie grâce à la générosité du public », dénonce la SNSM.

Mais les voleurs ne se sont pas arrêtés là. Mercredi dernier, ils ont fait une dernière razzia dans les locaux du centre de formation pour y emporter ce qu’il restait. Des paddles, 14 radios VHF étanches à 300 euros l’unité, un autre Zodiac, des défibrillateurs et des bouteilles de plongée. « On n’a plus rien, ils nous ont tout piqués. Le Zodiac, ils n’en feront rien parce qu’il est plein de trous. Mais le matériel de sauvetage, c’est embêtant parce que nous ne pourrons pas former les jeunes pour surveiller les plages cet été », enrage Serge Carlot.

Les sauveteurs de Calais ont commencé l’inventaire du matériel, samedi. Pour la SNSM, le préjudice se monte à environ 50.000 euros. Peut-être moins s’ils parviennent à récupérer les embarcations en bon état comme cela a été possible à deux reprises. D’ailleurs, ce dimanche matin, c’est sans doute un des IRB de la SNSM qui a été retrouvé avec 13 personnes à bord dans le chenal d’accès du port de Dunkerque. Les occupants de l’embarcation, victime d’une panne moteur, ont été secourus par la gendarmerie maritime et débarqués à Gravelines. Reste à identifier le canot dont l’immatriculation avait été effacée.