Coronavirus : Les quartiers sensibles sous tension depuis le début du confinement

VIOLENCES URBAINES Depuis quelques jours, les policiers observent une hausse des violences urbaines dans des cités difficiles où les incidents restaient jusqu’à présent relativement contenus

Thibaut Chevillard

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Des policiers pénètrent dans un immeuble à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine)
Des policiers pénètrent dans un immeuble à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Des violences ont éclaté dans plusieurs quartiers après qu’un homme a été blessé ce samedi dans un accident impliquant une voiture de police.
  • Jusqu’à présent, les incidents restaient relativement contenus dans les quartiers sensibles et le confinement globalement respecté, observent les policiers du renseignement.
  • Alors que le trafic de stupéfiants connaît un ralentissement, la situation demeure tendue toutefois dans certains quartiers, où une part importante des habitants vivent dans des logements suroccupés.

Le confinement n’empêche pas certaines cités sensibles de rester sous tension. Dans la nuit de lundi à mardi, des heurts ont éclaté à Strasbourg dans deux quartiers de la ville et quatre personnes ont été interpellées. Dans le quartier de la Meinau, plusieurs individus ont même tenté d’incendier la mairie de quartier en pensant, semble-t-il, s’attaquer à un commissariat. « Jusqu’à présent, c’était plutôt calme » à Strasbourg, explique à France Bleu Alsace Robert Herrmann, président de l’Eurométropole de Strasbourg et adjoint au maire de la capitale alsacienne chargé de la sécurité. Mais, remarque l’élu, « on commence à sentir monter la tension dans les quartiers ».

« Il y a des violences urbaines depuis le début du confinement, constate Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP police-FO. Mais il y en a un peu plus depuis deux jours. » En effet, ce samedi soir, un homme de 30 ans qui circulait sans casque sur une moto de cross a eu la jambe gauche fracturée après avoir heurté la portière ouverte d'une voiture de police banalisée qui se trouvait à l’arrêt à un feu rouge. Depuis, la tension est montée d’un cran dans plusieurs communes d’Ile-de-France, notamment des Hauts-de-Seine et de la Seine-Saint-Denis, où les forces de l’ordre ont été la cible de jets de projectiles, des véhicules et des poubelles incendiés.

Trafic de drogue en baisse

Jusqu’à présent, les incidents restaient « relativement contenus » dans les quartiers sensibles où le confinement est globalement respecté par la population, remarque le service central du renseignement territorial dans une note datée du 14 avril 2020, consultée par 20 Minutes. Les agents soulignent que « le département des Yvelines connaît toutefois des tensions récurrentes », notamment à Chanteloup-les-Vignes, à Mantes-la-Jolie, aux Mureaux ou à Trappes où des patrouilles de police ont été prises à partie. « Dans certains quartiers, les forces de l’ordre ont fait l’objet de guet-apens », comme à Grigny dans l’Essonne, à Rilleux-La-Pape dans le Rhône, et à Bordeaux, écrivent encore les policiers du SCRT.

Selon eux, à Rennes, « d’importantes tensions sont perceptibles dans les milieux délinquants investis dans le trafic de stupéfiants ». Car, depuis le début du confinement, l’activité des réseaux de trafic de stupéfiants tourne au ralenti. Les stocks commencent à fondre. Les policiers du renseignement observent ainsi « une raréfaction de l’offre » ainsi qu’une « inflation des tarifs de 30 % voire 70 % » selon les départements. Il est aussi beaucoup plus compliqué pour les consommateurs de se déplacer dans les cités pour s’approvisionner. Secrétaire général du syndicat Alternative, Denis Jacob estime que certains faits de violence qui ont éclaté ces derniers jours avaient pour objectif de « permettre aux délinquants de réinvestir les rues pour relancer leurs business ».

« Ils s’ennuient, alors ils sortent parce qu’il fait beau »

« Dans certains quartiers, la présence policière est mal vécue, comme à Grigny, où des collègues ont été pris à partie au lendemain d’une opération de verbalisation menée par des CRS. Ils essaient de récupérer leur territoire », souligne également Linda Kebbab. Dans une autre note, datée du 9 avril 2020, le SCRT remarquait en particulier que « les contrôles s’avèrent compliqués dans des quartiers populaires du Var, notamment dans les cités Pontcarral et La Beaucaire à Toulon, ainsi qu’à la cité de La Gabelle à Fréjus, où l’hostilité envers les forces de l’ordre est particulièrement prégnante ».

« Dans les quartiers sensibles de l’ensemble du territoire, les forces de l’ordre observent toujours des regroupements de jeunes favorisés par une météo clémente et une lassitude de l’isolement », ajoutent les policiers du SCRT dans cette note. « Je crois surtout que les mecs pètent les plombs, ils sont confinés dans de petits espaces, ils s’ennuient, alors ils sortent parce qu’il fait beau et se regroupent dans leur quartier », analyse un enquêteur contacté par 20 Minutes. D’autant, ajoute cet agent, « qu’il y a une grosse présence policière dans les rues. S’ils vont trop loin de chez eux, ils ont toutes les chances de se prendre une amende ».

« Une poudrière »

Denis Jacob assure qu’il « n’y a pas de flambée des violences urbaines, comme en 2005 ». Dans une interview accordée au Monde, le maire socialiste de Clichy-sous-Bois, Olivier Klein, estime néanmoins que « ça peut déraper à tout moment ». « On est sur une poudrière, la situation est très tendue depuis le début du confinement », explique l’élu. Et ce dernier de conclure : « L’étincelle, ça peut être la faim, ça peut être un jeune homme blessé lors d’un accident impliquant la police… Tout ça tient debout grâce au travail que nous menons avec les associations. Mais pour combien de temps encore ? »