Attaque au couteau de Romans-sur-Isère : Le parquet national antiterroriste se saisit de l'enquête

ATTAQUE Un suspect, qui se présente comme un réfugié soudanais et dit être né en 1987, a été interpellé

R. G.-V. avec AFP

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Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à Romans-sur-Isère, le 4 avril 2020.
Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à Romans-sur-Isère, le 4 avril 2020. — JEFF PACHOUD / AFP

Un homme a attaqué au couteau ce samedi matin plusieurs personnes dans le centre de Romans-sur-Isère ( Drôme), faisant deux morts et quatre blessés avant d’être interpellé, a-t-on appris de sources proches de l’enquête. Trois des blessés ont été grièvement atteints, alors qu’un premier bilan avait fait état de sept blessés. Le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'enquête. 

L’auteur présumé, qui se présente comme un réfugié soudanais et dit être né en 1987, a attaqué plusieurs personnes dans une boulangerie, un bureau de tabac et dans la rue, avant d’être interpellé vers 11h, a précisé une source proche de l’enquête.

Il aurait demandé qu’on « le tue »

Armé d’un couteau, l’auteur présumé « s’est rendu dans un bureau de tabac » dont il a attaqué le patron, a par la suite confirmé Marie-Hélène Thoraval, la maire de la commune. « Sa femme est intervenue et a été blessée aussi », a-t-elle indiqué. L’assaillant est par la suite « allé dans un autre commerce, une boucherie, où il s’est emparé d’un nouveau couteau », avant de poursuivre sa mortelle randonnée dans le centre de cette ville de 35.000 habitants, via les places Gailly et Jean-Jaurès.

« Il est entré dans la boutique. Il a pris un couteau, en sautant par-dessus le comptoir, et a planté un client, puis est reparti en courant », avant d’être interpellé, a expliqué Ludovic Breyton, le patron de l’établissement où une personne a été tuée. « Ma femme a essayé de porter assistance à la victime, en vain », a-t-il ajouté.

« On ignore pour l’heure les motivations de cette attaque », a indiqué la mairie de Romans-sur-Isère dans un communiqué, précisant que les blessés sont « en urgence absolue ». Selon des témoins cités par la Radio France Bleu Drôme Ardèche, l’assaillant aurait crié « Allahou Akbar » en se précipitant sur ses victimes. Il aurait demandé aux policiers qui l’ont interpellé qu’on « le tue », selon David Olivier Reverdy, secrétaire national adjoint d’Alliance police nationale. « Tous les ingrédients d’un acte terroriste sont pour nous réunis », a-t-il ajouté sur BFMTV.

« Toute la lumière sera faite sur cet acte odieux »

La police judiciaire de Lyon est saisie de l’enquête. Elle cherche à savoir si le suspect n’est pas connu sous différentes identités. Il semble être inconnu des services de police. Le Parquet national antiterroriste (PNAT), en lien avec le parquet de Valence, « est en évaluation actuellement » pour savoir s’il se saisit de l’enquête.

« Toute la lumière sera faite sur cet acte odieux », a assuré le président Emmanuel Macron.

Christophe Castaner, qui a apporté son soutien aux victimes lui aussi via un message sur Twitter, tient informé le Premier ministre de l’évolution de l’enquête.

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner qui s’est rendu sur place dans l’après-midi, a évoqué au micro de Radio France Bleu Drôme Ardèche un « parcours terroriste ». « Ici à Romans-sur-Isère, un homme a engagé un parcours terroriste tuant deux personnes, à l’heure où je vous parle le bilan est encore provisoire », a souligné Christophe Castaner. L’enquête est pour l’instant confiée à la PJ sous l’autorité du procureur de la République de Valence « en lien permanent avec le procureur national anti-terroriste qui évalue l’ensemble des faits et sera amené à se prononcer sur la qualification terroriste ou pas, a dit encore le ministre de l’Intérieur, et il lui appartient à lui seul de le faire ».

Le confinement et la menace

Cette attaque intervient alors que la France, bloquée par le confinement lié au coronavirus, vit sous une constante menace terroriste depuis la vague d’attentats djihadistes amorcée en 2015. Depuis le début de l’année, la justice antiterroriste s’est saisie d’une attaque. Le 3 janvier, un jeune homme converti à l’islam et atteint de troubles psychiatriques avait attaqué au couteau dans un parc de Villejuif (Val-de-Marne) des promeneurs, faisant un mort et deux blessés, avant d’être abattu par les policiers.

En 2019, la justice antiterroriste s’est saisie à trois reprises : lors de l’agression au couteau en mars de deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe par un détenu radicalisé, Michaël Chiolo, après l’attentat au colis piégé devant une boulangerie de Lyon en mai, dans laquelle 14 personnes avaient été blessées, et après la tuerie perpétrée début octobre à la préfecture de police de Paris.

S’agissant de cette dernière enquête, les juges d’instruction antiterroristes n’ont pas encore pu déterminer, à la connaissance de l’AFP, les motivations de Mickaël Harpon​, l’agent soupçonné de radicalisation qui a tué au couteau quatre de ses collègues avant d’être abattu.

L’attaque de la mosquée de Bayonne, commise fin octobre 2019 par un ancien militant d’extrême droite qui a blessé deux fidèles à l’arme à feu, a été qualifiée de « terroriste » par l’avocat des victimes, mais le Pnat ne s’est pas saisi de l’affaire.