Coronavirus : Commerçants douteux, pharmaciens, vendeurs à la sauvette… Le marché noir des masques de protection se développe

ENQUETE Depuis qu’ils sont (presque) introuvables dans les pharmacies et les commerces, un marché parallèle des masques de protection a vu le jour

Thibaut Chevillard

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Des masques (illustration)
Des masques (illustration) — RAPHAEL BLOCH/SIPA
  • Le président de la République a annoncé début mars que les masques de protection étaient réquisitionnés et destinés en priorité au personnel soignant et aux malades.
  • Malgré cette mesure, la demande ne faiblit pas. Et un de nombreuses personnes en s’en procurent au marché noir.
  • Masques volés ou périmés… Ils sont revendus par des commerçants peu scrupuleux, des pharmaciens ou des vendeurs à la sauvette.

Qui aurait prédit, il y a quelques mois encore, l’essor de ce nouveau trafic ? Le 3 mars dernier, Emmanuel Macron annonçait la réquisition des masques de protection afin d’équiper en priorité le personnel soignant et les personnes contaminées. Depuis, alors que la demande était déjà importante, de nombreux Français tentent d’en trouver pour tenter de se protéger du coronavirus. Et ils sont prêts à les payer cher, parfois 10 euros l’unité. Si bien qu’une économie parallèle est en train de se développer, alimentée par des vols – dans les véhicules du personnel médical ou dans les hôpitaux. Mais aussi par des stocks de masques, parfois périmés, rachetés à bas prix.

Depuis que le pays est frappé par cette crise sanitaire, plus d’une dizaine de milliers de masques ont été volés dans des établissements de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), quelques milliers à Marseille… Au Centre hospitalier universitaire de Montpellier, 12.500 de ces dispositifs médicaux ont été dérobés dans un entrepôt, entre le 25 février et le 10 mars. La direction de l’hôpital a déposé plainte et une enquête a été ouverte. A Orthez (Pyrénées-Atlantiques), c’est un millier de masques FFP2 qui ont été subtilisés en début de semaine à l’hôpital. Un homme de 22 ans, défavorablement connu de la justice, a été interpellé ce mardi par les gendarmes et placés en garde à vue.

Masques volés ou périmés

Pour s’en procurer, les voleurs n’hésitent pas, non plus, à cibler les voitures des personnels soignants. A Aulnay sous bois (Seine-Saint-Denis), une dizaine de masques et des effets personnels ont été dérobés dans la voiture d’une infirmière qui était en intervention chez un patient. Les cas similaires se multiplient à travers le pays. Si bien qu’en Haute-Saône, la gendarmerie a publié un message sur Facebook, invitant médecins, infirmiers ou pharmaciens, à ne laisser « rien d’apparent dans la mesure du possible » dans leurs voitures, identifiables grâce aux caducée posé derrière le pare-brise.

Parfois, des escrocs tentent même de refourguer des masques périmés, surfant sur la peur que suscite le coronavirus au sein de la population. Début mars, les policiers du Val-de-Marne ont interpellé trois hommes à Maisons-Alfort et saisi 40.000 masques que les suspects, âgés d’une vingtaine d’années, avaient achetés un euro pièce à Marseille. Ces masques étaient périmés… depuis septembre 2012. Ils comptaient vraisemblablement effacer la date avec du dissolvant.

Quatre enquêtes en cours à Paris

D’autres fois, les masques sont discrètement écoulés par des commerçants peu scrupuleux ou des vendeurs à la sauvette. Selon nos informations, la police a saisi ce mardi 28.000 masques à Pantin (Seine-Saint-Denis) qui étaient ensuite revendus sous le manteau à Marseille. Jeudi dernier, 850 masques chirurgicaux ont été saisis dans une épicerie près de Maubeuge. Le gérant du magasin les vendait illégalement.

Au Blanc-Mesnil, les policiers ont interpellé récemment le gérant et le vendeur d’un magasin qui avaient mis à la vente 32 masques FFP2 et environ 200 gants. Ils ont été placés en garde à vue et le commerce a été fermé. Des délits similaires constatés également à Aubervilliers ou dans le 19e arrondissement de Paris. Dans la capitale, le parquet indique à 20 Minutes que neuf enquêtes ont été ouvertes la semaine dernière dont cinq concernent des pharmaciens qui vendaient leurs stocks aux particuliers.

Parmi ces affaires, l’une concerne la gérante d’agence de voyages du 13e arrondissement, fermée depuis le début du confinement, où des milliers de masques, de gants ainsi qu’un stock de gels hydroalcooliques ont été découverts. Cette femme de 47 ans a été présentée samedi au tribunal en comparution immédiate mais a demandé un délai pour préparer sa défense. Elle comparaîtra le 21 avril, pour « pratique commerciale trompeuse » et « refus de déférer à une réquisition de l’autorité administrative en cas de menace sanitaire grave ».

Les huit autres affaires seront jugées rapidement, assure le parquet de Paris. Il ajoute que quatre enquêtes sont concernant des ventes illicites de masques sont toujours en cours.