Coronavirus : Sommés de ne pas porter de masque, des policiers menacent d’exercer leur droit de retrait

SECURITE S’estimant en danger, certains agents pourraient ne plus remplir leurs missions si le ministère de l'Intérieur ne leur fournit pas de matériel de protection

Thibaut Chevillard

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Des policiers, place de la Concorde, à Paris, effectuant des contrôles
Des policiers, place de la Concorde, à Paris, effectuant des contrôles — LIONEL BONAVENTURE / AFP
  • 100.000 policiers et gendarmes sont mobilisés pour faire respecter le confinement de la population depuis ce mardi.
  • Mais les policiers, qui ont reçu peu de masques de protection, ne sont pas autorisés par leur hiérarchie à en porter sur la voie publique.
  • Une situation dénoncée par les syndicats, qui menacent d’encourager leurs adhérents à exercer leur droit de retrait

En entendant le ministre de l’Intérieur, certains syndicalistes ont failli s’étrangler. « Non », a affirmé Christophe Castaner ce jeudi sur Europe 1, les policiers ne courent pas de « risque » lorsqu’ils contrôlent les attestations de déplacement, bien qu’ils ne pas portent de masques en permanence. Les agents sont invités à s’en équiper uniquement s’ils se retrouvent face à « une personne qui a les signes du covid-19 ou qui indique l’avoir », a précisé le premier flic de France. Selon lui, le plus important, c’est que les fonctionnaires respectent les « gestes barrières » et évitent de prendre le document qui peut être « porteur du virus » dans les mains.

« Hallucinant ! », tempête Grégory Joron, secrétaire national du syndicat Unité SGP police-FO. « On ne peut pas prendre des mesures de confinement et envoyer les policiers au contact de la population sans protection, ajoute le représentant syndical. Le risque existe pour les agents, mais aussi pour la population. Imaginons un policier qui contrôle 300 personnes dans la journée. S’il est porteur sain, même s’il n’a pas de symptômes du coronavirus, il peut quand même contaminer beaucoup de gens. Les policiers peuvent potentiellement être des vecteurs de propagation du virus. Ils veulent effectuer leurs missions, mais en étant protégés. »

« C’est de l’amateurisme ! »

Selon nos informations, l’administration a dénombré 70 policiers contaminés par le coronavirus, et 5.277 seraient confinés chez eux. Pourtant, les agents en poste dans les Yvelines ont reçu un e-mail du directeur départemental de la sécurité publique leur demandant de ne pas porter de masque « sur la voie publique ou à l’accueil du public ». Une consigne également rappelée par l’état-major de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC), mercredi, sur les ondes de la police à Paris : « Nous demandons à tous les effectifs employés sur le terrain de retirer les masques de protection. »

« Des masques ont été livrés au compte-gouttes dans les services », explique Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police. « Mais les consignes sont de les garder en stock et de ne pas les donner aux agents, c’est incompréhensible », poursuit-il. Avant d’ajouter, inquiet : « Il faudrait les utiliser que si on est face à une personne contaminée. Mais comment le savoir ? Nous ne sommes pas médecins et nous n’avons pas de thermomètre. On marche sur la tête, c’est de l’amateurisme ! » Selon lui, il existe aussi un risque que des agents « se contaminent entre eux ». « Si on continue ainsi, dans 15 jours, les trois quarts des effectifs seront au tapis ! »

« Un danger grave et imminent »

Alors que le ministère de l'Intérieur a mobilisé 100.000 membres des forces de l'ordre pour effectuer des contrôles durant le confinement de la population, certains policiers ont décidé d’exercer leur droit de retrait « pour assurer leur sécurité et celle de leur famille ». C’est le cas notamment de fonctionnaires affectés à la CRS autoroutière en région Rhône-Alpes Auvergne, qui invoquent « une absence de matériel de protection individuelle, à savoir masques de type FFP2, gants de protection latex en nombre insuffisant », a indiqué leur commandant dans un message consulté par 20 Minutes.

« Les policiers doivent continuer à exercer leurs missions », estime Denis Jacob. En revanche, « s’ils n’ont pas de matériel, alors ils peuvent décider de ne pas effectuer les contrôles, de ne pas vérifier les attestations de déplacement. Il est hors de question qu’ils aillent dans ces conditions au contact de la population », explique-t-il. Le syndicat Unité SGP police-FO a pour sa part déjà déposé un droit d’alerte. Grégory Joron affirme que les agents pourraient massivement faire usage de leur droit de retrait s’ils n’étaient toujours pas autorisés à porter un masque, bien que Christophe Castaner estime que ce n’est pas possible. Et représentant syndical de conclure : « Personne ne peut dire que le coronavirus ne constitue pas un danger grave et imminent. »

De façon preseque inédite, sept syndicats de police ont écrit jeudi soir au ministre de l’Intérieur pour lui demander d’autoriser « le port du masque pour les policiers engagés dans cette "guerre" et équiper l’ensemble des service des moyens de protection indispensables ». « Il est primordial que les policies puissent être les seuls décisionnaires du port du masque », insistent leurs représentants dans ce courrier.

En tout état de cause, le ministère de l’Intérieur a diffusé ce jeudi, comme l’a repéré l'agence de presse spécialise AEF​, un appel d’offres pour l’acquisition de gels hydroalcooliques, de lingettes désinfectantes, de gants à usage unique et de masques chirurgicaux. Destinés à l’ensemble des forces de sécurité intérieure, ces équipements, visent à « faire face à l’épidémie de Covid-19 ». Le marché prévoit notamment l’acquisition de… deux millions de masques chirurgicaux.