Salon de l'Agriculture : Vols de tracteurs, intrusions, dégradations... Les gendarmes veillent sur les agriculteurs

CAMPAGNES Face à l’augmentation des agressions et des vols contre les agriculteurs, la gendarmerie a mis en place une cellule dédiée

Thibaut Chevillard

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Les référents sûreté de la gendarmerie à la rencontre les exploitants au salon de l'agriculture
Les référents sûreté de la gendarmerie à la rencontre les exploitants au salon de l'agriculture — Thibaut Chevillard
  • La France compte 437.000 exploitations agricoles et 97 % d’entre elles se trouvent en zone gendarmerie.
  • En 2019, les atteintes au monde agricole enregistrées ont augmenté de 1,5 % par rapport à l’année précédente. La gendarmerie en a recensé plus de 15.000.
  • Pour faire face à l’augmentation des vols et des agressions contre les agriculteurs, la gendarmerie a mis en place la cellule Démeter.

Macron, Chirac, Giscard et même de Gaulle. Depuis soixante ans, la famille Petiot a vu défiler, sur son stand du salon de l'agriculture, tous les présidents de la Ve République. « Ils sont là en train d’admirer nos animaux », s’amuse Alain Petiot, pointant du doigt le panneau accroché à un enclos sur lequel ont été accrochées leurs photos. Eleveur de porcs à Liernolles, dans l’Allier, il possède « environ 500 à 600 cochons » auxquels il tient comme à la prunelle de ses yeux. Il faut dire que plusieurs d’entre eux ont gagné des prix lors de concours agricoles, et Bango, avec ses 660 kg, a même été inscrit au Livre Guinness des records.

Mais, Alain Petiot le sait, les exploitations agricoles ne sont plus épargnées par des organisations criminelles qui écument les campagnes françaises. « Il y a toujours eu des vols mais ce n’est plus pareil, c’est plus organisé », commente-t-il. Résultat, en 2019, 318 tracteurs, d’une valeur souvent supérieure à 100.000 euros, et 419 GPS agricoles ont été volés. Les animaux sont aussi très prisés par les malfaiteurs, souvent issus de pays de l’Est, qui n’hésitent plus à repartir avec des troupeaux entiers. « Il y a de moins en moins de monde dans les campagnes et les fermes sont de plus en plus isolées », remarque l’éleveur de porcs. Lui s’est fait voler, une nuit, près de 800 litres de gasoil. En 2019, la gendarmerie qui regroupe, dans sa zone de compétence, 97 % des 437.000 exploitations françaises, a recensé 15.439 atteintes de toute nature au milieu agricole, principalement des vols.

Une réponse globale

Outre les vols, le monde agricole est de plus en plus confronté à l’« agri bashing », et les intrusions de militants antispécistes dans les exploitations se multiplient ces derniers temps. En 2019, plus de 1.000 actions ont été recensées, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. « Il y a cette prétention à être des Robins des bois qui s’affranchit de la loi au nom du respect de sa propre volonté », avait estimé Christophe Castaner en décembre dernier lors d’une visite dans le Finistère. « Oui, on a le droit d’être végétarien, mais on n’a pas le droit d’imposer à quiconque son propre choix », avait-il ajouté.

Tous les présidents se sont arrêtés sur le stand de la famille Petiot
Tous les présidents se sont arrêtés sur le stand de la famille Petiot - Thibaut Chevillard

Pour faire face à ces phénomènes qui secouent les zones rurales, la gendarmerie a créé une cellule de suivi des atteintes au monde agricole à qui elle a donné le nom de la déesse grecque de l’agriculture et des moissons : Déméter. « L’objectif de cette cellule, mise en place en octobre 2019, est d’apporter une réponse globale aux problématiques auxquelles les exploitants sont confrontés, explique à 20 Minutes un responsable de la gendarmerie. Il s’agit de mener des actions de prévention sur le terrain, de rechercher et d’analyser du renseignement, et de coordonner au niveau national les enquêtes judiciaires. »

« On donne des conseils mais on n’impose rien »

Dans tout le pays, 214 gendarmes « référents sûreté », épaulés par environ 3.000 correspondants, partent à la rencontre des agriculteurs pour leur prodiguer de précieux conseils et les aider à sécuriser leur exploitation. Installer un éclairage à détection près d’un bâtiment, placer une caméra de surveillance à proximité d’un autre, creuser des fossés pour empêcher les accès aux véhicules non désirés, enlever les clés sur le tracteur quand il n’est pas utilisé, ranger ses outils… « On donne des conseils mais on n’impose rien », souligne le major Emmanuel Guimbaud, référent sûreté en Haut-Garonne.

La gendarmerie, qui a signé une convention de partenariat avec la FNSEA et les jeunes agriculteurs, encourage vivement les victimes à déposer plainte. Des informations permettant de réaliser une cartographie de la menace contre le monde agricole. « La délinquance est devenue extrêmement structurée, itinérante, professionnelle. Il est impératif de centraliser et de recouper les données pour voir apparaître des phénomènes », assure le major Guimbaud. « Il y a quelque temps, on a décelé une série de vols de GPS agricoles en Seine-et-Marne, complète l’officier qui anime la cellule Demeter. Tout de suite, on a donné des directives pour faire passer un message de prévention en direction des agriculteurs. » Et ainsi couper l’herbe sous le pied des délinquants.