Affaire Griveaux : Les services de renseignement ont enquêté sur Alexandra de Taddeo

ENQUETE Les autorités françaises se sont assurées que la compagne de Piotr Pavlenski n’avait pas de liens avec les services de renseignement russes

Thibaut Chevillard

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L'artiste russe Piotr Pavlenski
L'artiste russe Piotr Pavlenski — MARTIN BUREAU / AFP
  • Piotr Pavlenski, un artiste russe réfugié politique en France, a été mis en examen pour avoir mis en ligne des vidéos intimes de Benjamins Griveaux.
  • Ces vidéos étaient adressées par l’ancien candidat à la Mairie de Paris à la compagne de l’artiste russe, Alexandra de Taddeo, une jeune femme de 29 ans passionnée par la Russie.
  • Les services de renseignement français se sont assurés que leurs homologues russes n’étaient pas à la manœuvre.

Faut-il voir, derrière la diffusion de vidéos intimes de Benjamin Griveaux, la main de Moscou ? Quelques heures après que le candidat LREM à la Mairie de Paris a jeté l’éponge, les autorités françaises se sont sérieusement posé la question. Selon nos informations, elles ont finalement écarté cette hypothèse après que les services de renseignement ont enquêté sur Alexandra de Taddeo, la compagne de Piotr Pavlenski, destinataire des vidéos envoyées par l’ancien porte-parole du gouvernement.

Il faut dire que les services de renseignement russes ont, à de nombreuses reprises depuis la guerre froide, utilisé le « kompromat » pour déstabiliser des personnalités, y compris étrangères. Une méthode qui consiste à monter des dossiers compromettant pour faire tomber un adversaire politique ou l’obliger à collaborer.

Une passion pour la Russie

La compagne de Piotr Pavlenski depuis fin 2018, Alexandra de Taddeo, étudiante de 29 ans, s’intéresse de près à la Russie. La jeune femme, désormais placée sous contrôle judiciaire, parle la langue, a consacré son mémoire de maîtrise à la politique de la Fédération russe en Arctique, et a interviewé, en 2017, sur Fréquence protestante, des personnalités russes, dont Alexandre Makogonov, deuxième secrétaire à l’ambassade de Russie.

Une passion pour ce pays qui a donc poussé les autorités françaises à vérifier qu’elle n’avait pas de liens avec les services secrets. « On a parlé d’un piège, d’un complot russe », a expliqué ce lundi sur France Info son avocate, Me Noémie Saidi-Cottier. Avant d’ajouter : « Si elle n’est pas une espionne russe, tant mieux pour la France. Parce que cela serait quand même très compliqué si ce genre d’images se retrouvait dans les mains d’une espionne, entre les mains d’une personne qui serait capable de vendre de telles images pour faire chanter un ministre. »

L'avocate d'Alexadnra de Taddeo, Me Noémie Saidi-Cottier
L'avocate d'Alexadnra de Taddeo, Me Noémie Saidi-Cottier - FRANCOIS GUILLOT / AFP

« Si un service était derrière, il aurait fait en sorte que les vidéos soient diffusées après la date limite de dépôt des listes pour les élections municipales [ce jeudi] », estime un haut fonctionnaire qui ne croit pas à une manipulation de la part de l’artiste russe ou de sa compagne. Après le 27 février, La République en marche n’aurait en effet plus eu la possibilité de remplacer sa tête de liste, Benjamin Griveaux, comme le prévoit l’article L.267 du Code électoral. Le retrait du candidat aurait alors conduit à la défaite du parti présidentiel à Paris avant même le premier tour, tandis que la désignation d’Agnès Buzyn lui permet de rester dans la course à la Mairie.

Main tendue

Une source proche du dossier s’interroge aussi sur les raisons qui auraient poussé la Russie à mener une telle opération contre la France alors qu’Emmanuel Macron a multiplié, en 2019, les gestes vers Moscou. En juin, le président français avait appuyé le retour de la Russie à l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Fin août, il avait reçu très chaleureusement Vladimir Poutine dans sa résidence du fort de Brégançon.

Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo ont été mis en examen, le 18 février, pour « atteinte à l’intimité de la vie privée par enregistrement ou transmission de l’image d’une personne présentant un caractère sexuel » et « diffusion sans l’accord de la personne d’un enregistrement portant sur des paroles ou images à caractère sexuel et obtenues avec son consentement ou par elle-même ». Ils ont été placés sous contrôle judiciaire.