Rennes : Un manifestant a-t-il été violemment interpellé sans raison lors de l’acte 66 des « gilets jaunes » ?

FAKE OFF La vidéo d'une violente interpellation lors de l'acte 66 des « gilets jaunes », à Rennes, est devenue virale sur les réseaux sociaux

Alexis Orsini

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Les forces de l'ordre à Rennes, le samedi 15 février 2020.
Les forces de l'ordre à Rennes, le samedi 15 février 2020. — Mathieu Pattier/SIPA
  • Coup de pied entre les jambes, coups de matraque sur la main… L’interpellation d’un homme à Rennes, lors de l’acte 66 des « gilets jaunes », a marqué les esprits.
  • L’homme en question semble être interpellé par les policiers sans raison, comme s’en indigne la publication accompagnant la version de la vidéo la plus partagée.
  • 20 Minutes retrace le déroulé des événements avec le principal concerné et différents témoins.

Plus de 60.000 vues en à peine une journée. Sur Facebook, une vidéo filmée à Rennes lors de l’acte 66 des « gilets jaunes », qui a mobilisé environ 900 personnes ce samedi, rencontre un grand succès d’audience. Et pour cause : elle dénonce, images à l’appui, l’interpellation violente d’un homme « seul et qui ne fait rien » pendant la manifestation.

En deux minutes, la séquence montre des policiers traverser une place en courant puis se poster à l’une de ses extrémités. Jusqu’à ce que deux d’entre eux sortent du cordon pour s’avancer vers un homme, au bas du visage masqué, situé à quelques mètres.

Alors qu’il fait mine de reculer, l’un des policiers le saisit au col et commence à lui donner des coups de matraque, avant que ses collègues ne lui prêtent main-forte. Une fois au sol, l’homme reçoit un coup de pied entre les jambes puis, après avoir posé sa main sur la cuisse d’un des policiers, plusieurs coups de matraque sur celle-ci alors que les forces de l’ordre tentent de le menotter.

FAKE OFF

La scène a bien été filmée à Rennes, plus précisément à la sortie du métro République, samedi 15 février à 17h06, comme nous le précise le vidéaste à l’origine de la séquence, Léon : « La police était positionnée dans une rue à proximité, et elle a reçu des jets d’œufs sur ses boucliers. Juste après, les policiers ont fait une charge sans chercher à interpeller quelqu’un en particulier et c’est là que cet homme qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment s’est fait interpeller ».

« Tricky », un autre vidéaste ayant filmé la même scène sous un autre angle, confirme : « [L’homme interpellé] ne faisait rien, il n’a eu aucun signe de rébellion [qui aurait justifié] une telle interpellation ». Sur sa vidéo, on voit en effet, à partir de 2’45, le manifestant s’approcher des policiers juste après qu’ils ont mis fin à leur charge. Il porte brièvement la main à son visage avant de les fixer, sans bouger, jusqu’à ce que l’un des policiers lui fasse signe de reculer pour finalement se précipiter vers lui.

Une interpellation pour outrage et dissimulation volontaire du visage

Contacté par 20 Minutes, le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) affirme que l’homme a été « interpellé pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique, dissimulation volontaire du visage sans motif légitime lors d’une manifestation sur la voie publique, participation à un groupement formé en vue de commettre des dégradations et des violences », ainsi que pour « rébellion » (après son interpellation).

Une version contestée par l’intéressé, Jacky, présent à la manifestation dès 14 heures, qui nous explique : « Je n’ai pas insulté les policiers, l’un d’entre eux m’a dit "recule" et j’ai répondu "du calme, du calme" avant qu’il se jette sur moi et que ses collègues suivent. Ensuite, j’ai reçu un coup dans les parties, mais aussi un coup de matraque sur le tibia, et plusieurs sur la main, main qu’ils voulaient me mettre dans le dos alors que je ne peux pas parce que j’ai des problèmes à l’épaule. L’un d’entre eux m’a dit "laisse-toi faire ou je te pète la main". »

Selon le Sicop, les coups de matraque portés à sa main n’ont rien d’inhabituel : « Comme il cherchait à s’accrocher au policier au départ et vu qu’il refusait de se faire menotter, l’un des policiers lui a donné des petits coups sur la main, une pratique qui est autorisée dans cette situation. »

« Je n’ai rien jeté »

« Je n’ai pas prononcé les insultes dont ils m’accusent, mais j’ai bien dit, une fois que j’étais frappé au sol, "bande de connards, j’ai mal à l’épaule". Après coup, ils m’ont dit m’avoir vu jeter des œufs et des canettes sur les policiers, alors que j’ai un problème d’épaule et que je n’ai rien jeté. Je leur ai demandé d’apporter la preuve que j’avais jeté quoi que ce soit. Ils m’ont aussi reproché de porter un passe-montagne pour cacher mon visage alors qu’il s’agissait juste de mon t-shirt relevé jusqu’au nez pour éviter les odeurs de gaz lacrymo », poursuit pour sa part Jacky.

Selon le Sicop, Jacky s'est vu prescrire deux jours d’incapacité temporaire de travail. Les trois policiers, blessés lors de l’interpellation, ont reçu une ITT d’un jour chacun, précise la police nationale. Le manifestant ne compte pour sa part pas en rester là : « Je prépare un dossier pour porter plainte. »