Prostitution : Neuf mois d’enquête et une cinquantaine de victimes… Un réseau hors norme démantelé dans le Val-d’Oise

PROXÉNÉTISME Un vaste réseau de proxénétisme dit des « cités » a été démantelé au début du mois de février dans le Val-d’Oise

Caroline Politi
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Le proxénétisme des cités a été multiplié par quatre en trois ans. (Image d'illustration)
Le proxénétisme des cités a été multiplié par quatre en trois ans. (Image d'illustration) — Fred DUFOUR / AFP

Neuf mois d’enquête, une cinquantaine de victimes, dont certaines mineures, et des recettes atteignant plusieurs centaines de milliers d’euros. Un réseau de prostitution d’une « ampleur nationale » a été démantelé mardi dernier dans le Val-d’Oise, au terme d’une vaste enquête menée conjointement par le groupement de gendarmerie du département et l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (Ocrteh).

Dix personnes, âgées de 24 à 39 ans, ont été mises en examen, parmi lesquelles sept ont été placées en détention provisoire, a-t-on appris ce lundi. « Cette affaire est non seulement exceptionnelle par son ampleur mais elle est surtout révélatrice de l’évolution du proxénétisme des cités et de la manière dont ces groupes criminels se structurent et se professionnalisent », insiste Jean-Marc Droguet, le directeur de l’Office central.

Une cinquantaine de prostituées

L’enquête démarre en avril 2019 après un signalement reçu par la gendarmerie de Persan, dans le Val-d’Oise : un réseau de prostitution serait à l’œuvre depuis quelques mois dans la commune voisine de Beaumont-sur-Oise. Dès les premiers témoignages, les enquêteurs prennent la mesure de l’affaire. En moins d’un an et demi d’existence, ce réseau a étendu son influence bien au-delà des deux communes citées, d’abord en région parisienne puis dans plusieurs villes de provinces : Tours, Bordeaux, Rouen ou encore Strasbourg.

Au total, 45 jeunes femmes ont été formellement identifiées mais les enquêteurs estiment qu’une soixantaine de victimes se sont retrouvées aux prises avec ce groupe criminel, qui exploitait parfois 25 prostituées en même temps. Comme dans la majorité de ces affaires, les victimes, âgées de 17 à 22 ans, revêtent un profil similaire. « Des jeunes femmes en rupture, familiale, scolaire et sociale », souvent originaires des banlieues, résume Jean-Marc Droguet.

Une organisation pyramidale

Au-delà de son ampleur, c’est la structuration même de ce réseau qui interpelle. Quatre proxénètes – dont un binôme particulièrement actif – sont secondés par plusieurs logisticiens chargés de la publication des annonces ou de la réservation des chambres d’hôtels ou Airbnb. Enfin, des hommes de main véhiculent les victimes d’un hôtel à l’autre, assurent leur sécurité pendant les passes et leur surveillance. Le mode de recrutement des jeunes victimes était également bien rodé : elles se recrutaient entre elles, notamment sur les forums et réseaux sociaux et devaient, pour le quitter, impérativement trouver une remplaçante. « Les quatre proxénètes, tête de réseau, ont mis à profit le savoir-faire acquis dans d’autres trafics pour faire évoluer leur activité vers le proxénétisme à grande échelle », note la gendarmerie dans un communiqué.

Si en perquisition, les enquêteurs n’ont découvert « que » quelques milliers d’euros, le volume financier généré « est évalué à plusieurs centaines de milliers d’euros ». Les prostituées devaient effectuer entre six et dix passes par jour pour une prestation moyenne de 100 €. Lors des perquisitions, les enquêteurs ont notamment découvert deux armes de poing et un taser, notamment destiné à assurer la sécurité des proxénètes. « Ces groupes criminels ne sont pas encore aussi organisés que des réseaux internationaux mais ont compris les bénéfices qu’ils pouvaient en tirer », indique Jean-Marc Droguet.