Radicalisation : La Préfecture de police de Paris demande la radiation de trois fonctionnaires, une première

INFO «20 MINUTES» Après l’attaque commise par l’un de ses agents en octobre 2019, la Préfecture de police de Paris envisage la radiation de trois fonctionnaires qu’elle juge radicalisés, une première

Clément Giuliano

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Les secours intervenant à la Préfecture de police après l'attaque du 3 octobre 2019
Les secours intervenant à la Préfecture de police après l'attaque du 3 octobre 2019 — MARTIN BUREAU / AFP
  • Un agent de la Préfecture de police de Paris a tué quatre de ses collègues en octobre 2019. Le parquet national antiterroriste s’est saisi de cette enquête.
  • Pour prévenir le risque d’autres attaques, la Préfecture de police va demander la radiation de trois fonctionnaires qu’elle juge radicalisés.
  • Il s’agit des premiers cas d’exclusion de la fonction publique depuis la création de cette possibilité en 2017.

Marquée dans sa chair en octobre 2019, la Préfecture de police de Paris est la première administration à demander la radiation de fonctionnaires pour radicalisation. Selon nos informations, trois dossiers doivent être prochainement présentés à une commission paritaire spécifique, rattachée à Matignon, qui devra trancher.

Petit retour en arrière. À son arrivée au pouvoir, en 2017, la majorité LREM adopte une loi visant à transposer certaines mesures de l’état d’urgence dans le droit commun. Le texte instaure aussi un mécanisme permettant de radier les fonctionnaires dont le « comportement est devenu incompatible » avec leur emploi. Cette nouvelle disposition, créée spécifiquement pour lutter contre la radicalisation, prend toutefois du temps à se mettre en place. « Cette commission n’a pas encore, à ce jour, été réunie », écrivent par exemple deux députés en juin 2019, près de deux ans après l’entrée en vigueur de la loi.

Après l’attaque du 3 octobre 2019, au cours de laquelle un agent de la direction du renseignement de la Préfecture de police de Paris a tué quatre de ses collègues, les services du Premier ministre finalisent la mise en place de l’organisme paritaire. Et c’est la Préfecture de police qui sera ainsi la première à le saisir.

Un dossier transmis, deux en cours d’instruction

Selon les informations de 20 Minutes, un premier dossier a d’ores et déjà été transmis à la commission paritaire, constituée de fonctionnaires et de représentants syndicaux. Il concerne un agent administratif dont la « pratique rigoriste » de l’islam a des répercussions sur son travail.

Deux autres dossiers sont en cours d’instruction en vue d’une présentation devant la commission paritaire. La Préfecture de police reproche au premier fonctionnaire une pratique rigoriste de la religion musulmane et un comportement prosélyte auprès de son entourage. La situation du dernier agent est « moins aiguë », indique-t-on de source policière.

Neuf policiers désarmés au total depuis octobre

Depuis le 3 octobre 2019, quatre agents de la Préfecture de police ont été suspendus de leurs fonctions à titre conservatoire pour des soupçons de radicalisation. Au total, neuf policiers parisiens ont été désarmés depuis l’attaque de Mickaël Harpon.

À l’échelle nationale, 106 agents de la police nationale ont fait l’objet d’un signalement au titre de la radicalisation, a révélé Christophe Castaner ce mardi sur BFMTV. « Nous étudions le dossier. Cela ne veut pas dire qu’ils sont radicalisés », a précisé le ministre de l’Intérieur.

Pour les députés de la commission d’enquête sur l’attaque du 3 octobre 2019 à la Préfecture de police, qui présentaient justement leurs premières conclusions ce mercredi, l’assassinat de quatre fonctionnaires au sein même de l’institution est dû à l’« accumulation de dysfonctionnements majeurs ».