Affaire Cédric Chouviat: L'autopsie du livreur révèle une fracture du larynx et interroge sur les conditions d'interpellation

ENQUETE Trois jours après la mort de Cédric Chouviat à la suite de son interpellation, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour homicide involontaire

Caroline Politi

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Les proches de Cédric Chouviat demande à ce que la vérité sur la mort de ce chauffeur soit faite
Les proches de Cédric Chouviat demande à ce que la vérité sur la mort de ce chauffeur soit faite — Caroline Politi/20 Minutes
  • L’autopsie, réalisée lundi, a révélé « une manifestation asphyxique avec une fracture du larynx »
  • Des vidéos tournées par des témoins de la scène, permettent de jeter un voile nouveau sur les événements.
  • La famille appelle néanmoins à l'apaisement.

En plus de vingt ans de vie commune, Doria Chouviat le sait, Cédric, son mari, est parfois quelqu’un d’un peu « gueulard ». « Je ne réfute pas l’hypothèse qu’il ait pu être insultant, reconnaît même sa veuve, au cours d’une conférence de presse en présence de ses avocats. Mais est-ce que, pour autant, il mérite ce qui lui est arrivé ? » Ce chauffeur-livreur de 42 ans, père de cinq enfants, est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à l’hôpital Pompidou, moins de 48 heures après avoir fait un malaise au cours d’une interpellation pour un délit routier, dans le 15e arrondissement de Paris.

L’autopsie, réalisée lundi, a révélé « une manifestation asphyxique avec une fracture du larynx », tout en soulignant que la victime avait des antécédents cardio-vasculaires. De nouvelles investigations médico-légales sont prévues pour étayer les causes de la mort mais le parquet de Paris a ouvert ce mardi une information judiciaire pour « homicide involontaire » afin de « déterminer les circonstances exactes de l’intervention des services de police » et a confié les investigations à l’IGPN.

« Se faire contrôler par la police, c’est un peu sa routine »

Selon la version de la préfecture de police, Cédric Chouviat a été contrôlé vendredi 3 janvier à l’angle de l’avenue de Suffren et du Quai Branly alors qu’il était en train de téléphoner, le portable coincé dans son casque. D’emblée, le livreur de 42 ans, qui travaille dans l’entreprise de transport de son père, se serait montré « agressif et irrespectueux » envers les agents, allant jusqu’à les insulter après avoir été verbalisé. Les fonctionnaires auraient donc décidé de l’interpeller pour « outrage ». « Ils ont dû le maîtriser pour l’emmener au sol car il résistait », précisait lundi, une source policière au sein de la préfecture. C’est peu après que les policiers, voyant la victime devenir « bleue », auraient entamé un massage cardiaque.

D’emblée, les proches de Cédric Chouviat ont pointé des incohérences dans la version de la préfecture, à commencer par le motif même du contrôle : le livreur était équipé d’un casque avec un micro intégré, il ne pouvait donc pas avoir son téléphone à l’oreille. Ils rapportent d’ailleurs que la version des autorités sur ce point a évolué au fil des heures et qu’on aurait d’abord justifié ce contrôle par une plaque d’immatriculation jugée illisible car sale. « Se faire contrôler par la police, c’est un peu sa routine. Il gère assez bien et fait le "canard" [profil bas] », raconte sa veuve.

Un plaquage ventral par trois policiers

Des vidéos, filmées par des témoins de la scène et récupérées par les avocats de la famille, montrent pourtant que ce contrôle de routine semble rapidement se tendre. Sur une première bande, on aperçoit Cédric Chouviat, toujours casqué, tenter de filmer les policiers qui le repoussent. Aucun geste de violence manifeste de part et d’autre, mais la tension est palpable. La seconde, montre le chauffeur, toujours casqué, face contre terre, maintenu au sol par trois agents qui utilisent la technique décriée du plaquage ventral. Ils semblent faire pression sur son thorax, tandis que les jambes de la victime s’agitent. « On pouvait parfaitement lui passer les menottes, ça suffisait », s’émeut un des avocats de la famille, Me William Bourdon. Et d’ajouter : « Dès lors que les policiers ne lui ôtent pas le casque, on aggrave le risque qu’on fait courir à Cédric. » Sur la dernière, les policiers lui prodiguent un massage cardiaque.

Aucune des vidéos projetées lors de cette conférence de presse ne montre, en revanche, comment Cédric Chouviat s’est retrouvé au sol. Selon un autre avocat de la famille, Me Arié Alimi, les deux témoins qui lui ont fait parvenir les images affirment que les policiers ont fait une « clé d’étranglement » et l’ont maintenu au sol pendant « trois minutes ». Des témoignages qui seront confrontés à l’exploitation des images de vidéosurveillance – deux caméras se trouvent dans le secteur – ainsi qu’à la vidéo tournée par Cédric Chouviat lui-même au moment du drame. « S’il a pris une vidéo c’est qu’il s’est passé quelque chose », estime son épouse.

Message d’apaisement

Si les proches de Cédric Chouviat souhaitent désormais que toute la lumière soit faite, ils entendent avant tout lancer un message d’apaisement. « N’ayons pas la haine, même si c’est un homicide, c’est un homicide involontaire, estime Doria Chouviat. Je ne pense pas que les policiers qui étaient là ont voulu le tuer. Ce sont des êtres humains qui se sont laissés emporter par leur colère. »

Ce mardi soir, le préfet de police, Didier Lallement, a adressé ses condoléances aux proches de la victime, tout en rappelant la nécessité de respecter la présomption d’innocence « qui vaut pour tous, y compris les policiers ». De son côté Christophe Castaner notait dans un communiqué que les indications livrées par le parquet « soulèvent des questions légitimes, auxquelles des réponses devront être apportées en toute transparence ».