Attaque de Villejuif : L'énigmatique trajectoire de Nathan C.

ENQUETE En dépit de zones d'ombre, le portrait de ce jeune homme de 22 ans commençait à se dessiner dimanche

20 Minutes avec AFP

— 

Les secours et la police près de l'endroit où un homme a poignardé des passants, le 3 janvier 2020 à Villejuif.
Les secours et la police près de l'endroit où un homme a poignardé des passants, le 3 janvier 2020 à Villejuif. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Pourquoi Nathan C. a-t-il poignardé des passants vendredi dans un parc près de Paris ? Deux jours après l’attaque de Villejuif, le profil et la radicalisation de ce jeune converti à l’islam, ancien étudiant brillant atteint de troubles psychiatriques, étaient au cœur de l'enquête antiterroriste.

Vendredi, le jeune homme de 22 ans, vêtu d’une djellaba bleue, a frappé avec un couteau plusieurs personnes dans un parc de cette commune au sud de Paris, tuant un passant et blessant deux femmes, avant d’être abattu par la police.

« Hautes capacités intellectuelles »

Des témoins ont décrit une attitude d'« extrême détermination », se disant « frappés » par le « calme apparent » de l’assaillant, qui est passé à l’acte aux cris constants d'« Allah Akbar ! » et a épargné un promeneur parce qu’il était musulman, a rapporté la procureure de Créteil Laure Beccuau.

A l’issue des premières investigations, le parquet national antiterroriste s’est finalement saisi du dossier, relevant sa « radicalisation certaine » et une « préparation organisée de son passage à l’acte ». En dépit de zones d’ombre, son portrait commençait à se dessiner dimanche.

Né en 1997 aux Lilas (Seine-Saint-Denis), Nathan C. est décrit par sa famille comme ayant présenté très tôt de « hautes capacités intellectuelles », mais aussi une souffrance psychique précoce. Il a fait l’objet d’un suivi psychiatrique dès l’enfance et a été hospitalisé à plusieurs reprises, parfois « à la demande de ses parents », a indiqué Laure Beccuau.

Après un parcours scolaire « normal » jusqu’au bac, il a réussi à intégrer une école de commerce très réputée à Angers. D’anciens camarades, qui ont souhaité garder l’anonymat, ont décrit à l’AFP un étudiant qui « faisait du basket », « agréable », le « genre de mec sympa avec qui on déconne dans les couloirs ».

Aucun n’a eu connaissance d’un suivi psychiatrique ou d’éventuelles convictions religieuses. « Jamais je ne me serais dit qu’il ferait un jour ce genre de chose car il semblait normal », a résumé l’un d’eux.

Au bout d’un an, Nathan C. a cependant arrêté cette formation, indiquent ses anciens camarades. « Ce qui va créer des obstacles à la poursuite de ses études (…), c’est à la fois ses problèmes psychologiques et des problèmes d’addictions à divers produits stupéfiants », a souligné Laure Beccuau. Hospitalisé à Sainte-Anne à Paris au printemps, Nathan C. était sorti en mai avec un traitement médicamenteux qu’il avait arrêté en juin.

Converti en 2017

Revenu en région parisienne depuis plusieurs années, il vivait dans un immeuble de briques situé dans une rue tranquille du XIVe arrondissement, non loin du domicile de ses parents. Là, une voisine a décrit une famille « tranquille », « sans histoire », dont le fils aîné, « poli », « disait bonjour et souriait ». L’année dernière, elle avait simplement remarqué « qu’il avait changé sa façon de s’habiller et qu’il s’était laissé un peu pousser la barbe ».

Le jeune homme s’était converti à l’islam « en mai ou juillet 2017 », selon le parquet de Créteil. Pour autant, la question de sa radicalisation restait posée dimanche. Nathan C. n’était en effet connu « d’aucun service spécialisé » et ne comptait, dans son casier, qu’une affaire d’usage de stupéfiants quand il était mineur et une procédure classée sans suite pour violences lors d’une manifestation « Nuit debout » en 2016.

Les investigations tenteront en particulier d’éclaircir ce qui s’est joué dans les jours précédant l’attaque qui aurait été préparée et perpétrée sans l’aide de complices, selon les premiers éléments des investigations. Perquisitionné par les enquêteurs, le studio du jeune homme présentait « tous les signes d’un appartement qui n’allait plus être occupé », a indiqué la procureure de Créteil.

Ouvrages « salafistes »

Vendredi, Nathan C. avait amené à Villejuif un sac contenant notamment des ouvrages « salafistes » ainsi qu’une lettre aux accents testamentaires laissant entendre, selon les enquêteurs, qu’il songeait à « faire le grand saut ».

Tout début janvier, il avait aussi souhaité se marier religieusement avec sa compagne, convertie elle aussi, mais il avait essuyé le refus d’un imam au motif que la démarche n’avait pas été précédée d’un mariage civil. Sur sa page Facebook, il avait choisi de mettre en exergue une citation tirée du Coran : « Notre Seigneur a dit : "Souvenez vous de Moi, Je me souviendrai de vous" ».