Lyon : Un bar de la Croix-Rousse attaqué par une vingtaine d'individus d’extrême droite cagoulés

FAITS DIVERS Le bar La Pinte Douce, attaqué jeudi soir, avait déjà été pris pour cible à plusieurs reprises par des militants d’extrême droite ces derniers mois

M.P.

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Plusieurs vitres du bar La Pinte Douce, à Lyon, ont été brisées lors de l'attaque perpétrée par des militants d'extrême droite, jeudi 19 décembre.
Plusieurs vitres du bar La Pinte Douce, à Lyon, ont été brisées lors de l'attaque perpétrée par des militants d'extrême droite, jeudi 19 décembre. — Page Facebook de La Pinte Douce

« On est passé à deux doigts du drame ! » L’émotion se mêle à la colère dans la voix de Clémence Boussac, gérante du bar La Pinte Douce, affairée à réparer les dégâts de la veille, ce vendredi. Jeudi soir, l’établissement situé place Clobert, sur les pentes de la Croix-Rousse à Lyon, a été visé par une violente attaque.

« Vers 22h, on a entendu une grosse détonation dans la rue et on a vu débouler un groupe de 20 à 25 individus cagoulés, avec des barres de fer et des fumigènes, raconte-t-elle à 20 Minutes. Ils ont attrapé tout le mobilier à l’extérieur du bar pour le balancer à travers les vitres. On a juste eu le temps de faire rentrer les clients. »

Des vitres brisées, du mobilier cassé et une personne légèrement blessée

Plusieurs vitres ont été brisées et du mobilier cassé. Une personne a été légèrement blessée et transportée à l’hôpital par les pompiers. Les gérants du bar ont de leur côté déposé une plainte dès jeudi soir.

Très vite, les regards se sont tournés vers les militants d’extrême droite, habitués à mener depuis leur fief du Vieux-Lyon des actions coup de poing contre divers lieux de la Croix-Rousse, considérée comme un bastion gauchiste et antifasciste.

L’attaque revendiquée par un groupuscule d’extrême droite

Vendredi matin, l’attaque a été revendiquée par Ouest Casual, un groupuscule d’extrême droite. Dans leur communiqué, les militants évoquent « un juste retour de bâton » – sans doute une allusion au local des identitaires, La Traboule, recouvert de peinture noire en novembre dernier par des antifascistes.

Leur texte est accompagné d’une vidéo où l’on distingue une vingtaine d’individus cagoulés et vêtus de noir remonter la rue en entonnant la Marseillaise et en criant « gauchistes de merde », sur fond de bruits de verre brisé.

« Une recrudescence de ce genre d’actions depuis début 2019 »

Pour les gérants de La Pinte Douce en tout cas, la coupe est pleine. Car c’est loin d’être la première fois que leur bar est pris pour cible. « Il y a une vraie recrudescence de ce genre d’actions depuis début 2019, dénonce Clémence Boussac. On a subi une première attaque en début d’année où ils ont essayé de défoncer la porte à coups de bélier. Ils ont aussi cassé des vitres plusieurs fois, notamment le soir d’Halloween. »

Pourtant, rappelle la gérante, « La Pinte Douce n’est pas un local politique. On est toujours assimilé à un bar de gauchistes mais ici, c’est simplement un bar ouvert à tout le monde, on n’arrête pas de le proclamer depuis des années. C’est vrai qu’on a des militants antifa parmi nos clients mais c’est parce qu’ils habitent à côté. »

« À partir du moment où on vit à la Croix-Rousse, on est une cible »

Le problème est de toute façon plus global. Depuis leur implantation à Lyon, plus particulièrement dans les quartiers Saint-Jean et Saint-Paul, au début de la décennie 2010, l’extrême droite radicale et les identitaires voient en effet la Croix-Rousse comme un territoire ennemi. « À partir du moment où on vit sur les pentes, on est une cible pour les petits fachos locaux, souligne Clémence Boussac. C’est le cas pour tous les lieux du quartier mais aussi pour les simples passants. »

La section lyonnaise du Parti communiste condamne d’ailleurs dans un communiqué cette « nouvelle exaction des nazillons locaux, assez prompts ces dernières années à grimper sur la "colline qui travaille" pour porter atteinte à tous les lieux qu’ils considèrent comme trop clairement antifascistes, qu’il s’agisse de [leur] local, de celui de la CNT ou de Radio Canut ». Le PCF accuse la municipalité de « laxisme à l’égard des groupuscules identitaires qui ont fait de Lyon leur laboratoire » et « exige à nouveau la fermeture des locaux identitaires et fascistes de Lyon ».

Découragés, les gérants vont vendre le bar

De leur côté, les gérants de La Pinte Douce espèrent voir leur plainte aboutir mais sans se faire trop d’illusions, échaudés par les cas précédents. « On n’a eu aucune réponse de la police jusque-là », déplore Clémence Boussac. Ce ne sont pourtant pas les preuves qui manquent, estime-t-elle : « On a récupéré des fumigènes avec tous les numéros de lots visibles donc ce ne serait pas très compliqué de tracer leurs achats sur Internet. Mais pour ça, il faudrait une commission rogatoire… »

Excédés et découragés, ils ont décidé de vendre le bar. « C’est la raison principale de notre départ, indique Clémence Boussac. On est obligé de fermer plus tôt, d’être toujours sur nos gardes en cas d’attaque. En tant que tenanciers de bar, on ne devrait pas avoir à gérer ce problème. »