Lyon : Mâchoire fracturée et dents cassées… Un jeune homme accuse la police de violences en marge d’une manif

TEMOIGNAGE Arthur, 23 ans, dit avoir été passé à tabac « gratuitement » par des policiers mardi à Lyon. Le parquet a ouvert une enquête

Elisa Frisullo

— 

Arthur, 23 ans, a porté plainte pour des violences policières présumées survenues à Lyon place Bellecour le 10 décembre 2019.
Arthur, 23 ans, a porté plainte pour des violences policières présumées survenues à Lyon place Bellecour le 10 décembre 2019. — Bastien Doudaine
  • Un jeune homme de 23 ans affirme avoir été agressé « gratuitement » à Lyon mardi, en marge de la manif, par des forces de l’ordre.
  • Des violences photographiées et filmées pour lesquelles il devrait porter plainte ce mercredi.

Au lendemain des faits dont il accuse les policiers, son visage ensanglanté circule activement sur les réseaux sociaux. Arthur, 23 ans, doit porter plainte ce mercredi à Lyon pour avoir été passé à tabac par des forces de l’ordre en marge de la manifestation du 10 décembre contre la réforme des retraites, indique-t-il à 20 Minutes, confirmant une information de Rue89Lyon.

Il est près de 14 h ce mardi lorsque le cortège de manifestants arrive place Bellecour. En amont, sur le trajet de la manifestation, des affrontements ont eu lieu entre des groupes de jeunes manifestants et des policiers, mobilisés en masse pour empêcher le défilé de sortir du parcours défini.

Un défilé sous tension

A Saxe-Gambetta, des heurts ont ainsi opposé des policiers à des jeunes, repoussés à coups de gaz lacrymogènes pour éviter qu’ils ne s’approchent d’une banque. 20 Minutes, qui couvre la manifestation, assiste au mouvement de foule qui suit les lancers de lacrymo, et aux coups de matraque d’un policier portés à des manifestants dans une grande confusion générale et sous l’œil de photographes de presse.

D’autres affrontements ont lieu à la Guillotière, alors que la majorité du défilé rejoint dans le calme la place Bellecour. Arthur est de ceux-là, dit-il. Venu à Lyon pour voir des copains avant de prendre cette semaine un poste de barman au Club Med dans les Alpes, il n’avait pas prévu de manifester. Mais en tombant sur le cortège, il a décidé de se joindre à la foule, partageant la forte opposition contre la réforme des retraites. « J’ai mes convictions personnelles, c’est pour cela que j’ai voulu manifester. Mais je suis plus suiveur qu’acteur », confie le jeune homme, joint par 20 Minutes.

Arrivé à Bellecour, le garçon originaire d’Antibes constate, comme tous les manifestants, badauds et journalistes présents sur la place, que de nouvelles échauffourées vont éclater. Des jets de projectiles visent des policiers. Ces derniers ripostent de nouveau avec des lacrymos. Arthur tente alors de gagner le magasin Monoprix situé près de la place Antonin-Poncet pour éviter d’être pris dans les affrontements. Un groupe de policiers est massé dans ce secteur. C’est à ce moment-là qu’il « se sent attrapé par la capuche ».

« Je l’ai vu se faire attraper par des policiers, confirme à 20 Minutes Bastien Doudaine, un médecin généraliste qui suit les manifestations à Lyon en tant que photographe amateur. Puis je l’ai vu se faire frapper alors qu’il était à terre entre un arbre et le kiosque à journaux. On ne voit pas bien sur les photos que j’ai prises avec quoi il se fait frapper car des policiers se tenaient devant nous empêchant de voir clairement la scène ».

Notre dossier sur la grève

Arthur, 23 ans, dit avoir été violenté gratuitement par des policiers le 10 décembre 2019 à Lyon en marge d'une manifestation contre la réforme des retraites.
Arthur, 23 ans, dit avoir été violenté gratuitement par des policiers le 10 décembre 2019 à Lyon en marge d'une manifestation contre la réforme des retraites. - Bastien Doudaine

Arthur détaille ce qu’il a vécu : « J’ai reçu un coup de poing à l’arrière de la tête puis un coup de matraque dans les dents. Un policier me tenait la tête baissée quand j’ai reçu le coup porté par un autre, de toutes ses forces. Puis j’ai pris un shoot qui m’a mis à terre. J’ai reçu des coups de poing. Quand ils ont arrêté, un CRS m'a encore donné un coup de pied dans la jambe. Il m’a dit “bien fait pour ta gueule” », raconte le jeune homme.

Une scène photographiée et filmée

Puis, selon le témoin qui a photographié la scène, les policiers repartent, laissant le jeune homme à terre « sonné ». « Il s’est ensuite relevé seul, il a déambulé sans comprendre ce qu’il se passait, a porté la main à sa bouche et a vu qu’il était en sang », ajoute Bastien, encore « sidéré » par la scène qui s’est jouée devant ses yeux.

« Je ne sais pas ce qu’il faisait juste avant. Mais même s’il avait fait quelque chose, comme ceux qui jettent des projectiles, ça mérite de se faire embarquer, pas tabasser par des policiers », ajoute le médecin.

Des dents cassées, la mâchoire fracturée

Sur une vidéo prise par un syndicaliste qui circule sur les réseaux, Arthur apparaît en tout cas les mains vides près du groupe de policiers, juste avant la scène de violence, ayant l’air davantage d’un badaud que d’un manifestant. Puis on le distingue à terre, un groupe de fonctionnaires autour de lui, assénant des coups.

Après sept heures d’attente aux urgences dentaires, Arthur, qui a perdu neuf dents dans les violences, a appris mardi soir qu’il avait également la mâchoire supérieure fracturée. Le saisonnier a lancé un appel sur les réseaux sociaux mardi soir pour trouver d’autres témoins ayant filmé la scène. « Je sais que cela est arrivé avant moi et que ça arrivera encore après. Juste, là, c’est tombé sur moi. Mais je veux parler car c’est la seule chose que je puisse faire pour que ça s’arrête », glisse Arthur, sans vouloir faire d’amalgame. « Je ne dis pas que tous les policiers sont comme ça. Mais ceux qui m’ont tabassé sont des sauvages. Ils ont fait cela gratuitement, en meute et en m’insultant. »

« Je suis évidemment prêt à témoigner, ajoute Bastien Doudaine. La seule chose que je pouvais faire alors que j’étais à côté de policiers armés et que j’avais peur de me prendre aussi de mauvais coups, c’était de prendre des photos pour témoigner », glisse-t-il.

Le parquet de Lyon a indiqué ce mercredi soir avoir ouvert une enquête à la suite des déclarations du jeune blessé accusant la police de violences en marge de la manifestation du 10 décembre.