« A partir de maintenant, ça sera œil pour œil… » Des CRS ont reçu chez eux des lettres menaçant leur famille

ENQUETE Plusieurs plaintes ont été déposées après que de CRS ont reçu des courriers anonymes menaçant leurs proches. Le ministre de l’Intérieur a juré que tout « sera fait pour identifier les auteurs de cette infamie »

Thibaut Chevillard

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Un groupe de CRS à Paris le 1er mai 2019.
Un groupe de CRS à Paris le 1er mai 2019. — Frederic DIDES/SIPA
  • Plusieurs policiers, affectés au sein de compagnies républicaines de sécurité, ont reçu à leur domicile des courriers menaçant leur famille.
  • Les syndicats de policiers réclament des mesures pour assurer la sécurité des fonctionnaires, notamment en les anonymisant dans les procédures ou dans les publications au Journal officiel.
  • Dans un télégramme, consulté par 20 Minutes, la hiérarchie policière a demandé que les agents soient sensibilisés à la possibilité de recevoir ce type de courrier dans les prochains jours.

« A partir de maintenant, ça sera œil pour œil. Pensez à votre famille que vous laissez seule les week-ends. Pour chaque citoyen blessé, ce sera un membre de famille de FDO [forces de l’ordre] qui subira les mêmes préjudices et sans remords. » Au moins quatre policiers des CRS ont reçu jeudi, à leur domicile, des lettres anonymes menaçant leurs proches, selon plusieurs sources. Dans l’une d’elles, postée le 3 décembre et diffusée par plusieurs syndicats de police, l’auteur reproche aux policiers d’être « fiers » de blesser chaque semaine des manifestants et d’être attirés par « la violence ».

Ces courriers sont signés ACAB, pour All cops are bastards (« Tous les flics sont des salauds »). « C’est une expression que l’on trouve taguée sur les murs lors des manifestations, qui est plutôt employée par l’ultra gauche », a expliqué ce vendredi sur France Inter le directeur général de la police nationale. « Tout doit être fait et sera fait pour identifier les auteurs de cette infamie. Je n’accepterai jamais que l’on menace ceux qui nous protègent, jusque dans leurs foyers ! » a réagi sur Twitter le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.

« Anonymisation de tous les fonctionnaires de police »

Plusieurs plaintes ont été déposées, dont celle d’un agent affecté à la CRS 47 de Grenoble, indique une source policière. Selon les informations de 20 Minutes, les fonctionnaires visés avaient été nommés récemment à la fonction de régisseurs par arrêté. Leur nom, ainsi que celui du service où ils sont affectés, ont donc été publiés au Journal officiel. C’est la raison pour laquelle l’Unsa police demande dans un communiqué « l’anonymisation de tous les fonctionnaires de police, y compris dans les parutions sur le Journal officiel ». « Il y va de la sécurité de nos collègues et de leurs familles ! »

Dans un télégramme, consulté par 20 Minutes, la hiérarchie policière a demandé que les agents soient sensibilisés à la possibilité de recevoir ce type de courrier dans les prochains jours. Les fonctionnaires sont invités à ne pas ouvrir les enveloppes et à prendre des précautions en les manipulant afin de préserver d’éventuelles traces et indices qu’il serait possible de retrouver dessus. Toujours selon nos informations, il semble que certaines lettres ont été postées depuis Bordeaux​.

« Même les familles sont mises en danger »

La haine anti flic « prend des proportions inquiétantes puisque même les familles sont mises en danger », déplore Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police, interrogé par 20 Minutes.

« Le gouvernement doit apporter toutes les garanties que la sécurité des policiers et de leurs proches est assurée », poursuit-il. Avant d’ajouter : « Il faut aussi que la justice suive derrière » et qu’elle condamne les auteurs qui s’en prennent aux « représentants de l’Etat » à des « sanctions fermes ».