Montauban : Pour 3.000 euros d'impayés de loyers, le propriétaire commet un double meurtre

ENQUÊTE Alors que le fils et petit ami des deux victimes du double homicide de Montauban, perpétré le 14 novembre, faisait figure de principal suspect, le propriétaire de la maison vient d’être mis en examen

Béatrice Colin

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Un enquêteur de la police judiciaire (illustration).
Un enquêteur de la police judiciaire (illustration). — Elisa Frisullo / 20 Minutes
  • Deux femmes, une de 18 ans et l’autre de 38 ans, ont été découvertes mortes jeudi matin dans une maison du quartier Villebourbon, à Montauban.
  • Le fils et petite ami des victimes était depuis le principal suspect de ce double homicide, avant d’être disculpé mercredi.
  • Après une enquête de plusieurs semaines, le propriétaire de la maison où a eu lieu le double meurtre a été arrêté et mis en examen ce jeudi matin. Il est suspecté d’avoir commis cet acte en raison de 3.000 euros d’impayés de loyers d’une des victimes.

Il aurait voulu récupérer ses 3.000 euros d’impayés de loyers et cela s’est terminé dans un bain de sang. Un homme de 57 ans a été mis en examen ce jeudi 5 décembre pour le double meurtre de deux femmes de 18 et 38 ans, commis dans la nuit du 13 au 14 novembre dans un pavillon du quartier Villebourbon de Montauban.

Et c’est un véritable retournement de situation dans cette affaire. Car jusqu’à présent, le principal suspect était le fils et petit ami des victimes. Le jeune homme de 17 ans, qui se trouvait dans la maison au moment des faits, s’était rendu chez des voisins pour les avertir qu’un homme avait pénétré chez sa mère et l’avait tuée. Il était lui-même blessé à la main.

Malgré ses dénégations, il avait été mis en examen et placé en détention provisoire en raison de plusieurs indices. Parmi ceux-là, l’absence de traces de lutte dans la maison, « les reconnaissances et désignations multiples et incohérentes du tiers responsable par le mineur, la présence de résidus de tir sur le mineur, son sang retrouvé à divers endroits sur l’arme à feu » liste Laurent Czernik, le procureur de la République de Montauban dans un communiqué.

Des lunettes et de l’ADN

Mais lors d’une entrevue avec le juge d’instruction, alors même qu’il ne l’avait pas reconnu lors d’un tapissage durant sa garde à vue, le jeune homme a désigné le propriétaire de la maison comme étant le meurtrier. Ce dernier est un Montalbanais vivant des revenus de la vingtaine d’appartements et biens immobiliers qu’il possède dans la capitale du Tarn-et-Garonne.

Au fur et à mesure de l’enquête, plusieurs éléments sont venus renforcer cette piste. Lorsque les policiers du SRPJ de Toulouse l’ont rencontré, l’homme de 57 ans avait un hématome à l’œil. Une blessure qu’il indiquait s’être fait en se cognant à une bétonnière. Plus confondant, une paire de lunettes portant son ADN, ainsi que celui de la jeune fille assassinée, avait été retrouvée dans la maison. Tout comme deux antennes faisant office de brouilleurs de téléphones. Lors de la perquisition au domicile du propriétaire après son interpellation, mardi, trois autres antennes issues de la même boîte ont été trouvées. Le soir du double assassinat, l’homme avait d’ailleurs éteint ses téléphones.

Les policiers ont fini de se forger une conviction lorsqu’ils ont pris connaissance des résultats de prélèvements effectués dans la voiture de ce Montalbanais. « Des prélèvements, très rapidement analysés par le Laboratoire de police scientifique de Toulouse, permettaient d’identifier des traces de sang du mineur et de sa petite amie victime sur le volant du véhicule du mis en cause », précise Laurent Czernik.

Le fils remis en liberté

Lors de sa deuxième audition, l’homme de 57 ans a admis son implication. Il a confirmé qu’il était venu réclamer ses loyers impayés, armé du fusil chargé retrouvé sur la scène de crime. Il a reconnu s’être battu avec le fils de la victime et lors de l’affrontement, deux coups seraient partis, blessant mortellement les deux femmes.

Reste en suspens la question des nombreux coups de couteau dont a été la cible l’une des victimes. Le fils et petit ami des victimes a lui été remis en liberté dès mercredi soir. « Dans les prochains jours, le juge d’instruction allait envisager la démise en examen du mineur et son changement de statut. J’étudierai également la rédaction de réquisitions supplétives en vue de le mise en examen du propriétaire pour tentative d’assassinat sur le mineur », conclut le procureur de la République de Montauban.