Les signalements pour radicalisation se multiplient au sein de la préfecture de police

TERRORISME Depuis l’attaque terroriste perpétrée par un agent administratif radicalisé, le 3 octobre dernier, 17 fonctionnaires de la préfecture de police ont été signalés à l’IGPN  

Thibaut Chevillard

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Un agent administratif a attaqué à l'arme blanche plusieurs policiers à la préfecture de police, le 3 octobre 2019.
Un agent administratif a attaqué à l'arme blanche plusieurs policiers à la préfecture de police, le 3 octobre 2019. — Martin BUREAU / AFP
  • Mickaël Harpon a tué quatre fonctionnaires au sein de la préfecture et en a blessé grièvement une cinquième.
  • Certains de ses collègues avaient observé chez lui des signes de radicalisation, mais n’avaient pas effectué de signalement par écrit auprès de leur hiérarchie.
  • Sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur, le préfet de police a invité les agents à signaler leurs collègues « en cas de détection de signes d’une possible radicalisation ». Depuis, 17 fonctionnaires de police de la préfecture de Paris ont été signalés pour radicalisation.

C’est l’une des conséquences de l’attaque terroriste du 3 octobre dernier. Depuis que Mickael Harpon, un agent administratif de 45 ans travaillant au sein du service informatique de la direction du renseignement, a tué quatre de ses collègues, les signalements pour « radicalisation » se multiplient dans les rangs policiers. Selon nos informations, l’attention de l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) a été portée, en un peu moins de trois semaines, sur 17 nouveaux cas d’agents affectés à la préfecture de police de Paris. Avant l’attentat, ils n’étaient qu'une quinzaine à faire l’objet d’une surveillance particulière, certains en raison de leur comportement, d’autres à cause de leurs fréquentations.

« Cette hausse n’est pas surprenante, explique Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative Police CFDT. Il s’agit sans doute d’une conséquence de la note transmise par le préfet de police. » Dans ce document, daté du 7 octobre et porté à la connaissance de 20 Minutes, Didier Lallement invite les agents à signaler à leur hiérarchie leurs collègues qui présenteraient des signes « d’une possible radicalisation ». Il peut s’agir, détaille le haut fonctionnaire, de « changements physiques, vestimentaires et alimentaires », du « refus de serrer la main du personnel féminin », d’un « rejet brutal des habitudes quotidiennes », d’un « repli sur soi », du « rejet de l’autorité et de la vie en collectivité ».

Enquêtes de l’inspection des services de renseignement

En incitant les agents à exprimer leurs doutes, le préfet entend tirer les leçons du drame qui s’est noué, il y a trois semaines. Si Mickael Harpon était un « agent bien noté » et qui « semblait bien intégré dans son équipe », son comportement à la suite de l’attentat de Charlie Hebdo avait attiré l’attention de plusieurs collègues, indiquait dès le 5 octobre Françoise Bilancini, la patronne du renseignement de la PP, dans un rapport adressé au ministre de l’Intérieur. Deux d’entre eux avaient également signalé par oral à leur hiérarchie qu’il ne serrait plus la main aux femmes et ne les embrassait plus. Mais ces agents n’avaient pas souhaité « formaliser ce signalement ». Ce qui explique, signale-t-elle, pourquoi il n’était pas suivi.

Y a-t-il eu un «dysfonctionnements », comme l’a assuré Christophe Castaner ? Pour s’en assurer, le gouvernement a lancé deux missions confiées à l’inspection des services de renseignement (ISR). La première se penchera spécifiquement sur la radicalisation de Mickael Harpon et sur son absence de prise en compte par la hiérarchie policière. La seconde consistera à « vérifier, service par service [de renseignement], comment sont traités les signalements », a expliqué devant les sénateurs Laurent Nunez, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur. En fonction de la teneur du rapport que rendra l’ISR, le gouvernement sera amené à préciser la manière dont les signalements pour radicalisation doivent être effectués.

« Ne pas lancer une chasse aux sorcières »

Pour Frédéric Lagache, délégué général du syndicat Alliance, ils doivent être améliorés en étant « partiellement anonymisés ». Une façon de « protéger » les agents qui en sont à l’origine, tout évitant de faire de la « délation », une pratique courante dans les services. Il faut surtout, dit-il, éviter de « tomber dans la stigmatisation » des policiers musulmans. Un point de vue partagé par Denis Jacob estimant important de « ne pas lancer une chasse aux sorcières qui ne serait pas acceptable ». « Il faut que les collègues aient aussi conscience qu’ils peuvent être poursuivis pour dénonciation calomnieuse, ce qui les exposerait à des sanctions », poursuit-il. Inciter les agents à parler tout en évitant d’instaurer un climat de paranoïa. Les policiers devront trouver l’équilibre.