Démantèlement d’un réseau de prostitution roumain « hors norme », organisé, mobile et particulièrement violent

PROXENETISME Neuf individus, tous ressortissants roumains, ont été mis en examen

Caroline Politi

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Un réseau de prostitution de grande ampleur a été démantelé.
Un réseau de prostitution de grande ampleur a été démantelé. — Ted Aljibe AFP
  • Un réseau de proxénétisme qui agissait dans le nord et l’est de la France a été démantelé la semaine dernière. Neuf personnes ont été mises en examen.
  • Victimes comme suspects sont originaires d’une même ville, au nord-est de la Roumanie.

Un an d’enquête, une quarantaine de victimes et probablement des centaines de milliers d’euros de bénéfice. Un réseau de prostitution​ d’une rare ampleur a été démantelé la semaine dernière dans le nord et l’est de la France. Quinze personnes, tous ressortissants roumains, ont été interpellées à Rouen, Besançon, Tours, Le Mans, Le Havre et Mulhouse, a annoncé lundi la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Nancy. Neuf ont été mis en examen pour «  prostitution de plusieurs personnes, traite des êtres humains et blanchiment en bande organisée », ainsi que pour « association de malfaiteurs ». Huit ont été écroués, un neuvième a été placé sous contrôle judiciaire.

L’enquête a démarré l’an dernier dans la région strasbourgeoise à la suite du signalement d’un appartement de location dans lequel se prostituaient de nombreuses jeunes femmes roumaines. « On s’est vite rendu compte que c’était un réseau hors-norme, particulièrement bien organisé et très mobile », note Jean-Marc Droguet, chef de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) qui a coordonné les investigations en relation avec la police judiciaire strasbourgeoise et la sécurité publique du Havre. Pour éviter d’être identifié, les proxénètes opéraient dans plusieurs villes du Nord et de l’Est de la France et « faisaient tourner » les filles dans différents hôtels et appartements payés à la semaine. Les rendez-vous, quant à eux, étaient pris sur Internet.

Jusqu’à 150.000 euros de bénéfice

« L’organisation était particulièrement bien huilée », note le commissaire, qui précise que le réseau avait deux à trois ans d’existence. Les victimes, comme les proxénètes, étaient toutes originaires d’une ville au nord-est de la Roumanie. Et si les profils des interpellés sont relativement variés – tant en âge que dans le rôle dans cette organisation criminelle, certains étaient chargés de recruter les prostituées, d’autres d’organiser les passes ou de les surveiller –, les victimes sont toutes de très jeunes majeures. « L’autre spécificité de ce réseau, c’est l’ultraviolence qui s’y exerçait, poursuit Jean-Marc Droguet. Les victimes étaient régulièrement frappées, faisaient l’objet de brimades, devaient ramener une somme minimum. »

Si en perquisition, les enquêteurs n’ont trouvé « que » quelques dizaines de milliers d’euros, les bénéfices de cette organisation criminelle particulièrement bien structurée pourraient atteindre des sommets. « Rien que sur le dernier mois d’exploitation, on estime à environ 150.000 euros les bénéfices mais cet argent était, très certainement, rapidement envoyé en Roumanie », note Jean-Marc Droguet.