Villiers le Bel, lundi 7 octobre. Près d'un milliers de personnes ont participé à la marche silencieuse en hommage à Ibrahima Bah, décédé la veille. Lancer le diaporama
Villiers le Bel, lundi 7 octobre. Près d'un milliers de personnes ont participé à la marche silencieuse en hommage à Ibrahima Bah, décédé la veille. — 20 Minutes/C-E.AK

REPORTAGE

A Villiers-le-Bel, près d’un millier de personnes marchent en silence pour Ibrahima Bah, mort près d’un contrôle de police

Entre colère et volonté d’apaisement, la famille d’Ibrahima Bah, décédé dimanche près d’un contrôle de police dans des circonstances restant à déterminer, était en tête d’une marche silencieuse organisée à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) ce lundi

  • Ibrahima Bah, 22 ans, est mort dimanche soir à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) au volant d’une moto-cross, non loin d’un contrôle de police.
  • Une marche silencieuse s’est déroulée ce lundi pour lui rendre hommage.
  • Les proches du jeune homme n’ont pas caché leur colère, tout en appelant au calme.

Depuis ce lundi, un bouquet de fleurs est accroché au poteau du boulevard Salvador-Allende, dans le quartier de la Cerisaie, à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise). C’est ici, à deux pas d’une école primaire, qu’Ibrahima Bah, 22 ans, a perdu la vie dans des circonstances qui restent à déterminer, ce dimanche au volant d’une moto-cross, tout près d’un contrôle de police. Pour lui rendre hommage, près d’un millier de personnes se sont donné rendez-vous devant ces quelques fleurs pour participer à une marche blanche ce lundi après-midi.

Parmi elles, de nombreux habitants de Villiers-le-Bel mais aussi d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), de Mantes-la-Jolie (Yvelines) et de Sarcelles (Val-d’Oise), ville dont il était originaire. « Ça ne me surprend pas qu’il y ait autant de monde, mon frère était quelqu’un d’apprécié, témoigne son grand frère, Boubacar, au milieu du cortège. Ça fait vraiment chaud au cœur de voir autant de monde, autant de soutiens. »

Ibrahima, un fan de moto mais « pas un délinquant »

Il y a quelques mois, la famille Bah avait déjà subi un drame, avec la disparition d’un des grands frères d’Ibrahima, victime d’une rupture d’anévrisme. « Je pleure deux frères en quelques mois seulement… », déplore Boubacar. Quelques instants plus tôt, face à la foule, Diané, l’un des aînés d’Ibrahima, a tenu à parler de la passion de son frère pour la moto… Et rétablir sa vérité concernant son petit frère. « C’était quelqu’un qui aimait la vie. Aujourd’hui, il faut rester dans un état d’esprit pacifique, mais c’est toujours les mêmes qui prennent et toujours les mêmes qu’on essaie de diaboliser. » Dans un communiqué, la préfecture du Val-d’Oise avait notamment indiqué que la moto-cross en question était « signalée volée ».

Pour la famille d’Ibrahima, ce n’était pas le cas. « Si elle était volée, il faut dire à qui et quand, demande Boubacar. Elle n’était pas volée. Fan de moto, ça ne veut pas dire délinquant. » Au micro, Diané abonde. « Il avait une passion pour la moto. Lorsque mon frère est décédé […], Ibrahima s’est réfugié à fond dans sa passion. »

Des appels au calme

Le cortège se dirige ensuite vers le rond-point du 19-Mars-1962, en passant par la rue où Mouhsin et Laramy, respectivement 15 et 16 ans, avaient perdu la vie dans la collision de leur moto-cross avec une voiture de police en 2007. Mara Kanté avait été accusé à tort d’avoir tiré à balles réelles sur un policier lors des nuits d’émeutes qui avaient suivi. Présent ce lundi, il adresse un message au millier de personnes réunies. « Pas plus tard qu’il y a une semaine, on profitait de la bécane avec Ibrahima et, aujourd’hui, notre frère est mort. J’ai fait de la prison à l’époque, j’ai été mis à l’isolement pendant onze mois. Aujourd’hui, nous sommes vus comme des citoyens de seconde zone. Il faut qu’on se batte pour être libres, qu’on puisse se libérer de nos chaînes invisibles. Il y a eu Zyed, Bouna, Mouhsin, Laramy. Et aujourd’hui, il y a Ibrahima. »

Pour Diané, la mort de son frère ne doit pas être vaine. « J’en ai marre de souffrir, ce n’est pas une vie. Nous sommes aussi Français, on aime ce pays. Maintenant, il faudrait qu’il nous rende notre amour. »

Par le biais de son avocat, Me. Yassine Bouzrou, la famille a annoncé s’être portée partie civile afin d’avoir accès à l’ensemble du dossier, et notamment aux vidéos de la caméra de surveillance placée sur le lieu où Ibrahima a perdu la vie.