VIDEO. Attaque au couteau à la préfecture de police : Les motivations de l’assaillant restent floues

ENQUETE Si la piste terroriste n’est pas écartée, les enquêteurs étudient pour le moment celle d’un conflit personnel

Thibaut Chevillard

— 

L’Ile de la Cité a été immédiatement bouclée par les forces de l'ordre
L’Ile de la Cité a été immédiatement bouclée par les forces de l'ordre — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Un agent administratif a attaqué plusieurs policiers au couteau, ce jeudi midi, dans l’enceinte de la préfecture de police de Paris, avant d’être tué.
  • Trois hommes et une femme sont morts. Un policier, gravement blessé, a été évacué « en état d’urgence absolue ».
  • L’assaillant était affecté au service informatique de la DRPP (Direction du renseignement de la préfecture de police).
  • Les motivations de Mickael H., converti à l’Islam depuis plusieurs mois, restent jeudi soir inconnues.

Il a semé la mort en plein cœur de Paris, dans l’un des lieux les plus sécurisés de France. Un peu avant 13h, ce jeudi, un homme de 45 ans travaillant comme informaticien au sein du service technique de la DRPP (direction du renseignement de la préfecture de police) a tué quatre personnes avec un couteau de cuisine. Sa course sanglante s’est achevée dans la cour centrale de ce bâtiment mythique du boulevard du Palais (4e), qui abrite les directions de la police parisienne à l’exception de la police judiciaire. Les raisons de son passage à l’acte sont, à ce stade de l’enquête, très floues.

Selon nos informations, Mickaël H., un agent administratif travaillant à la « PP » depuis 2003, s’est d’abord attaqué à trois policiers, dans deux bureaux de son service situés au premier étage, avant l’heure du déjeuner. Puis, il s’en est pris à deux femmes – une affectée aux ressources humaines, l’autre à la Dspap (Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne) – dans les escaliers. L’une est décédée, l’autre a été transportée dans un état sérieux à l’hôpital Percy à Clamart ( Hauts-de-Seine).

Un bilan très lourd

Arrivé dans la cour du 19-août-1944, un policier de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) lui a ordonné de lâcher son arme. Devant son refus, l’agent a ouvert le feu et l’a touché à la tête. Le bilan est lourd : outre l’assaillant, trois policiers et une agente administratif sont décédés. Immédiatement, l’île de la cité a été bouclée par les forces de l’ordre. Des dizaines de camions de pompiers ont été dépêchées sur place, les cafés évacués. Signe que le moment est grave, le président, Emmanuel Macron, le Premier ministre, Edouard Philippe, puis le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, se sont rendus sur les lieux dans l’après-midi.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour homicides et tentatives d’homicide sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, a confié les investigations à la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne. Les enquêteurs tentent désormais de comprendre les raisons qui ont poussé Mickaël H. à passer à l’acte.

Dans l’après-midi, son domicile de Gonesse, dans le Val-d'Oise, a été perquisitionné et sa femme placée en garde à vue. Pour l’heure, si l’hypothèse d’un acte terroriste n’est pas écartée, les enquêteurs explorent davantage la piste d’un conflit personnel, nous indique une source proche de l’enquête. Ce qui n’empêche pas le parquet national antiterroriste de suivre attentivement le dossier. « Nous verrons quelles suites procédurales données à cette affaire », a déclaré Rémy Heitz, soulignant que « pour le moment le parquet de Paris reste saisi ».

« Il pratiquait sa religion de façon modérée »

Mickael H., originaire de la Martinique et souffrant d’un handicap de surdité, s’était converti à l’Islam il y a quelques mois. « Il pratiquait sa religion de façon modérée », explique une source policière. Il « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales » ni « le moindre signe d’alerte », a également souligné le ministre de l’Intérieur lors d’un bref point presse devant la préfecture. Alors que 27.000 policiers – selon les organisateurs – ont manifesté, mercredi, leur « colère » dans les rues de Paris, ce drame survenu au cœur de cette institution pluriséculaire risque de renforcer le malaise qui règne dans les rangs.