Attaque au couteau à la préfecture de police : « C’est dur de se dire que c’est quelqu’un de chez nous »

REPORTAGE Quelques heures après l'attaque au sein de la préfecture de police, la stupeur peine à retomber. 

Caroline Politi

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L'esplanade devant la préfecture de police de Paris a été entièrement vidée
L'esplanade devant la préfecture de police de Paris a été entièrement vidée — Caroline Politi/20 Minutes

« On savait qu’en tant que flics, on pouvait être menacé, mais on ne pouvait pas imaginer que ça viendrait de la maison. » Quelques heures après qu’un agent administratif de la préfecture de police de Paris a poignardé à mort quatre de ses collègues et grièvement blessé une cinquième, la stupeur peine à retomber. « C’est dur de se dire que c’est sur notre lieu de travail, que c’est quelqu’un de chez nous », poursuit cette jeune fonctionnaire de police, encore sous le choc. L’assaillant, âgé de 45 ans, travaillait la préfecture depuis une quinzaine d’années en tant qu’agent administratif dans un service informatique.

Quelques minutes après l’attaque – aux alentours de 13 heures – l’île de la Cité, qui d’ordinaire fourmille de touristes, a été entièrement bouclée. Tout au long de l’après-midi, des grappes d’employés quittent la préfecture. Si certains sont pressés de rentrer chez eux, d’autres éprouvent le besoin d’en parler entre eux. Ici, c’est une agente qui raconte à ses collègues avoir assisté à la neutralisation de l’assaillant alors qu’elle fumait une cigarette dans la cour. « J’ai entendu le coup de feu et puis je l’ai vu tomber, pas très loin du monument aux morts. » Là, c’en est une autre qui se précipite vers deux de ses collègues. « Ça va, vous n’avez rien ? J’ai pensé à vous quand j’ai vu où ça avait eu lieu. » Les victimes, trois hommes et une femme, appartenaient au service de renseignement ou à la brigade de sécurité de proximité.

« Ils ont fermé la porte sans qu’on comprenne vraiment pourquoi »

Mais si la rumeur d’une attaque au couteau s’est rapidement répandue dans les couloirs sinueux de la préfecture de police, les visiteurs, eux, ont mis de longues minutes à comprendre ce qui était en train de se jouer. Anna et Daniel, un couple de Brésiliens fraîchement arrivé à Paris, faisaient la queue pour obtenir un visa lorsqu’ils ont entendu un coup de feu. « On n’a pas vraiment compris ce qu’il se passait, tout à coup, on a vu des fonctionnaires s’agiter et ils ont fermé les portes sans qu’on comprenne vraiment pourquoi. »

Ils sont restés près d’une heure dans la préfecture, dont une bonne moitié sans qu’on leur explique ce qu’il venait de se passer. Au restaurant les Deux Palais, qui jouxte la préfecture, l’incompréhension a été la même. « Ils ne nous ont même pas laissés finir notre plat, sourit un avocat qui a ses habitudes là-bas, en quelques minutes, on a vu des dizaines de voitures de police arriver puis des policiers nous ont crié d’évacuer. » Lui aussi raconte cette incompréhension. « On a tous pensé à un attentat. »

Jeudi soir, les motivations de cet agent administratif restent encore inconnues. « Il n’avait jamais présenté de difficultés comportementales […], il n’y avait jamais eu de signe d’alerte », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, lors d’un point presse improvisé. Une enquête pour « homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « tentative d’homicide » a été ouverte par le parquet de Paris. Le parquet national antiterroriste n’est pas saisi mais « évalue » la situation.