Corse : A quoi rime la reconstitution d’un « nouveau FLNC » ?

NATIONALISME Cagoulé et armé, un petit groupe a annoncé, lors d’une conférence de presse clandestine, la reconstitution d’un Front de libération nationale corse (FLNC)

M.A. avec AFP

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Les membres du Front de libération nationale corse (FNLC) lors d'une conférence de presse, le 5 mai 1996, à Ajaccio. (Illustration)
Les membres du Front de libération nationale corse (FNLC) lors d'une conférence de presse, le 5 mai 1996, à Ajaccio. (Illustration) — TOUSSAINT CANAZZI / AFP
  • Un groupe de cinq personnes a annoncé, lors d’une conférence de presse clandestine, la reconstitution du Front de libération nationale corse (FLNC).
  • Dans un communiqué de presse remis à Corse-Matin, le groupe a listé neuf « d’interdictions et de préconisations » pour « sauver le peuple corse ».
  • Selon les informations de 20 Minutes, le parquet national antiterroriste (Pnat) s’est saisi de l’affaire et a ouvert une enquête pour « association de malfaiteurs terroristes » et « infraction à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste ».

Le mouvement nationaliste corse est-il en train de se reformer ? Cagoulé et armé, un petit groupe a annoncé, lors d’une conférence de presse clandestine, la reconstitution d’un Front de libération nationale corse (FLNC), a révélé Corse-Matin ce mardi.

Interdiction d’achat immobilier pour les « Non-Corses », « corsisation » des emplois, limitation du tourisme et apprentissage de la langue dès l’école… Pour « sauver le peuple corse », le groupe a annoncé une série « d’interdictions et de préconisations ». 20 Minutes fait le point sur ce nouveau groupe.

Comment ont-ils annoncé la reconstitution ?

Dans son édition publiée ce mardi, le journal Corse-Matin raconte avoir assisté à une conférence de presse clandestine d’un petit groupe revendiquant la reconstitution d’un FLNC. Un des journalistes du quotidien a rencontré le groupe, de nuit dans un sous-bois, dans la région de Castagniccia (Haute-Corse), qui lui a remis un communiqué. « Nous, patriotes corses, avons décidé de nous unir pour reconstituer le FLNC », peut-on lire sur le document. Lors de cette rencontre, dont la date n’a pas été précisée, « pas de dialogue, simplement un document proposé », explique Corse-Matin, qui a publié une vidéo de 34 secondes de cette rencontre tournée par le journaliste.

Le quotidien explique que le journaliste a reçu « un coup de téléphone une heure avant, pour donner un lieu et une heure », avant d’être « pris en charge dans une voiture sombre par deux individus encagoulés ». Le groupe, équipé « de vestes de treillis et de cagoules sur des masques empêchant toute reconnaissance des individus » et « d’armes légères (…), des carabines de grande chasse », a reçu le journaliste devant « une banderole où s’impriment les lettres FLNC ».

Quelles sont leurs revendications ?

Dans son communiqué, le groupe liste neuf « interdictions » et « préconisations », à commencer par l’interdiction « pour les Non-Corses d’acheter des biens fonciers ou immobiliers ». Les biens acquis au cours des dix dernières années doivent être revendus « à leur prix d’achat d’origine ». Seuls les Corses – communes ou Collectivité de Corse – pourront les acheter pour en faire « principalement » des logements sociaux.

Le groupe appelle à remplacer les « étrangers » par des Corses dans tous les emplois. « Il appartiendra aux organisations politiques et syndicales du mouvement syndical du mouvement national de créer et de gérer un Office du retour », détaille le communiqué. L’organisation réclame aussi l’interdiction de l’implantation de toute nouvelle enseigne de grande distribution, demandant « au patronat et aux actionnaires de diminuer leurs dividendes et d’augmenter les salaires des employés ». Concernant le tourisme, le FLNC veut également limiter le nombre à 600.000 personnes par mois pour juillet et août. Pour finir, le groupe exige la mise en place d’un enseignement obligatoire de la langue corse une heure par jour de la maternelle au CM2.

Quelle est la réaction des autorités françaises ?

Dans son communiqué, le groupe annonce qu’il veillera « par la force si nécessaire, à ce que ces interdictions et préconisations soient appliquées ». « On imagine des attentats », décryptent nos confrères de Corse-Matin. Des menaces qui ont poussé le parquet national antiterroriste (PNAT) à se saisir de l’affaire, ce mardi, a confirmé le parquet à 20 Minutes, précisant qu’une enquête pour « association de malfaiteurs terroristes » et « infraction à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste » avait été ouverte.

Peut-on parler d’un retour de la violence en Corse ?

Si le Front de libération nationale de la Corse (FLNC) avait annoncé en 2014 qu’il déposait les armes, après quatre décennies marquées par plus de 4.500 attentats revendiqués, de nombreux actes de violence ont eu lieu ces derniers mois en Corse. Au printemps, des résidences secondaires et des trésoreries avaient été visés par des attentats. La semaine dernière, des élus et des personnalités de la société civile ont dénoncé une « emprise mafieuse » sur l’île « Cette action a été prise au sérieux, même s’il est possible qu’on ait affaire à des “petits”, même si on n’a pas d’armes de guerre apparentes sur les images », a précisé une source proche de l’enquête à l’AFP.

Pour André Fazi, politologue et maître de conférences en science politique à l’université de Corse à Corte, cette action n’a rien de « significative ». « On ne sait encore rien de ce groupe », explique-t-il, ajoutant : « Des groupes clandestins qui apparaissent et qui disparaissent immédiatement, il y en a beaucoup. » « Il y a une récurrence de ce type de conférence de presse donnée par des groupes qui ont manifestement des velléités de passer à l’action. Il y a des tentations de retour à la violence, mais qui ne se concrétisent pas », détaille André Fazi, pour qui cette annonce est à prendre avec « une certaine mesure ».