Incendie de l’usine Lubrizol à Rouen : Où en est la situation ?

FAITS DIVERS L’énorme incendie sur un site classé Seveso, qui n’a pas fait de victime, est désormais éteint et les habitants peuvent rentrer chez eux

S.A. avec AFP

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L'usine Lubrizol, classée Seveso, a pris feu dans la nuit de mercredi à jeudi à Rouen.
L'usine Lubrizol, classée Seveso, a pris feu dans la nuit de mercredi à jeudi à Rouen. — Philippe LOPEZ / AFP
  • Le spectaculaire incendie s’est déclaré dans la nuit à l’usine Lubrizol de Rouen (Seine-Maritime), classée Seveso, sans faire de victime a été éteint jeudi soir.
  • Par mesure de précaution, les habitants les plus proches du site ont été évacués mais ils ont pu regagner leur domicile dans la soirée.
  •  Les établissements scolaires de 12 communes de l’agglomération resteront fermés vendredi et rouvriront lundi.
  • Les autorités redoutent une pollution de la Seine. Une enquête pour déterminer les causes de l’accident a été ouverte par le parquet de Rouen.

Dix-huit heures après le début d’un énorme incendie dans l’usine Lubrizol de Rouen classée Seveso, le feu est « maîtrisé » et « cantonné », a annoncé le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, lors d’un point presse à la mi-journée ce jeudi, à proximité des lieux de l’accident. Le foyer principal a été éteint, a annoncé la préfecture à 20h15. Les routes ont été rouvertes, et les habitants peuvent rentrer chez eux.

L'incendie, qui n’a pas fait de victime, « ne devrait pas se développer de nouveau», a déclaré le ministre. Le risque de sur-accident est écarté grâce à « la manœuvre qui a consisté à déplacer les produits les plus dangereux », a-t-il ajouté. « Le combat que [les pompiers] devront mener pour maîtriser totalement la situation sur ce site durera plusieurs jours, peut-être, même plusieurs semaines », précise le locataire de la Place Beauvau.

Les établissements scolaires des 12 communes concernées et d’une partie de Rouen resteront fermés vendredi et rouvriront « lundi », a indiqué le préfet de Normandie, Pierre-André Durand, lors d’un point-presse. Par ailleurs, a-t-il dit, « il est toujours conseillé aux personnes fragiles de ces communes de rester chez elles jusqu’à vendredi soir ».

Les transports en commun de l’agglomération ont été arrêtés « progressivement » jeudi après-midi après un « choix des personnels », selon le préfet, qui y voit une mesure « pas justifiée ». Ils devraient reprendre normalement vendredi matin, a-t-il assuré.

Le plan Polmar a été déployé pour écarter une pollution de la Seine qui n’a pas été observée pour le moment, a déclaré le représentant de l’État. Il n’y a « aucun risque » pour l’eau potable car il n’y a pas de captage dans le secteur, a-t-il précisé. La partie affectée par l’incendie représente « environ 10 % du site Lubrizol », soit « 1,1 hectare sur 14 », a encore indiqué Pierre-André Durand.

« Pas de dangerosité particulière »

L’usine, qui emploie 400 personnes, fabrique et commercialise des additifs pour les huiles, les carburants ou les peintures industriels. Créée en 1954 sur les bords de la Seine, rive gauche, elle a été classée Seveso, seuil haut, c'est-à-dire considérée comme un site industriel qui présente des risques d’accident majeurs.

La CGT a demandé dans un communiqué la « transparence complète sur les risques encourus » après l’incendie, s’inquiétant du niveau de sécurité dans cette entreprise où un grave incident s’était déjà produit en 2013. Sur le dernier point, le préfet a affirmé que cette usine « est aux normes telle que nous l’avons vue en 2019 », « parfaitement à niveau ». Il a cependant reconnu qu'« elle ne l’a pas toujours été » et qu’en 2017, « elle a fait l’objet d’une mise en demeure » en raison de « 17 manquements » puis « la mise à niveau a été réalisée », a-t-il assuré. Dans un communiqué, Lubrizol a précisé que « l’incendie a touché un entrepôt, une installation d’enfûtage et un bâtiment administratif ».

Deux autres usines Seveso proches évacuées

Au total, 200 pompiers et pompières ont pris part aux opérations, ainsi que 200 engins venus de six départements. Ce dispositif « va être allégé pendant la nuit ». L’incendie est « maîtrisé depuis 11h », mais « pas éteint », a déclaré lors du point-presse le colonel des pompiers Jean-Yves Lagalle, soulignant qu'« il y a énormément de points chauds ».

« Dans les jours à venir, il y aura un travail pas forcément d’extinction mais de surveillance » de ces points chauds, en raison notamment de la présence de produits inflammables, a ajouté le colonel des pompiers. Deux usines à proximité, classées Seveso seuil bas, ont aussi été évacuées dans la journée.

« Le site est très vaste et il doit être visité de manière très méticuleuse, y compris les égouts », a précisé en soirée le préfet de Normandie. « Ça peut donner lieu à l’émanation d’odeurs, ressemblant à du gaz, suite à l’extinction d’un incendie de cette ampleur ». Dans ce cas, il ne faut « pas être surpris », a-t-il dit, précisant en substance que les analyses menées jusqu’à présent n’avaient rien relevé d’anormal. Il a aussi indiqué que les suies tombées sur la ville et ses environs du fait du panache de fumée allaient « donner lieu à des analyses complémentaires ».

« C’est un feu extrêmement dangereux pour la sécurité du personnel », a-t-il ajouté, qualifiant l’incendie d'« hors-norme ». Une cellule de crise a été mise en place par la préfecture de Seine-Maritime. Elle a également ouvert une cellule d’information au public, joignable au 02 32 76 55 66.

Odeur jusqu’en Picardie

Un impressionnant panache de fumée, de 22 km de long et six de large, a survolé la région une bonne partie de la journée, progressant vers le nord-est, traversant le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme, avait annoncé la Préfecture de la région Hauts-de-France dans un communiqué en fin de matinée.

En plus des établissements scolaires ou accueillant du public, de nombreux restaurants et commerces de Rouen étaient fermés jeudi. L’odeur de la pollution se faisait sentir jusque dans le Nord et en Picardie, selon les préfectures. Une enquête pour déterminer l’origine de l’incendie, pour l’heure « inconnue », a été ouverte par le parquet de Rouen qui a débuté « les investigations dès ce jour ».

De précédents accidents

Après une fuite de gaz malodorant en janvier 2013, Lubrizol France avait été condamné à une amende de 4.000 euros en 2014. Et en 2015, quelque 2.000 litres d’huile minérale se sont déversés dans le réseau d’évacuation des eaux pluviales après un « incident d’exploitation » à l’usine chimique.

L’usine à Rouen appartient au groupe de chimie américain Lubrizol Corporation, lui-même propriété de Berkshire Hathaway, la holding du milliardaire et célèbre investisseur américain Warren Buffett. « Il y a 6 ans, suite à un incident extrêmement grave sur le même site classé Seveso 3, les écologistes avaient déjà demandé le déplacement » de l’usine, ont indiqué les écologistes de « Décidons Rouen » dans un communiqué. « Une réflexion structurelle doit être menée (…) sur la place d’industries dangereuses au cœur de nos villes ».