Manifestations : La tactique anti-black blocs des autorités critiquée

MAINTIEN DE L'ORDRE Confrontées aux violences devenues régulières dans la rue, les autorités cherchent à juguler les débordements mais s’attirent les critiques sur un usage excessif de la force et sur la possibilité de manifester.

20 Minutes avec AFP

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L'intervention des forces de l'ordre et l'ambiance de confusion ont indigné des participants et les organisateurs de la marche pour le climat
L'intervention des forces de l'ordre et l'ambiance de confusion ont indigné des participants et les organisateurs de la marche pour le climat — Kamil Zihnioglu/AP/SIPA

La journée de samedi était classée à haut risque dans la capitale. Retour annoncé des «  gilets jaunes », mobilisation d’une ultragauche présentée comme revancharde, manifestation de FO contre la réforme des retraites, Journées du patrimoine et  marche pour le Climat… Autant de rassemblements réunissant des milliers de personnes et susceptibles de drainer des groupes violents.

Ce scénario s’est matérialisé très vite, dès le début de la marche pour le Climat, avec, selon la préfecture de Paris, la constitution d’un cortège de tête composé de militants black blocs d’ultragauche et la présence d’un millier d’individus « à risques », présentés comme appartenant à l’ultragauche et à la branche « ultra » des « gilets jaunes ».

« Maintenant vous leur rentrez dans le lard »

Les forces de l’ordre mobilisées en masse (avec 7.500 policiers et gendarmes sur le terrain dont une soixantaine d’unités de forces mobiles) sont immédiatement intervenues selon la tactique de « mobilité et de réactivité » revendiquée par le préfet Didier Lallement et incarnée par les brigades de répression de l’action violente (BRAV). Abondants tirs de gaz lacrymogène, technique de nasse des manifestants…

« Le choix opérationnel qui n’est autre qu’un choix dicté par le politique est : "maintenant vous leur rentrez dans le lard" », résume un officier de police. L’intervention des forces de l’ordre et l’ambiance de confusion ont indigné des participants et les organisateurs de la marche pour le climat : Greenpeace a même appelé samedi via Twitter à quitter le rassemblement, estimant que les « conditions d’une marche non violente (n’étaient) pas réunies ».

Interrogé dimanche par l’AFP, le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard, a estimé que la police aurait pu agir différemment, regrettant une « réponse disproportionnée ». Il n’y avait aucune raison que des gaz lacrymogènes se retrouvent dans le cortège, les black blocs n’étaient pas infiltrés à l’intérieur du cortège. Pour nous, c’était assez gérable de faire la différence entre les black blocs et le reste de la manifestation », a-t-il dit.

« Pas entraver le droit de manifester »

Dans un communiqué dimanche, Amnesty a aussi dénoncé des « tirs intensifs de gaz lacrymogène sur une foule très largement composée de manifestants pacifiques » et des « centaines de personnes nassées » : « le maintien de l’ordre ne doit pas entraver le droit de manifester, ce qui a été le cas dans le cadre de cette marche pour le climat ».

A 20 ans et six mois de manifs pour le climat à son actif, Camille, étudiante en médecine, a dit à l’AFP avoir pour la première fois été « emplie de rage » : la colère de voir sa marche confisquée, la fureur d’être « nassée par la police ». « Toutes les décisions ont été prises en accord avec les organisateurs », indique de son côté la préfecture de police.

« Nous avions aménagé des sorties et lancé des appels tant sur les réseaux sociaux que par mégaphones appelant les participants au cortège à se dissocier des groupes violents », souligne aussi un responsable de la PP. Selon une stratégie « du coucou » éprouvée, ces militants, rompus tant à la violence qu’aux techniques de dissimulation, s’immiscent dans la foule et prennent « le contrôle » de la manifestation, la détournant de son but initial.

« Faire cesser les exactions »

Cette tactique est régulièrement mise en œuvre depuis les manifestations contre la loi « travail » en 2016. « Dès lors qu’un black bloc s’infiltre dans une manifestation pacifique, nous sommes obligés d’intervenir pour faire cesser les exactions », résume-t-on à la préfecture de police. « Il se réfugie ensuite dans la manifestation, ce qui évidemment est fait exprès pour compliquer notre intervention », complète la source.

A l’occasion du défilé du 1er mai, également parasité par un « black bloc », la préfecture de police​ de Paris avait pareillement été accusée d’avoir « attaqué le cortège de la CGT », le secrétaire général de la confédération, Philippe Martinez avait même réclamé une « enquête publique » sur ces violences.