Corse : Rentrée sous haute tension sur l’île avec le retour de la violence

VIOLENCE Affaires politiques et mafieuses se confondent depuis le début de l’année, et notamment depuis la rentrée

20 Minutes avec AFP

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Icham Saffour a été tué le 16 septembre dernier devant un de ses chantiers.
Icham Saffour a été tué le 16 septembre dernier devant un de ses chantiers. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Mitraillage d’une villa, tirs sur un supermarché, et surtout deux meurtres en quelques jours : la rentrée a été marquée en Corse par la violence, un contexte « malsain » dénoncé par les dirigeants de l’île et faisant notamment craindre une année record en termes d’homicides. Avec déjà dix homicides depuis début 2019 dans l’île – tous ne sont pas liés au grand banditisme -, « on a un rythme bien supérieur aux trois années précédentes », rappelle le procureur de la République d’Ajaccio, Eric Bouillard.

Les derniers en date ont été commis à quelques jours d’intervalle : le 12 septembre, Maxime Susini, un militant de 36 ans du mouvement indépendantiste radical Core in Fronte, était tué à Cargèse (Corse-du-Sud) devant sa paillote. Le 16, c’est à Furiani (Haute-Corse) qu’Icham Saffour, un entrepreneur de 47 ans, était abattu au volant de sa voiture stationnée devant un chantier dont il s’occupait.

Politique et mafieux

Le cas Susini a particulièrement marqué, dans une île dirigée depuis 2015 par les nationalistes Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, qui lui ont tous deux rendu hommage. Son mouvement Core in Fronte a rapidement dénoncé la responsabilité de « groupes mafieux », mais « les pistes ne se résument pas à cette hypothèse liée à la criminalité organisée », assure Eric Bouillard. Du reste, la Juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS) de Marseille, compétente en matière de grande criminalité organisée, ne s’est pas saisie du dossier.

Elle a en revanche pris la main dans l’affaire Saffour. Ce promoteur immobilier est considéré comme proche de la famille Guazzelli qui est au coeur, selon les enquêteurs, du gang criminel corse de « La Brise de Mer » et du système de détournements de fonds qui avait cours au cercle de jeu Wagram à Paris entre 2008 et 2011. Un contrôle des jeux que Jean-Angelo Guazzelli s’était fait ravir par une autre figure du banditisme corse, Jean-Luc Germani.

Incendies et explosions

Au-delà de ces meurtres, la Corse a été le théâtre ces derniers mois, d’une multitude d’incendies criminels ayant visé des restaurants ou des paillotes, la distillerie d’un responsable syndical agricole, les concessions automobiles d’un candidat aux municipales, les maisons de « continentaux » ou encore un refuge du GR20.

La section antiterroriste du parquet de Paris s’est aussi saisie dans plusieurs dossiers, sur une série d’explosions visant des résidences secondaires, et sur la découverte au printemps de charges explosives devant des trésoreries, le tout accompagné parfois de tags réclamant par exemple « la terre corse aux Corses ».

Contexte plombé à l’approche des municipales

Ces violences polymorphes reposent sur des motivations diverses, soulignent sources policières et judiciaires : concurrence commerciale, volonté de groupes criminels de faire une nouvelle répartition des commerces sous influence, lutte idéologique, conflits de personnes et répliques à des faits passés.

Le contexte local est plombé par des tensions, récemment évoquées dans Le Monde, entre la police judiciaire et les parquets autour d’erreurs de procédures ou d’affaires mal digérées. L’assassinat de Maxime Susini semble toutefois marquer une prise de conscience des dirigeants nationalistes de l’île, Gilles Simeoni s’inquiétant sur Twitter d’un « contexte d’ensemble inquiétant et malsain » : « Il nous appartient d’instaurer les conditions qui vont permettre à la société insulaire de sortir définitivement de ce cycle mortifère », a-t-il déclaré dans Corse-Matin.