Sevran : Quiproquo autour de la suspension du policier incriminé dans une interpellation controversée

POLICE Jeudi, la préfecture de police de Paris a annoncé la suspension d’un policier filmé lors d’une violente altercation avec un médiateur de Sevran, en Seine-Saint-Denis

Caroline Politi

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Image d'illustration d'un policier.
Image d'illustration d'un policier. — Alain ROBERT/SIPA
  • Mercredi soir, un policier et un médiateur de la ville de Sevran se sont violemment opposés.
  • La préfecture a annoncé avoir suspendu le policier le temps de faire la lumière sur cette affaire, mais le directeur général de la police nationale, à qui revient cette compétence a annoncé qu’il n’avait pas pris sa décision.
  • Une enquête pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique a été ouverte par le parquet de Bobigny.

Il n’a fallu que quelques heures pour qu’une vidéo virale sur les réseaux sociaux se charge d’un enjeu politique. Mercredi, en fin de journée, dans le quartier sensible des Beaudottes, à Sevran, une violente altercation a opposé un policier et un médiateur de la commune de Seine-saint-Denis. Sur les images, on voit une discussion orale animée puis le fonctionnaire se jette dans les jambes de l’individu pour le plaquer au sol. Repoussé, il revient à la charge à plusieurs reprises en assénant des coups de poing, auxquels l’homme répond. Le corps à corps, filmé par un riverain, ne dure qu’une poignée de secondes – l’agent municipal est immobilisé par un tir de pistolet à impulsion électrique – mais suffisamment pour faire revenir sur le devant de la scène la question des violences policières mais également des conditions de travail des forces de l’ordre dans les quartiers populaires.

Conscient de l’émoi provoqué par les images, la préfecture de police a annoncé jeudi dans un communiqué avoir « ordonn[é] la suspension immédiate » du fonctionnaire incriminé. « C’est provisoire, affirmait-on ce vendredi matin encore en interne. Il s’agit avant tout de figer la situation pour permettre de déterminer le plus rapidement possible les circonstances. » Une décision certes temporaire mais qui a suscité la colère d’une partie de la profession. « On ne comprend pas un tel emballement de l’administration sur le seul fait d’une vidéo virale, sans que le contexte soit pris en compte », déplore Frédéric Lagache, secrétaire général du syndicat policier Alliance. Jeudi soir, une centaine de policiers se sont rassemblés devant le commissariat d’Aulnay-sous-Bois pour dénoncer une décision « scandaleuse », visant avant tout à « s’acheter une paix sociale ».

Une suspension loin d’être actée

Coup de théâtre ce vendredi matin. Alors même que le préfet recevait les syndicats de police, Eric Morvan, le directeur général de la police nationale faisait savoir que pour l’heure aucune décision n’était arrêtée concernant le sort de l’agent, rappelant ainsi que cette compétence était de son ressort ou de celui du ministre de l’Intérieur mais en aucun cas de celui du préfet. Un désaveu rarissime – les demandes du préfet aboutissent presque systématiquement – signe d’une opposition grandissante entre la police nationale, qui a compétence sur tout le territoire à l’exception de la capitale et la petite couronne, et la préfecture de police parisienne, considérée comme une police dans la police.

D’autant que malgré l’annonce du préfet, d’un point de vue purement administratif, le fonctionnaire ne peut être formellement suspendu : légèrement blessé au visage lors de l’opération, il en arrêt maladie depuis mercredi soir et ne peut donc pas se voir notifier cette suspension. La préfecture précise désormais qu’elle maintient sa demande de suspension afin d’éclaircir la situation mais qu’il ne s’agit en aucun cas d’une « sanction » à l’encontre du fonctionnaire. « L’objectif c’est d’aller le plus vite possible pour réintégrer ce fonctionnaire si on constate que la réponse était proportionnée », insiste-t-on. Car dans cette affaire, deux versions s’opposent en tout point.

Enquêtes administrative et judiciaire

Dès jeudi, la préfecture a annoncé la saisine administrative de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour faire le point sur les circonstances de l’altercation et déterminer si la réponse du fonctionnaire était « proportionnelle ». Ce vendredi, une enquête judiciaire pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » a également été ouverte par le parquet de Bobigny après avoir reçu la plainte de l’homme de 34 ans qui affirme avoir été agressé alors qu’il tentait de prendre la défense de jeunes du quartier.

« On peut faire dire tout et n’importe quoi à une vidéo si on extrait quelques secondes d’une scène qui a duré de longues minutes », met en garde le syndicaliste Frédéric Lagache. Selon la version des fonctionnaires, le médiateur de Sevran, agacé par des bouchons causés par un contrôle sur cette zone connue pour être un point de vente de produits stupéfiants, s’en est pris verbalement aux policiers. Le ton serait ensuite monté lorsque les policiers lui ont fait part de leur volonté de l’interpeller pour outrage. Brièvement placé en garde à vue, le trentenaire a été transporté à l’hôpital, légèrement blessé par le taser.