Crash du Rio-Paris : Les proches des victimes « dégoûtés » par le non-lieu pour Airbus et Air France

ACCIDENT D'AVION Les juges d'instruction parisiens ont rendu, ce jeudi, une ordonnance de non-lieu pour Airbus et Air France dans l'affaire du crash du Rio-Paris. Une décision que ne comprennent pas les proches des 228 victimes.

Thibaut Chevillard

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228 personnes sont décédées dans la catastrophe aérienne en juin 2009
228 personnes sont décédées dans la catastrophe aérienne en juin 2009 — afp.com
  • Le 1er juin 2009, l’Airbus A330 qui reliait Rio à Paris s’est abîmé dans l’océan Atlantique. Les 228 personnes à son bord sont décédées.
  • Dix ans plus tard, les juges d’instructions chargés de l’affaire ont estimé qu’il n’y avait pas d’éléments suffisants dans le dossier pour renvoyer Air France et Airbus devant un tribunal correctionnel.
  • Les proches des victimes ne comprennent pas cette décision et estiment que les magistrats ont « cédé aux lobbies du monde aéronautique ».

Du « dégoût » et de « la tristesse ». Voilà ce qu’inspire à Danièle Lamy la décision des juges d'instructions de rendre un non-lieu général pour Airbus et Air France dans l'affaire du crash du Rio-Paris. La présidente de l’association AF447 Entraide et solidarité a perdu son fils Eric, 37 ans, dans la catastrophe aérienne survenue en juin 2009. Dix ans plus tard, elle estime que les magistrats « méprisent » les 228 victimes et leurs proches en ne renvoyant pas les deux entreprises, mises en examen en 2011 pour homicides involontaires, devant un tribunal. Selon elle, la justice a « cédé aux lobbies du monde aéronautique » et veut protéger les intérêts économiques de l’avionneur européen et de la compagnie aérienne.

L’avocat de l’association, Me Alain Jakubowicz, a indiqué à 20 Minutes son intention de faire appel de la décision. Tout comme son confrère, Me Olivier Morice, avocat de plusieurs familles de victimes, qui juge la décision des magistrats « très contestable ». Il est également « surpris à tout le moins qu’Air France ne soit pas renvoyée », comme l’avait demandé aux juges le parquet de Paris dans son réquisitoire définitif rendu le 12 juillet dernier. Danièle Lamy estime pour sa part qu’il est « indispensable » qu’un procès ait lieu.

« C’est un accident qui était pourtant prévisible »

L’accident – le plus meurtrier de l’histoire de la compagnie française – avait été causé par le givrage en vol des sondes de vitesse Pitot, qui avait conduit à un dérèglement des mesures de vitesse de l’Airbus A330-200 et désorienté les pilotes jusqu’au décrochage de l’appareil. Les juges d’instruction parisiens, Nicolas Aubertin et Fabienne Bernard, ont expliqué dans leur ordonnance de 189 pages datée du 29 août 2019, que la « perte de contrôle de l’appareil » qui a suivi résulte « des actions inadaptées » des pilotes ayant mal réagi. En revanche, écrivent-ils, les investigations « n’ont pas conduit à caractériser un manquement fautif d’Airbus ou Air France ». Bref, la faute à pas de chance – « une conjonction d’éléments qui ne s’était jamais produite » – et à des erreurs de pilotage.

Une réponse qui ne satisfait pas Danièle Lamy. « On accuse les pilotes, victimes également, de ne pas avoir compensé les problèmes techniques de cet avion », s’emporte la représentante de l’association. « C’est un accident qui était pourtant prévisible. L’année qui a précédé le crash, le nombre d’incidents essentiellement dûs au givrage des sondes pitot a été multiplié par dix », affirme la présidente de l’association, qui regrette que ni Air France, ni Airbus, n’aient jugé bon de former les pilotes à réagir en cas d’anomalies liées à ces sondes. D’autant que, selon un rapport remis aux magistrats le 8 août dernier, l’avionneur avait connaissance depuis 2004 des faiblesses de ses sondes de vitesse.