Lille : Deux mères courage veulent connaître la vérité sur la mort de leurs fils

FAITS DIVERS Selom et Matisse ont été happés par un train le 15 décembre 2017. Selon leurs mères, la police les poursuivait juste avant l'accident

Francois Launay

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Les mères de Selom et Matisse veulent connaître la vérité sur la mort de leurs fils
Les mères de Selom et Matisse veulent connaître la vérité sur la mort de leurs fils — F.Launay/20 Minutes
  • Le 15 décembre 2017, Selom et Matisse, deux jeunes adultes de 20 et 18 ans, sont morts après avoir été happés par un train.
  • Un accident qui, selon leurs mères, s’est produit après une poursuite de la police.
  • Deux ans après les faits, les familles se battent pour connaître toute la vérité sur les faits qui ont conduit au drame

Ni oubli, ni pardon. Le 15 décembre 2017, les vies de Valérie Bondu et Peggy Lereste ont basculé dans l’horreur. Matisse (18 ans) et Selom (20 ans), leurs fils respectifs, ont été happés par un train à proximité de la gare Lille-Flandres, à la frontière des quartiers Fives et Saint-Maurice Pellevoisin. Un drame qui pose encore question près de deux ans après les faits.

Car plusieurs zones d’ombre subsistent, à commencer par le rôle joué par la police, ce soir-là. Selon les mères de Selom et Matisse, si leurs enfants se sont retrouvés sur une voie ferrée, c’était pour fuir les policiers. Ce 15 décembre, les deux ados traînaient avec deux autres copains (blessés dans l’accident) dans une impasse située dans le quartier Caulier.

Plusieurs zones d’ombre

« Des témoins nous ont dit que nos enfants ont vu les policiers arriver avec des matraques et ils ont eu peur. Ils ont enjambé une grille, sont montés sur un mur puis au-dessus d’un petit grillage avant d’atterrir sur les voies. Ils ont couru sur les voies pendant plusieurs mètres avant d’être happés. D’après ce qu’on nous a dit, ils étaient toujours poursuivis par la police à ce moment-là. », raconte Valérie, la mère de Matisse.

Problème, juste après l’accident, le procureur de la République avait d’abord nié le passage d’une patrouille dans le quartier avant d’avouer que des policiers étaient bien intervenus suite à une bagarre. Mais jamais les forces de l’ordre n’ont reconnu avoir poursuivi les quatre jeunes adultes.

Peu après le drame, les familles de Selom et Matisse ont déposé plainte pour « homicide involontaire », « mise en péril de la vie d’autrui » et « non assistance de personne en danger ». Près de deux ans après, « l’instruction est toujours en cours » comme le parquet l’a communiqué à 20 Minutes.

Les familles ne veulent pas tomber dans l’oubli

Sauf que les choses ne vont pas assez vite pour les familles qui ont décidé de se faire entendre sur les réseaux sociaux pour attirer l’attention médiatique. Leur but : ne pas se faire oublier et réhabiliter la mémoire de Selom et Matisse.

« On veut sauver l’honneur de nos enfants. On a dit que c’était des délinquants. Ce n’est pas vrai. Ils n’avaient pas de casier judiciaire. Selom venait de faire l’armée et s’était inscrit à la fac pour passer un DAEU. Matisse allait passer son bac pro dans l’année. Ils étaient scolarisés tous les deux. Alors quand on entend que nos fils n’étaient pas éduqués, ça me révolte. On nous a salis comme on a sali nos enfants », s’insurge Peggy, la maman de Selom.

Des affiches placardées chaque mois dans les rues de Lille

De son côté, Valérie Bondu n’hésite pas aussi à pointer du doigt le délit de faciès. « Nos fils étaient métis. Dans la tête des gens, métis = délinquant = dealer », constate amèrement la mère de Matisse.

Dépression, envie d’en finir, cris, larmes, la mort des deux enfants a été « un coup de couteau dans le cœur » pour ces deux mères courage qui se sont rencontrées à la suite du drame. Malgré de nombreux bas, une chose n’a jamais changé depuis l’accident : leur combat pour faire connaître la vérité.

Des affiches en mémoire des deux jeunes hommes sont placardées chaque mois dans les rues de Lille
Des affiches en mémoire des deux jeunes hommes sont placardées chaque mois dans les rues de Lille - F.Launay/20 Minutes

« Je souhaite un procès aux assises »

Un collectif a été créé et chaque mois, ils sont une dizaine à se retrouver pour placarder des affiches « Justice pour Selom et Matisse » dans les rues de Lille. Ce sera encore le cas ce dimanche sur la place de Fives. Une marche revendicative aura également lieu dans Lille, le 5 octobre.

« On ne pourra jamais faire notre deuil mais on ne lâchera rien. On a le sentiment qu’on veut étouffer l’affaire comme l’affaire Adama Traoré ou celle de Zyed et BounaPersonnellement, je souhaite un procès aux assises », n’hésite pas à affirmer la mère de Matisse. Pour la mémoire de leurs fils, ces mamans surnommées « les lionnes » se battront jusqu’au bout. En espérant faire toute la lumière sur ce drame qui a bouleversé leurs vies.