Moselle : Deux policiers jugés pour avoir espionné un collègue, qui s’est suicidé ensuite

PROCES Hervé Hinschberger, 46 ans, s’était suicidé avec son arme de service, le 21 janvier 2018, après avoir été espionné par deux de ses collègues

20 Minutes avec AFP

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Un fourgon de police
Un fourgon de police — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

La justice a requis un an de prison avec sursis contre deux policiers, jugés par le tribunal correctionnel de Sarreguemines (Moselle), pour avoir placé un mouchard dans le véhicule d'un collègue qui s'est ensuite suicidé, ont annoncé des sources judiciaires, ce vendredi.

Hervé Hinschberger, 46 ans, en poste à la brigade de nuit au commissariat de Saint-Avold, s’était suicidé avec son arme de service, le 21 janvier 2018, à Puttelange-aux-Lacs. Ses parents avaient déposé plainte pour «harcèlement moral au travail et atteinte à l’intimité de la vie privée par captation, enregistrement ou transmission des paroles ».

Un mouchard dans le véhicule du policier

Une enquête préliminaire, ouverte le mois suivant par le parquet de Sarreguemines et confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), avait écarté le harcèlement moral. « Les deux prévenus, qui avaient pour habitude la nuit d’éteindre la géolocalisation de leur véhicule pour se ravitailler dans une boulangerie qui n’était pas dans leur secteur, soupçonnaient M. Hinschberger de les avoir balancés », a résumé Me Dominique Rondu, l’avocat des parents du défunt.

Quelques semaines avant le suicide du policier, l’un des deux prévenus, « le brigadier avait demandé à son subordonné de déposer un mouchard dans le véhicule de fonction de M. Hinschberger et (de son binôme) pour les épier et essayer de découvrir des éléments » pouvant lui porter préjudice, a-t-il poursuivi.

« Cet enregistrement d’une quinzaine d’heures à son insu a été un traumatisme »

Dans « un climat délétère » aux commissariats de Saint-Avold et Freyming-Merlebach, « cet enregistrement d’une quinzaine d’heures à son insu a été un tel traumatisme qu’il a contribué à son geste fatal. Il s’est senti trahi, suspecté », a avancé Me Rondu. L’avocat a regretté « l’absence de réactivité » de la hiérarchie dans la gestion de ce conflit même si « deux chefs ont été déplacés » par la suite.

La défense des deux prévenus a plaidé la relaxe, assurant que le mouchard avait été déposé pour des raisons professionnelles. Les deux fonctionnaires de police, âgés d’une trentaine et d’une quarantaine d’années selon le parquet, ont réitéré à l’audience les regrets qu’ils avaient exprimés lors de l’enquête de l'IGPN​. Le jugement sera rendu le 21 octobre.