Affaire Théo : Les séquelles du jeune homme, l’un des enjeux majeurs de l’instruction

ENQUETE Selon une récente expertise, Théo Luhaka, devenu le symbole des violences policières, présente une infirmité permanente

Caroline Politi
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Une récente expertise médicale évoque
Une récente expertise médicale évoque — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • En février 2017, Théo Luhaka, aujourd’hui âgé de 25 ans, a été grièvement blessé au niveau de la zone anale.
  • Une récente expertise révèle le caractère permanent de la blessure.
  • La question de la prévalence de l’infirmité est l’un des enjeux de la fin de l’instruction.

« Une infirmité permanente. » Deux ans et demi après l’interpellation violente de Théo Luhaka, grièvement blessé par un coup de matraque au niveau de la zone anale, une nouvelle expertise révèle la gravité des blessures du jeune Aulnaysien. Dans un rapport versé au dossier le 21 août, une experte en gastro-entérologie affirme que la victime, aujourd’hui âgée de 25 ans, aura besoin d’un suivi médical à vie, a-t-on appris de source judiciaire, confirmant une information du Parisien.

Après avoir examiné la victime dans le courant de l’été, la médecin estime à 20 % son taux d’incapacité, notamment lié à des problèmes intestinaux et une incontinence active. Surtout, l’experte se montre formelle quant à l’origine de la blessure : Théo Luhaka ne souffrait d’aucun antécédent avant son interpellation, « les lésions sphinctériennes sont donc en relation certaine et directe avec [son interpellation] ». « Cette analyse est cohérente avec la description de ce que Théo a subi, affirme auprès de 20 Minutes son avocat, Me Antoine Vey. La thèse des violences proportionnées que soutiennent les policiers n’est pas compatible avec une infirmité permanente. »

Renvoi en correctionnelle ou aux assises

Derrière cette expertise médicale, c’est la qualification de l’infraction qui est en jeu. Dans ce dossier particulièrement sensible, quatre fonctionnaires de police sont mis en examen, dont un – celui qui a donné le coup de matraque – pour viol. Mais pour l’heure, la thèse d’un geste intentionnel​ soutenue par la victime n’a pas pu être formellement établie.

En février 2018, un rapport rédigé par un chirurgien viscéral, un médecin légiste et un expert du ministère de l’Intérieur établissait que la matraque n’avait pas directement pénétré l’anus mais une zone « périanale », ce qui a provoqué la rupture du sphincter et une déchirure du canal anal sur une dizaine de centimètres. Or, un acte ne peut être qualifié de viol – et donc relever de la cour d’assises – que s’il y a « pénétration », de quelque nature que ce soit et si celle-ci a été commise par la violence, la contrainte, la menace ou la surprise. Mais si à l’issue de l’instruction, Théo se voyait reconnaître une infirmité permanente, l’affaire pourrait malgré tout être jugée aux assises et ce, même si la qualification de viol n’était finalement pas retenue. Les policiers encourraient alors une peine de 15 ans de réclusion criminelle.

Les différentes parties peuvent désormais demander une contre-expertise ou un complément d’expertise, requête qui, pour l’heure, n’a pas été communiquée au parquet de Bobigny, selon nos informations. Contacté, l’avocat du policier mis en examen pour viol, n’a pas souhaité s’exprimer.