L'un des 16 dossiers
L'un des 16 dossiers — MYCHELE DANIAU / AFP

MYSTERE

Affaire Godard : Voilier disparu, os retrouvés… Vingt ans après, la disparition de la famille toujours pas élucidée

Treize années d’enquête n’auront pas suffi à résoudre cette énigme

Il y a bientôt vingt ans que la famille Godard a disparu, laissant derrière elle beaucoup d’indices et un grand mystère. Le 1er septembre 1999, Yves Godard loue un voilier à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) pour quelques jours en mer avec sa femme et leurs deux enfants. Le lendemain, leur bateau, le Nick, est contrôlé par les douanes. Puis, plus rien : on ne les reverra jamais vivants.

Lui, Yves, 44 ans, est médecin acupuncteur à Caen. Elle, Marie-France, 43 ans, est secrétaire du cabinet. Une famille recomposée, discrète, avec deux enfants en commun, Camille, 6 ans, et Marius, 4 ans. Ils ont aussi un enfant chacun, né d’une première union. Ce jour-là, ces deux adolescents sont restés à terre. En dehors de son travail, Yves Godard est membre de la CDCA, un syndicat de défense des commerçants et artisans dénonçant le poids du système fiscal et des cotisations sociales, syndicat auquel sont imputés à une époque des placements offshore.

D’importantes traces de sang

Le 5 septembre, le Nick ne revient pas à Saint-Malo comme convenu. Ce même jour, l’annexe du voilier est découverte, dérivant au large de l’île de Batz (Finistère). A l’intérieur, un blouson et un chéquier appartenant au docteur.

Trois jours après leur disparition, la camionnette du père est retrouvée par les gendarmes, abandonnée à Saint-Malo et maculée du sang de Marie-France Godard. Les jours suivants, les gendarmes procèdent à une perquisition au domicile familial, à Tilly-sur-Seulles (Calvados), à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Caen, où ils découvrent d’importantes traces de sang. Elles sont similaires à celles trouvées dans le véhicule garé à Saint-Malo par Yves Godard : c’est le sang de Marie-France.

Photo de la maison de famille à Tilly-sur-Seulles dans le Calvados.
Photo de la maison de famille à Tilly-sur-Seulles dans le Calvados. - MEHDI FEDOUACH / AFP

Le 10 septembre, une information judiciaire est ouverte contre Yves Godard pour homicide volontaire sur son épouse, suivie, le 13, par un mandat d’arrêt international. Comme égrenés par le petit Poucet, les mois puis les années qui suivent voient régulièrement apparaître des objets appartenant à la famille ou au voilier, de part et d’autre de la Manche, parfois au mépris des courants.

Une carte retrouvée dix ans après… en bon état

Ainsi, le 11 février 2001, la carte professionnelle d’Yves Godard est découverte sur l’île des Ebihens (Côtes-d’Armor). Puis, fin février, un document bancaire lui appartenant est retrouvé sur la même île. Le 24 mai, une carte de crédit à son nom est repêchée par trois mètres de fond près de Saint-Jacut-de-la-mer (Côtes-d’Armor), où sera également retrouvée, fin juillet sur une plage, une carte de crédit-bail du Dr Godard.

Des objets qui semblent ne pas avoir souffert du long séjour en mer qu’ils sont censés avoir subi, comme s’ils avaient été jetés à l’eau peu avant leur découverte. Sans compter que le 14 décembre 2008, presque dix ans après la disparition, un pêcheur à pied va découvrir la carte d’assuré social du Dr Godard sur l’Ile des Ebihens (Côtes-d’Armor)… en bon état.

Peu après la disparition de la famille, des signalements font état de la présence d’Yves Godard et de ses enfants sur l’île de Man et aux Hébrides. Les signalements vont ainsi se multiplier au fil des années, en Crète (Grèce) ou encore à Miami (Etats-Unis) et jusqu’en Afrique du Sud. En vain.

« Pas un simple accident de mer »

Pourtant, dès le 6 juin 2000, un premier coup de tonnerre avait retenti. Ce jour-là, un chalutier remonte un morceau de crâne qui se révèle être celui de Camille, l’une des enfants. La découverte a été faite au large d’Erquy (Côtes-d’Armor), dans le secteur où le Nick avait été contrôlé par les douaniers neuf mois plus tôt.

Nouveau rebondissement, décisif cette fois-ci, six ans plus tard : la découverte par un pêcheur, en septembre 2006 au large de Roscoff (Finistère), d’un tibia et d’un fémur identifiés comme étant ceux du Dr Godard. Mais le drame n’est pas élucidé pour autant :  ni le corps de la mère, Marie-France, ni celui du fils Marius, ni l’épave du Nick n’ont été retrouvés. Aucun mouvement de fonds n’a été enregistré sur les comptes de la famille après sa disparition.

« La seule hypothèse que l’on peut exclure est que la disparition de la famille s’explique par un simple accident de mer », écrira le parquet en septembre 2012 en clôturant l’affaire, après treize ans d’enquête, 84 commissions rogatoires, et un dossier de 30 tomes. « On ne peut affirmer formellement qu’Yves Godard est l’auteur de l’homicide » de son épouse, avait déclaré en clôturant le dossier le procureur de la République de Saint-Malo de l’époque, Alexandre de Bosschère.

Vingt ans plus tard, le mystère demeure entier. Et toutes les hypothèses restent ouvertes : de la dispute conjugale qui tourne au coup de folie, du suicide déguisé pour échapper à des soucis financiers, à l’assassinat sur fond de paradis fiscaux. L’avocat de la famille de Marie-France Godard opte, lui, pour « le suicide maquillé en naufrage ». Aujourd’hui, seul le parquet a le pouvoir de rouvrir le dossier, clos en 2012, sur la base d’un témoignage solide. Et ce avant 2022.

Affaire Godard: l'auteur d'une lettre anonyme identifié