La police a-t-elle empêché des «gilets jaunes» de s’acheter de l’eau pendant l’acte 39?

FAKE OFF Une vidéo virale tournée pendant l'acte 39 des «gilets jaunes» à Paris accuse des policiers d'avoir empêché l'un d'entre d'eux d'aller s'acheter à boire

Alexis Orsini

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Un groupe de CRS à Paris le 1er mai 2019.
Un groupe de CRS à Paris le 1er mai 2019. — Frederic DIDES/SIPA
  • Samedi 10 août, un cortège de « gilets jaunes » a défilé dans Paris, sous l’encadrement de CRS.
  • Des tensions, filmées par différents témoins, ont émaillé la fin du parcours, lorsque des policiers ont tenté de repousser la foule à coups de matraque.
  • L’incident aurait eu lieu après qu’un manifestant se soit vu interdire l’accès à une supérette où il voulait acheter de l’eau, selon une vidéo virale. 20 Minutes revient sur le déroulé des évènements.

Si l’acte 39 des « gilets jaunes » a attiré peu de manifestants dans les rues de Paris samedi 10 août, il a tout de même donné lieu à des tensions remarquées avec les forces de l’ordre.

Une vidéo partagée par de nombreux internautes montre notamment un cordon de CRS repousser violemment plusieurs manifestants, parfois à coups de matraque, au cours d’un face-à-face tendu.

« Le monde a l'envers ! Les gilets jaunes tentent de calmer la police qui frappe sans raison des manifestants. La police a attrapé des [gilets jaunes] pour les empêcher d'entrer dans un magasin pour acheter de l'eau... On en est là », s’insurge la page « Cerveaux non disponibles » en commentaire de ces images, sans que l’on puisse y voir les évènements précédant ce moment.

FAKE OFF

La séquence a été filmée à quelques mètres de la station de métro Exelmans, dans le 16e arrondissement de la capitale, vers la fin de la mobilisation (déclarée en préfecture), partie de Villiers en fin de matinée pour gagner le parc André Citroën, de l’autre côté de la Seine.

Comme le montrent les archives des différents directs vidéo réalisés ce jour-là, plusieurs CRS progressaient en tête ou aux côtés du cortège tout au long du parcours, dans une ambiance plutôt calme. On y voit en effet à plusieurs reprises des manifestants discuter paisiblement avec les forces de l’ordre, comme à 1’54’22 ci-dessous, sur les images filmées par « PressTV Français ». « Il n’y a eu aucun incident pendant la manifestation, je n’ai vu personne jeter des projectiles. On n’était pas beaucoup, quelques centaines, mais il y avait énormément de forces de l’ordre », précise à 20 Minutes Léon, un manifestant présent dans le cortège.

Les tensions commencent toutefois peu après qu’un « gilet jaune » se soit soudainement extrait du cortège (à partir de 1’54’52 sur les images ci-dessus). Un membre des CRS le suit jusqu’à l’entrée d’une supérette, où il l’attrape par le bras pour lui faire signe de s’arrêter, avant d’être rejoint par un collègue, venu en renfort pour dire au « gilet jaune » de retourner au sein de la manifestation.

« Il veut acheter à boire ! »

Le voyant repoussé par les policiers, plusieurs membres du cortège se mettent alors à les huer et à se rapprocher d’eux, alors que le jeune « gilet jaune » tente de discuter. A ce moment-là, on entend clairement certains « gilets jaunes » crier « il veut acheter à boire, oh ! » et « il a le droit de s’acheter quelque chose » sur la vidéo tournée par Léon et mise en ligne sur Twitter.

A 3’58’52 sur la vidéo de Reservoir Apps, un homme s’exclame en outre : « D’où on n’a pas le droit d’aller acheter à boire ? » juste avant que le groupe ne se mette à scander « Liberté! »

Les forces de l’ordre forment alors un cordon de sécurité face à la foule toujours plus nombreuse, jusqu’à ce qu’un policier tente de repousser plusieurs manifestants à coups de matraque, dans la séquence devenue virale depuis sa mise en ligne.

« Des ordres contradictoires »

L’interdiction d’aller dans la supérette a d’autant plus surpris les « gilets jaunes » que certains avaient pu s’y rendre sans problème. « Un ami est allé acheter une bouteille d’eau peu avant que cette personne n’en soit empêchée, il a pu le faire sans problème, les CRS l’ont laissé passer. Mais ils ont visiblement reçu des ordres contradictoires ensuite », souligne Léon.

Une version confirmée par le témoignage de la « gilet jaune » Inda Bigot à Reservoir Apps : « D’une corporation [de CRS] à l’autre c’était l’ombre et la lumière. […] Juste avant, vous avez un couple qui est sorti du cortège pour aller chercher une bouteille d’eau, la corporation de CRS a dit « OK » avec un grand sourire. Et pour le jeune homme qui voulait sortir pour aller chercher une bouteille chez l’épicier, la corporation […] a refusé ».

A 3’46’19 sur le direct de RT France, le média russe réputé proche du Kremlin, on aperçoit notamment un policier opposer un signe de refus à un manifestant qui imite le geste de boire avec sa bouteille d’eau vide, juste au moment où le jeune « gilet jaune » se fait rattraper par ses collègues.

Contacté par 20 Minutes, le service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) indique ne pas avoir de précisions à apporter sur le sujet.

Quant aux coups de matraque portés par deux policiers dans la foule, les « gilets jaunes » eux-mêmes les considèrent comme une initiative individuelle, comme le soulignait Inda Bigot dans son témoignage : « Le CRS, suivi d’un autre collègue, […] a commencé à matraquer à tout va. Même ses collègues qui continuaient à reculer alors que lui fonçait sur nous se sont retournés en disant : "Mais qu’est-ce qu’il fait lui ?" »