Noyade d'un jeune Camerounais en Haute-Saône: Une information judiciaire ouverte

FAITS DIVERS Le procureur de la République de Vesoul pointe notamment la surveillance des maîtres-nageurs le jour du drame

Thibaut Gagnepain

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Des pompiers plongeurs (illustration).
Des pompiers plongeurs (illustration). — Philippe Desmazes AFP
  • Une information judiciaire a été ouverte par le procureur de la République de Vesoul pour homidice involontaire après la noyade du jeune Camerounais de 14 ans, dans un lac de Haute-Saône le 24 juillet.
  • Le magistrat a ouvert une information judiciaire contre X pour « homicide involontaire par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence » et « non assistance à personne en danger ».
  • Les maîtres-nageurs n'avaient pas les diplômes requis pour la surveillance de la baignade.

Le procureur de la République de Vesoul a ouvert vendredi une information judiciaire pour homicide involontaire après la noyade le 24 juillet d'un jeune migrant camerounais de 14 ans, dans un lac de Haute-Saône.

Zachée Otto Koutama participait à une colonie de vacances avec une dizaine d’autres adolescents, pour la plupart de jeunes migrants, quand il s’est noyé dans une zone de baignade surveillée, a indiqué lors d’une conférence de presse le procureur de la République à Vesoul, Emmanuel Dupic. Le magistrat a ouvert une information judiciaire contre X pour « homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence » et « non assistance à personne en danger ».

Les maîtres-nageurs n’avaient pas les diplômes requis

Deux maîtres-nageurs employés par le gérant du site, sur le lac de Bonnal, et cinq animateurs de la colonie devaient assurer la surveillance de la baignade du groupe, a-t-il précisé. Selon Emmanuel Dupic, des « interrogations » pèsent sur cette surveillance, l’enquête ayant déjà démontré que les maîtres-nageurs ne possédaient pas les diplômes requis.

Le 25 juillet, Zachée Otto Koutama avait été déclaré disparu à 15H15. Mais « les secours n’ont été appelés qu’à 18H35 », a souligné le procureur. « Les pompiers plongeurs ont retrouvé le corps à 19H35, à 10 mètres d’un poste de surveillance ».

Parcours chaotique

Les gendarmes de la brigade de Rioz (Haute-Saône) ont reconstitué le parcours chaotique de l’adolescent grâce à son téléphone portable et à son carnet intime. « Je m’appelle Zachée, je suis né à Douala au Cameroun le 10 octobre 2004, de père inconnu et abandonné par ma mère à ma grand-mère », avait écrit l’adolescent.

Confié par sa mère à sa grand-mère, Zachée vivait des revenus d’un oncle. Au décès de ce dernier, en décembre 2016, l’enfant avait rejoint une tante en Algérie avant d’être confié à un passeur libyen. Il restera un mois en Libye, dans des conditions d’extrême précarité. En juin 2018, le jeune Camerounais avait finalement traversé la Méditerranée sur un bateau pneumatique intercepté par les autorités italiennes. Après avoir passé huit mois dans un centre de migrants à Naples, il était parti pour la France.

Il espérait retrouver un cousin à Besançon mais ne l’avait pas retrouvé. « SDF, en errance à Besançon, il est aidé par une association avant d’être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Il devait prochainement rejoindre une famille d’accueil », a expliqué le procureur. « Son corps va être remis à sa mère et à sa grand-mère au Cameroun », a-t-il précisé.