Les vrais «Experts»: Cheveux, fibres, boue… Ces gendarmes qui analysent les indices les plus petits

POLICE SCIENTIFIQUE (4/4) Cet été, «20 Minutes» est allé à la rencontre des vrais «Experts» de la gendarmerie nationale

Thibaut Chevillard

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Le département microanalyse couvre l'exploitation des traces et microtraces de tout type
Le département microanalyse couvre l'exploitation des traces et microtraces de tout type — Guillaume Coté / PJGN
  • 20 Minutes vous fait découvrir les membres de la gendarmerie chargés des aspects scientifiques des investigations.
  • Dans ce quatrième volet, le lieutenant-colonel Grégory Briche nous présente le département microanalyse de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale).
  • Fibres, cheveux, boue, morceaux de verre… Une dizaine d’experts analysent les indices les plus petits retrouvés sur une scène de crime.

C’est une règle de base. Un principe énoncé au siècle dernier par un pionnier de la police scientifique, Edmond Locard. « Lorsqu’un acte délictueux est commis, l’auteur laisse des traces de sa présence et emporte avec lui des traces du lieu où il se trouvait », explique le lieutenant-colonel Grégory Briche, chef de la division criminalistique de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale). Cheveux, boue, fibres, résidus de tir, lampes… Les techniciens du département microanalyse (MCA), placés sous ses ordres, ont pour mission d’analyser ces indices souvent insignifiants de par leur taille. Mais qui peuvent se montrer décisifs dans la résolution d’une enquête. « Malgré des scénarios bien élaborés, on a fini par coincer les auteurs », sourit l’officier.

Une dizaine de techniciens travaillent au sein de ce département, créé en 1990. Chaque année, ils traitent environ 700 dossiers. Blouse sur le dos, ils étudient les prélèvements effectués sur place par les TIC (techniciens en identification criminelle) des unités locales. Leur travail doit apporter des réponses aux enquêteurs et aux magistrats qui les saisissent. Ce suspect est-il l’auteur des coups de feu ? Pour le savoir, les gendarmes vont passer sur ses mains un tamponnoir adhésif. En effet, au moment du tir, une fumée contenant des particules microscopiques s’échappe de la culasse de l’arme et de la bouche du canon. Et il y a de fortes chances qu’ils en retrouvent sur le pouce ou l’index de l’auteur.

Résidus de tir

Les échantillons sont ensuite expédiés et analysés dans le laboratoire du département MCA, à Pontoise (Val-d'Oise), au siège du PJGN (Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale). Ils sont placés dans un microscope électronique à balayage, une grosse machine rouge qui va identifier les particules, prendre leur image, leurs mesures. Un logiciel va ensuite permettre aux techniciens de connaître leur composition. Si elles contiennent du plomb (Pb), du baryum (Ba) et l’antimoine (Sb), c’est sans doute qu’elles ont été produites par une arme à feu. Le suspect devra alors s’en expliquer.

Bref, les experts vont confirmer ou infirmer des hypothèses formulées par les enquêteurs. Pour être certain qu’un suspect se trouvait bien sur une scène de crime, ils peuvent notamment analyser la terre retrouvée sous ses chaussures, sur les pneus de sa voiture ou sur ses vêtements. Ils vont la comparer avec les échantillons prélevés sur les lieux où l’infraction a été commise. Objectif : déterminer si la terre provient bien du même endroit. De la même manière, les techniciens du département sont souvent amenés à étudier des fibres retrouvées sur les lieux du crime. En les comparant avec les vêtements d’un suspect, les gendarmes pourront savoir s’il est passé ou non par là.

La science pour éclairer des faits

Le lieutenant-colonel Briche se rappelle notamment d’une affaire s’étant déroulée en Bretagne au début de l’année 2006, et pour laquelle les analyses effectuées par le département ont été décisives. A l’époque, une chapelle avait été incendiée, des églises taguées, des cimetières profanés. Rapidement, deux suspects principaux avaient été interpellés. En garde à vue, face aux enquêteurs, ils niaient les faits. Ces jeunes adeptes du diable ignoraient cependant qu’ils avaient laissé derrière eux une fibre de vêtement. La même que celle retrouvée sur un vêtement lors de la perquisition de leur domicile. Cette découverte « est venue conforter des éléments d’enquête », assure Grégory Briche. Certaine de leur culpabilité, la justice a condamné le couple à de la prison ferme.

Les experts en blouse blanche du département MCA, qui ont tous suivi un cursus scientifique, ont régulièrement l’occasion de collaborer sur des dossiers avec d’autres techniciens, notamment ceux du département véhicules. Lors d’un accident de la circulation en pleine nuit, ils peuvent être saisis afin de déterminer si les véhicules impliqués avaient bien allumé leurs phares. Pour cela, ils vont étudier les lampes à l’aide d’un microscope optique et les filaments avec un microscope électronique à balayage, pour déterminer leur type de fracture. « Si le filament est froid, c’est que les phares n’étaient pas allumés », indique le chef de la division criminalistique. Une fois de plus, la science vient éclairer des faits.