Non, les migrants ne sont pas à l'origine de plus de 45% des cambriolages en 2019

FAKE OFF Certains élus et médias affirment à tort que 45 % des personnes mises en cause dans les cambriolages sont des migrants

Alexis Orsini

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Une voiture de police en intervention (illustration).
Une voiture de police en intervention (illustration). — Clément Follain / 20 Minutes
  • 45 % des mis en cause dans les cambriolages sont-ils des migrants ?
  • C’est ce qu’affirment certains élus du Rassemblement national et médias, en citant des statistiques avancées par le sénateur LR Pierre Charon.
  • Ils associent à tort les statistiques des cambriolages à un chiffre avancé fin juin par l’élu pour évoquer d’autres types de délinquance à Paris.

Comment expliquer la hausse des cambriolages observée au premier semestre 2019 en France - de 1,15% depuis le 1er janvier ? Pour plusieurs élus du Rassemblement national comme pour certains internautes, les coupables sont tout trouvés.

« Explosion des cambriolages : 45 % des personnes mises en cause sont des migrants ! Loin de la naïveté des pro-migrants, on a encore une preuve statistique du lien entre immigration de masse et hausse vertigineuse de l’insécurité… », s’est ainsi insurgé sur Facebook le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier, en partageant un article du Figaro sur le dernier bilan en date des cambriolages.

Un lien également établi par Valeurs Actuelles sur son site, comme dans un tweet affirmant : « S’ils avaient connu une baisse en 2018, les cambriolages reviennent en force au premier semestre 2019. "45 % des personnes mises en cause dans ces nouvelles délinquances sont des migrants", rappelle un sénateur LR ».

Ils mélangent cependant, à tort, un chiffre récent sur la délinquance parisienne avancé par Pierre Charon, sénateur LR de Paris, et des statistiques sur les cambriolages révélées par Le Figaro.

FAKE OFF

Dans son article du 29 juillet, le quotidien précise notamment que Paris arrive en tête des départements concernés par une hausse de plus de 10 %.

Il rappelle ensuite la hausse des crimes et des délits observée dans la capitale récemment et les accusations de négligence formulées fin juin par Anne Hidalgo contre le gouvernement. Avant d’achever son résumé par la reprise de propos tenus par Pierre Charon au Sénat : « [Il] est intervenu dans cette polémique, en déclarant devant ses pairs, le 25 juin dernier, que Mme Hidalgo " a joué au pompier-pyromane par son appel de bienvenue à Paris lancé aux migrants en 2015. Résultat, poursuit-il, […] plus de 45 % des personnes mises en cause dans ces nouvelles délinquances sont des migrants. »

« L’assimilation qui a été faite dans certains articles est fausse »

C’est donc cette statistique – avancée à 1’10 sur la vidéo ci-dessus – qui a été reprise et associée aux chiffres des cambriolages par Valeurs Actuelles et Pierre Ravier… alors que Pierre Charon ne faisait pas référence à ce type de délit, comme il l’explique à 20 Minutes : « Je parlais bien uniquement des "nouvelles délinquances" - le harcèlement, les attaques dans la rue… - et pas des cambriolages, contrairement à l’assimilation qui a été faite dans certains articles et qui est fausse. »

D’où provient, enfin, ce chiffre de 45 % de migrants avancé pour ces « nouvelles délinquances » ? Dans son intervention au Sénat, Pierre Charon évoquait des « chiffres de la préfecture de police ».

Il précise à 20 Minutes : « Fin juin, la presse publiait de nombreux chiffres sur la délinquance. J’ai profité d’un rendez-vous hebdomadaire du préfet de police de Paris [Didier Lallement] avec les élus pour lui demander des chiffres plus détaillés, en vue de mes questions au gouvernement. Son cabinet m’a fourni des statistiques précises, qui contenaient notamment celles sur les nouvelles délinquances. »

La préfecture de police ne dispose « d’aucune statistique de délinquance en fonction des origines »

Contactée par 20 Minutes, la préfecture de police indique toutefois ne disposer « d’aucune statistique de délinquance en fonction des origines ethniques des personnes ». Avant d’ajouter : « Ça n’existe pas ». Même retour du côté de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), auteur d’une récente étude détaillée sur la délinquance à Paris, qui indique « ne pas savoir d’où provient ce chiffre, mais en tout cas pas de l’ONDRP »

Fin juin, Valérie Martineau, responsable de la Direction de sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), avançait toutefois, auprès du Monde, la présence de migrants dans la capitale comme l’une des explications de la détérioration des chiffres de la délinquance : « Il y a des causes structurelles anciennes. On constate notamment, chiffres à l’appui, qu’il y a eu un effet important des vagues migratoires et de la présence des mineurs non accompagnés. Cela a aggravé les phénomènes de délinquance. »